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Le choix des hommes

30 janvier 2005, 00:00

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C?est une compétition interne ; elle vient de démarrer. A l?insu de l?électeur. Il ne sait pas grand-chose de la manière dont les partis politiques choisissent les candidats voués à le représenter. Sauf peut-être quand elle provoque éclats et rugissements.

Ces choix, essentiellement politiciens, détermineront pourtant la performance des gouvernements. La démonstration n?est plus à faire : le poids des hommes ? et des femmes ? de leurs talents, de leur expérience, de leur éthique personnelle compte au moins autant, sinon plus, que le manifeste électoral qu?ils sont censés appliquer. Or, c?est sur le seul jugement des partis, de celui de leurs leaders en réalité, que repose le choix de candidats.

Croire qu?au bout du compte, l?électeur a le dernier mot parce qu?il choisit ses représentants, ce n?est pas réaliste. A l?heure du vote, il ne choisit pas entre des candidats. L?immense majorité des votants ? et c?est naturel ? choisit le parti qu?il veut mettre au pouvoir. Il y a toujours quelques centaines d?électeurs, dans tous les groupes, mués par l?instinct tribal, mais les autres, eux, exercent simplement un choix politique. Ils optent pour un parti et un symbole, moins pour les individus qui les représentent.

Cette réalité-là est la cause première de l?appauvrissement des listes de candidats, et en aval, de la médiocrité grandissante des conseils ministériels. Les prochaines élections ne feront pas exception. Il n?est pas trop tôt pour exercer un devoir de vigilance. Les membres de toutes les formations politiques devraient se mobiliser contre cette dictature des chefs, et l?opinion éclairée exiger une sélection plus transparente et plus démocratique. Après, ce sera trop tard. Chacun n?aura plus qu?à rentrer dans les rangs ou à se démettre, une fois franchi son seuil personnel d?ingurgitation de couleuvres.

C?est le moment de s?exprimer car ces tractations cachées qui démarrent à peine ne s?achèveront qu?à la veille du scrutin. Dans le secret de négociations menées personnellement par les chefs des partis, se décidera la qualité de l?équipe gouvernementale appelée à traiter des affaires nationales, se dessinera le Parlement qui représentera la nation. Il ne faut pas chercher loin des raisons de réagir à cette habitude : la principale cause du dysfonctionnement gouvernemental, c?est bien la faiblesse des candidats aux dernières élections générales.

Le gouvernement MSM-MMM est, en termes de ressources humaines, l?un des plus pauvres de notre histoire politique. C?est une vérité que le Premier ministre ne pourra pas nier, lui qui se sent obligé de tout faire. C?est parfois de l?autoritarisme certes, mais le plus souvent, c?est qu?il ne fait pas confiance à la plupart de ses ministres. Je ne parle pas là de confiance politique ; je dis que Paul Bérenger connaît parfaitement les limites des ministres qu?il s?est choisis, qu?il a été obligé de choisir parmi un groupe d?élus aux qualités incertaines.

Le principe même du système ministériel repose sur la collégialité des responsabilités et la solidarité des décisions. Sous Bérenger, le système a été vicié, parce qu?il est autoritaire, parce que son équipe est faible, parce que certaines de ses nominations, sur la base de critères autres que la compétence et le mérite, lui explosent aujourd?hui à la figure. Il y a heureusement, quelques notables exceptions ; une poignée de ministres a sauvé l?honneur de ce gouvernement.

Il s?agit de ne pas répéter les mêmes erreurs. Il y a, pour la prochaine joute, pléthore d?aspirants candidats. Tous les partis disent compter de longues listes de candidats à la candidature. On ne va pas chipoter sur les motivations réelles de certains d?entre eux ; il y a, parmi ceux qui ont signifié leur volonté de s?engager, des valeurs sûres.

Paradoxalement, le fait que le scrutin paraisse serré, a inspiré un grand nombre d?aspirants candidats ; les deux blocs semblent attirer autant. Quand le résultat paraît facile à pronostiquer, on ne se bouscule pas chez le traînard. Dans les circonstances actuelles, les deux principaux blocs semblent pouvoir disposer d?un vivier plus grand. Ils devraient ainsi être plus à même d?exercer de la circonspection dans leur choix.

Une autre vérité : le choix ethnique me paraît plutôt incontournable au niveau des circonscriptions. Il faut peut-être arrêter d?en faire une maladie. Partout dans le monde, la revendication identitaire, le droit à la différence sont au coeur des libertés nouvelles célébrées par notre siècle. A chaque fois que l?on a cherché à briser l?expression de la plus petite minorité, on a fabriqué des martyrs. Que les uns et les autres existent et s?expriment, il n?y a là aucun mal, et Maurice, en cherchant à équilibrer la pluralité des expressions culturelles et sociales de ses habitants, n?est pas pour autant une nation plus éclatée ou plus fragile qu?une autre. Cette exigence est la même chez toutes les nations qui apprennent désormais la gestion de la multiculturalité politique. Nous avons, nous, quelques longueurs d?avance ; nous n?avons pas à en rougir, bien au contraire.

Mais de grâce que les partis politiques ne viennent pas prétendre que l?attention accordée au juste équilibre des attentes des groupes doit forcément s?accommoder des représentations de bas étage. C?est une insulte ; il n?est pas nécessaire de se prémunir d?une loupe pour trouver dans toutes les composantes du pays des hommes et des femmes dignes de représenter la nation tout entière.

Malgré l?importance cruciale de ces choix, il est à craindre qu?ils vont une fois de plus échapper à la transparence. Ni Bérenger ni Jugnauth ni Ramgoolam ne se presseront pour aligner leurs candidats. Les partis de gouvernement cherchent à éviter toute crise, et font croire à tous les élus actuels qu?ils sont rééligibles. C?est faux. Mais il n?empêche que l?alliance MSM-MMM laisse dans l?expectative des aspirants candidats pressés d?en découdre, que le pays gagnerait à connaître maintenant. Idem chez les travaillistes. Ramgoolam méfiant et hésitant attendra également le dernier moment.

A ce moment-là, il ne nous restera plus qu?à nous débrouiller avec nos «zako».

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