Publicité
Le Kurdistan se prépare à voter massivement
Par
Partager cet article
Le Kurdistan se prépare à voter massivement
Heureux Erbil ! Dans cette ville du nord du Kurdistan irakien, les bazars sont animés, les passants tranquilles, les visages ouverts, les étrangers bienvenus. Les chrétiens y vendent du vin sans se cacher. Les restaurants sont encore bondés à 23 heures.
Les nuits sont silencieuses. Pas d?explosion, pas d?hélicoptères, pas de convois militaires... N?étaient les problèmes d?eau, de téléphone et la pénurie d?électricité (les habitants d?Erbil n?ont que cinq heures d?électricité en moyenne par jour), rien ne vient rappeler ici le chaos et la guerre qui ravagent ailleurs l?Irak. C?est donc dans des conditions privilégiées que les Kurdes s?apprêtent à voter, le 30 janvier.
Anjad Rassoul, membre local de la commission électorale indépendante chargée de superviser à travers le pays le déroulement des élections, peut se frotter les mains. «Contrairement aux autres régions, où les Irakiens sont souvent persuadés qu?il s?agit d?un scrutin présidentiel, les Kurdes ont tous très bien compris pour quoi ils se rendront aux urnes, qu?il leur faudra choisir leurs représentants au Parlement national -intérimaire-, au gouvernorat et, spécificité kurde, renouveler leur propre Parlement», créé en 1992. Pour autant, la mise en place de cette triple élection ne s?est pas effectuée sans confusion.
Le suspense n?estpas au rendez-vous
Il y a trois semaines, en retirant sa carte d?électeur, Ahmed, étudiant, a ainsi été surpris de constater que celle-ci était «truffée d?erreurs». D?après un rapport de l?organisation de défense des droits de l?homme Human Rights Watch, les responsables locaux se sont plaints du fait que 90 % des formulaires d?enregistrement de la province d?Erbil contenaient des erreurs.
Un problème de taille puisque, selon Kamal Khambar, qui dirige la commission dans la province, pas moins de 70 000 personnes pourraient, en conséquence, voir leur vote invalidé. Pour le reste, Erbil ne paraît guère s?émouvoir des élections à venir.
Il est vrai que le suspense n?est pas au rendez-vous. Les deux grands partis traditionnels kurdes (PDK, UPK), rejoints par les partis communiste, islamiste ou encore chrétien et turcomans, ont décidé de faire front commun en ne présentant qu?une seule liste, la Liste unifiée du Kurdistan, pour les élections à l?Assemblée nationale intérimaire. Dans cette région qui, la première du pays, a fait dès 1992 l?expérience d?élections libres, les signes visibles de la campagne sont rares.
Sur les murs d?Erbil, seules quelques affiches appellent à se rendre aux urnes. Plutôt rares, affiches et banderoles proclament : «Votre participation aux élections est une victoire sur le camp des terroristes et des saboteurs», «Votre voix participe à l?édification d?un avenir prospère pour le Kurdistan». Il n?y a pas de débats politiques.
«De ce point de vue, reconnaît un responsable kurde en poste à Bagdad, on peut dire qu?il ne s?agit pas de véritables élections. Au niveau national, c?est un désastre. Mais pour les Kurdes il y a là une occasion à ne pas manquer. Avant de décider de présenter une liste commune, il y a eu un débat intense au sein des partis. En présentant un front uni, donnons aux Américains et aux Arabes la démonstration qu?il existe bel et bien une identité kurde légitime.»
Saddam Hussein y avait appliqué une politique d?arabisation brutale, en expulsant massivement la population kurde. Si les 20% de Kurdes que compte le pays se rendent aux urnes, les responsables politiques espèrent emporter entre 70 et 90 des 275 sièges de la future Assemblée.
