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Apeim
Après 34 ans de bons et loyaux services, l?Apeim peut désormais souffler. Les enfants handicapés mentaux bénéficieront de la scolarité gratuite.
Corinne Duval Latreille est une maman soulagée. Comme les quelque 281 petits pensionnaires des écoles de l?Association de parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice (Apeim), Emmanuel, son fils de 8 ans, retrouvera le chemin de l?école, dès demain. Elle envisage maintenant l?avenir avec sérénité étant donné la décision du ministère de l?Éducation d?offrir une éducation gratuite aux enfants handicapés mentaux. Ce pour laquelle l?association lutte depuis 1970?
Il y a quelques jours, rien n?était plus incertain. À cause de ses difficultés financières, l?association s?était vue obligée de fermer les portes de ses huit écoles spécialisées en janvier. Une décision qui a surpris plus d?un. « Ce n?était pas dans nos intentions de choquer le public. Les parents des enfants qui fréquentent nos établissements étaient au courant de nos difficultés. Cette décision avait été prise de concert avec eux », affirme Yves Giraud, le président du comité de direction de l?Apeim. De nombreux parents, comme Francis Nadal, prennent conscience alors de la nécessité de ces écoles.
« S?occuper d?un enfant handicapé mental n?est pas facile. On se rend compte aujourd?hui du travail abattu par ces personnes dévouées? » Augmenter les frais de scolarité n?était envisagé qu?en dernier recours à cause de la situation modeste de la majorité des parents d?enfants handicapés mentaux.
Fondée en 1970, l?Apeim qui compte 787 membres, mène une action soutenue en vue de rassembler les familles de personnes handicapées mentales, et de lutter pour leurs droits. Au fil des années, elle a créé et gère douze services, dont huit écoles.
L?association offre des prises en charge médicales et paramédicales, de l?intervention précoce, de l?éducation spécialisée, ainsi que de la formation d?adultes dans deux ateliers. Les handicapés les plus gravement atteints obtiennent un soutien à domicile. Au total, en 2004, l?Apeim comptait quelque 550 bénéficiaires de tous âges.
La hache de guerre est enterrée
Mais d?année en année, l?association s?est embourbée dans ses dettes. Elle percevait, jusqu?à l?année dernière, Rs 550 par enfant par mois de l?État, alors que la scolarité pour un enfant coûte Rs 23 000 par an. C?est sans compter la rémunération du personnel professionnel composé de 85 personnes.
De ce fait, l?ONG a tiré la sonnette d?alarme de nombreuses fois. Selon Yves Giraud, les autorités éducatives, sociales et financières étaient au courant depuis des années des difficultés de l?association.
Au mois d?octobre 2004, le comité de direction informe le ministère de l?Éducation de l?éventualité d?une fermeture en janvier. Le comité est informé qu?une réunion sera convoquée avant la fin de l?année. Celle-ci a lieu le 21 décembre dans les locaux du ministère de l?Éducation. Une réunion émaillée de bonnes intentions mais qui ne donnera rien de concret selon l?Apeim, car entre-temps, elle doit se débattre pour trouver plus d?un million afin d?éponger ses dettes. « Il y a deux ans, nous avons dû vendre un de nos bâtiments destinés à accueillir une nouvelle école pour rembourser nos dettes », se souvient encore Yves Giraud.
Et l?association a dû en arriver à la fermeture de ses huit écoles spécialisées. Mais la hache de guerre est maintenant enterrée, à la suite d?une réunion expresse entre l?Apeim, le ministre de l?Éducation et ses collaborateurs, jeudi.
« Nous avons identifié plusieurs pistes avec le comité de direction de l?Apeim. Avec nos collaborateurs, nous travaillons les chiffres pour que nous puissions bouger vers la parité », assure le ministre, Steven Obeegadoo.
Il rappelle que son ministère a créé une Special Education Needs Unit dont la première tâche sera d?effectuer un recensement des besoins des enfants handicapés mentaux. Il se dit « très soulagé » que l ?Apeim ait décidé de rouvrir ses portes. Il remercie l?association pour son engagement et lui réitère son soutien.
Bref, c?est un heureux dénouement et une grande victoire pour Emmanuel et ses petits camarades. « Emmanuel ne demande que la chance de briller lui aussi. Et grâce à l?Apeim, il arrive à montrer ce dont il est capable, malgré son handicap mental. Un grand merci aux éducateurs de l?Apeim de Port-Louis qui se donnent corps et âme pour l?épanouissement de ces enfants », affirme avec émotion, Corinne, sa mère.
Obeegadoo se dit « consterné »
« J?ai été absolument consterné », a affirmé Steven Obeegadoo, le ministre de l?Éducation, vendredi, lors d?une rencontre avec la presse. Il commentait la fermeture des écoles de l?Apeim, lundi. Il a déploré la façon de faire de l?association, alors que, dit-il, le ministère investit autant d?effort pour soutenir les enfants mentalement handicapés. « Mo fine toujours dire ki banne zenfants special needs fine de tout temps les grands oubliés dans la mesure ki fine laisse sa responsabilité là à des associations. Mais au cours du projet de réforme, j?avais mis l?accent sur le fait qu?il doit y avoir une éducation pour tous. » Il rappelle que le budget pour l?éducation a augmenté de 85 %, passant de Rs 11,5 millions en juin 2000 à Rs 21 millions au dernier exercice budgétaire. L?État met Rs 4 millions à la disposition des Ongs qui s?occupent de l?éducation spécialisée d?enfants handicapés. