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Vaco Baissac signe son premier vitrail

24 janvier 2005, 00:00

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Le vitrail, vieil art de l?Europe occidentale du XIIe siècle qui a donné vie à ces pierres précieuses aux mille reflets que sont les vitraux gothiques, n?a pas fini d?intéresser les artistes modernes. Vaco Baissac est l?un de ceux qui sont tombés sous les charmes de cette technique. Encouragé par le père Philippe Goupille, auteur du Conflit désarmé (2004), le peintre réalise aujourd?hui un de ses plus vieux rêves d?artiste qui remonte à l?époque où, élève à l?école d?art de Chartres, il fut touché par la divine beauté des magnifiques verrières de la cathédrale. Les vitraux aux couleurs vives, intenses et brillantes, qui ornent la face gauche en entrant dans la chapelle des Saints-Anges à Grand-Baie, sont ses ?uvres. Ils ne manquent pas d?attirer le regard des fidèles et visiteurs qui y pénètrent à cause de cette resplendissante lumière aux diverses couleurs qui se laisse filtrée.

Si le sujet, comme le résume le répertoire des formes figuratives simplifiées de l?artiste, évoque principalement la mer, vue sur laquelle donne la chapelle des Saints-Anges de Grand-Baie, il n?est pas sans inspiration religieuse comme le veut d?ailleurs la pratique de l?art du vitrail pour tout lieu de culte depuis l?ère médiévale. Ainsi, ces pêcheurs remontant de leur pirogue leur filet rempli de poissons, rappelle la mer tout en renvoyant à la mission même du Christ qui consiste à sauver des âmes. Le lien entre l?art, le lieu de culte et l?espace réel est tout trouvé.

Cependant, la réalisation de cette splendeur artistique qui éveille l?admiration ne va pas sans une certaine importance technique qui transparaît, même si celle-ci a beaucoup évolué avec le temps (plus besoin, par exemple, de souffler dans les verres comme au XIIe siècle). Pour donner plus de relief à ses vitraux, l?artiste utilise ici un procédé qui rappelle l?assemblage des éléments comme celui des parcelles d?une mosaïque. Les traits noirs qui divisent chaque panneau en zones de couleurs font penser au vitrail en verre serti de plomb. Ils pourraient bien être des tiges qu?utilisent les maîtres verriers modernes pour rassembler les morceaux de verre. Notons que le verre est lui-même plutôt synthétique depuis le renouveau de l?art du vitrail.

La mission artistique que s?est donnée Baissac nous rappelle combien il importe de ne pas laisser sombrer dans la désuétude la plus totale la plus grande tradition médiévale de l?art, comme cela a failli être le cas vers la fin du XIXe siècle. On se souvient de tous les efforts pour retrouver les secrets des techniques anciennes par l?Art nouveau et ses partisans (Eugène Grasset et Albert Besnard) fûrent vains : l?art du vitrail a été une pâle copie de la fresque. Il a fallu attendre un renouveau de cet art, préparé par l?évolution picturale de Cézanne et Gauguin, à travers leur simplification des formes et des couleurs, pour que la décoration des édifices religieux retrouve sa valeur d?origine.

Mais on ne peut oublier de saluer le rôle de l?église, ici à travers l?initiative du père Philippe Goupille, dans la préservation de cet art médiéval. Ailleurs, l?histoire le montre bien : cet art n?aurait certainement point retrouvé sa splendeur originale sans l?intérêt que lui vouent les hommes de foi. A l?origine de son renouveau se trouvent des pères dominicains, dont Couturier qui soutenait l?action des Ateliers d?art sacré et qui, dans la revue l?Art sacré, affichait sa tendance à la modernisation de l?art religieux. C?est lui qui sera à la tête de sa vraie révolution lorsqu?il commandera à Georges Rouault, un célèbre peintre contemporain, cinq cartons de vitraux pour l?église d?Assy en Haute-Savoie. Un artiste contemporain au service d?un édifice religieux ! Malgré la polémique autour, d?autres artistes vont être sollicités pour ces travaux : Chagall et Villon dessineront les vitraux de la cathédrale de Metz, Matisse décorera ceux de la chapelle de Vence, Cocteau ceux de Saint-Maximin?

En ce sens, l?art du vitrail de Vaco Baissac, visible à la chapelle des Saints-Anges à Grand-Baie, est une revendication de la continuité dans la modernisation de l?art sacré et un retour aux techniques anciennes.

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