Un signal embarrassant
«Au cours de leur histoire récente, explique Nasreen, jeune militante de l?UPK, les Kurdes ont été dominés par l?UPK et le PDK. Beaucoup d?entre nous sont fatigués des rivalités incessantes entre ces deux partis. Peut-être verra-t-on s?affirmer un vote protestataire dans l?élection des gouvernorats où chaque parti présente sa propre liste. Mais tout le monde ici a compris l?importance des élections nationales. Personne ne souhaite de lutte fratricide dans un moment aussi crucial. La guerre civile-qui avait opposé les deux partis de 1994 à 1997- reste un traumatisme. Nous devons peser de tout notre poids. Les plus déçus peuvent toujours se dire que ce Parlement n?est que provisoire. Il sera toujours temps de reprendre nos bagarres plus tard.» Reste à savoir à quel point les Kurdes voudront s?impliquer dans ce qu?il est désormais convenu d?appeler «le Nouvel Irak». A Erbil, comme dans le reste du Kurdistan, aucun drapeau irakien n?est visible. Le drapeau kurde (rouge, blanc et vert marqué d?un soleil), en revanche, est brandi partout, dans les échoppes, aux sièges des partis et dans les bureaux. Il y a également ces tentes dressées à la sortie de chaque bureau de vote.
A l?intérieur, les électeurs trouveront un formulaire avec cette question à laquelle ils devront donner une seule réponse: «Que souhaitez-vous ? Que le Kurdistan fasse partie de l?Irak ? Ou que le Kurdistan soit indépendant?» .
Cette initiative prise par un «Comité du référendum» n?a rien d?officiel mais elle envoie un signal embarrassant aux partis kurdes en campagne, qui ne revendiquent pour l?instant qu?un Irak «fédéral». Ce même comité avait réuni l?année dernière 1,7 million de signatures dans une pétition, adressée notamment à l?ONU et réclamant le «droit à l?autodétermination».
Le chaos, qui ne connaît aucun répit au-delà du Kurdistan, fait peur. Malgré le calme, la crainte d?attentats reste présente à Erbil.
Il y a à peine plus d?un an, un double attentat kamikaze, revendiqué par Ansar Al-Sunna, groupe islamiste sunnite affilié à Al-Qaida, avait fait 117 morts dans les bureaux du PDK et de l?UPK.
Adnan Mufti, membre du Haut Comité pour les élections et actuel chef du bureau politique de l?UPK à Erbil, y avait survécu par miracle. Il se veut néanmoins optimiste pour l?avenir de l?Irak. «Il nous faudra du temps, de la patience... et beaucoup de chance», dit-il.
Une attente inquiète, telle est peut-être la principale caractéristique de l?attitude réservée des électeurs d?Erbil.
Cette ville en paix observe avec une certaine appréhension le pays en guerre dans lequel on lui demande de s?impliquer. Face à l?inconnu de demain, le seul mot d?ordre défendu est «Kurdes unis», dans le cadre d?un Etat fédéral peut-être, mais le plus loin possible de Bagdad.
@ Le Monde News Service
Distribué par ?
The New York Times Syndicate
Bush estime que l?Irak réclamera le maintien des troupes américaines
George Bush estime que le prochain gouvernement irakien issu des élections législatives de dimanche réclamera probablement le maintien des forces américaines en Irak mais le président des Etats-Unis ajoute qu?il retirera son armée si les futurs responsables irakiens l?exigent.
«J?ai entendu la voix des personnes qui assumeront probablement des responsabilités après ces élections, même si l?on ne sait jamais», déclare Bush dans une interview publiée hier par le New York Times. «Mais il semble que la plupart de ces dirigeants comprennent qu?il sera nécessaire de maintenir les soldats de la coalition au moins jusqu?à ce que les Irakiens soient en mesure de se battre.» Prié de dire si les Etats-Unis retireront leur armée si le futur gouvernement irakien le réclame, Bush répond que sa position n?a pas évolué à ce sujet: «Oui, absolument. Il s?agit d?un gouvernement souverain.»
