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Question de style

24 janvier 2005, 00:00

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Souvent, les ministres des Finances entrent dans la légende pour des raisons moins glorieuses qu?ils n?auraient souhaité. C?est avec un programme simple ? la vidéo pour tous ? que Vishnu Lutchmeenaraidoo, par exemple, avait frappé l?imaginaire. Pravind Jugnauth pourrait connaître le même destin grâce à un projet qui ferait de notre pays un ?duty-free paradise? comme Singapour et Dubayy. Si cette idée, qu?il dit caresser, figure effectivement dans le budget 2005-2006, on peut d?ores et déjà parier que c?est elle qui focalisera l?attention après le 28 mars.

En effet, l?histoire a démontré qu?il ne suffit pas d?une grande rigueur technique pour réussir un budget populaire. Certes, le ministre des Finances doit assurer les conditions qui permettent de créer des emplois, d?attirer l?investissement et de corriger les déséquilibres macro-financiers mais cela ne suffit pas pour que son budget soit politiquement et socialement porteur. Il lui faut, en outre, donner à l?exercice une touche humaine, une sensibilité très proche du terrain.

L?an dernier, Pravind Jugnauth avait bien man?uvré en réussissant un bon emballage social tout en proposant un contenu qui saisissait bien les enjeux économiques. Dans son discours, l?accent sur le social était considérable au point que l?opposition avait fini par déplorer le peu d?attention qu?il avait accordée aux opérateurs économiques?

Dans sa stratégie, qui consiste à trouver une bonne articulation entre le c?ur et l?intelligence, le ministre des Finances avait renoué en 2004 avec le cérémonial controversé des consultations pré-budgétaires. Cette année encore, il convie tous, syndicalistes, ONG, et associations diverses, à lui soumettre leur ?shopping list?. C?est un moyen pour lui de rester connecté avec les gens et de proposer ensuite un éventail de mesures, symboliques ou concrètes, pour démontrer qu?il est sensible aux attentes populaires mais ce procédé comporte des pièges.

Le rituel des consultations risque de donner à L?Etat une image de papa gâteux qui distribue des cadeaux à la demande. Les déceptions n?en seront que plus grandes quand le ministre des Finances devra forcément concéder qu?il n?est pas en mesure de satisfaire toutes les sollicitations. De plus, à travers cette posture, le gouvernement donne l?impression qu?il est en mesure de régler tous les problèmes alors que le sort de notre économie est surtout tributaire de facteurs externes.

Les rencontres avec les organisations patronales sont utiles mais soulèvent aussi des questions importantes. Le politique a le devoir d?indiquer au secteur privé sa vision de l?avenir économique mais dans quelle mesure a-t-il le droit d?intervenir dans le débat économique? Si le gouvernement s?occupe de gouverner et les investisseurs d?investir, les vaches seront probablement mieux gardées.

Reste la manière dont le ministre des Finances abordera la question la plus prégnante sur le plan politique : la démocratisation de l?économie. Le budget étant perçu comme l?instrument le plus apte à promouvoir une redistribution des richesses, Pravind Jugnauth ne peut manquer d?en faire un des points forts de son discours. Il a là une excellente occasion de s?approprier le slogan le plus aguichant de la plate-forme travailliste. D?autant plus que les propositions faites l?année dernière n?ont été que des effets d?annonce, sans plus.

Pravind Jugnauth joue gros. Le budget sera pour lui un numéro de funambule durant lequel il doit maintenir le cap économique tout en sachant que le moindre faux pas entraînera la chute politique de la majorité.

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