«Les dirigeants (irakiens) font preuve d?un certain réalisme, au moins ceux auxquels j?ai parlé, qui disent ?Ecoutez, il y a encore beaucoup de travail à faire avant que nous puissions nous débrouiller seuls?», poursuit le président américain. Les forces irakiennes n?ont pas seulement besoin de formation et de matériel, mais également d?une chaîne de commandement, «épine dorsale de toute puissance militaire», juge Bush.
L?armée américaine a déclaré lundi qu?au moins 120 000 des 150 000 soldats actuellement déployés en Irak resteraient sur place pendant encore au moins deux ans afin de former les forces irakiennes et de combattre à leurs côtés les insurgés. Il est important que «nous fassions en sorte que les citoyens irakiens considèrent les soldats américains comme des personnes venues en aide et non comme des occupants», insiste Bush, qui reconnaît toutefois que les Etats-Unis sont largement considérés comme des occupants en Irak.
Le New York Times souligne cependant que Bush n?est pas allé jusqu?à soutenir, comme le font certains responsables de son propre camp, que la présence militaire américaine alimente l?insurrection en Irak. Le président américain déclare en outre que la suggestion du Premier ministre britannique, Tony Blair, de confier entièrement aux forces irakiennes le contrôle des régions calmes du pays constitue «assurément une option». Il dit cependant ne pas en avoir encore discuté avec son plus proche allié.
Les expatriés irakiens ont commencé à voter
Dans la crainte ou l?enthousiasme, les Irakiens expatriés ont donné hier le coup d?envoi des élections législatives, deux jours avant leurs compatriotes restés au pays. «J?attendais ce jour, j?en rêvais pour dire à mes petits enfants que j?ai été la première femme à voter lors de la première élection de l?histoire de l?Irak», s?est réjouie Lamaa Djamal Talabani, une Kurde sunnite mariée à un chiite qui vit à Bagdad, à la sortie d?un bureau de vote d?Amman.
En Jordanie comme en Syrie, des mesures de sécurité draconiennes ont été mises en oeuvre notamment en ce qui concerne le trafic routier. Avant de pénétrer dans les bureaux de vote, chaque électeur doit en outre se soumettre au détecteur de métaux. «Je suis enchantée d?avoir vécu cela aujourd?hui. Ce scrutin pourrait faire la différence, pas forcément tout de suite, mais en fin de compte», se félicite Sara Massoud, un étudiante exilée depuis huit ans en Syrie, évoquant la fin de la guérilla.
En Australie, où ? géographie oblige ? les bureaux de vote ont ouvert leurs portes en premier, des expatriés irakiens ont chanté et dansé dans les rues, brandissant fièrement leurs doigts marqués d?une encre bleue, preuve de leur passage dans l?isoloir.
«Quand je regarde l?encre sur mon doigt, j?y vois un symbole de liberté», exulte Kassim Aboud, devant un bureau de vote installé dans un magasin d?ameublement désaffecté de l?ouest de Sydney. «Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour assister à cet instant», ajoute cet exilé qui a obtenu l?asile politique en Australie il y a plusieurs dizaines d?années.
«Les gens ne doivent pas avoir peur de voter», affirme quant à elle Nassima Barzani, serrant un drapeau irakien sur sa poitrine. «Nous avons eu beaucoup de martyres en Irak, nous devons voter pour eux», renchérit Aziz. L?enthousiasme de Sydney, loin des tensions qui règnent en Irak, contraste avec l?inquiétude qui s?est installée parmi les scrutateurs de Damas ou d?Amman. La plupart refusent de se laisser photographier ou de décliner leur identité.
En Syrie comme en Jordanie, le taux de participation est resté très faible durant les premières heures du scrutin. Les opérations de vote s?étaleront jusqu?à dimanche dans les 14 pays concernés, où 280303 expatriés irakiens se sont inscrits sur les listes électorales. Craignant pour leur sécurité ou pour celle de leur proches restés en Irak, nombreux sont ceux qui ont préféré renoncer à leur droit de vote malgré la distance, affirment les organisateurs.
par Cécile HENNION
Publicité
Publicité
Les plus récents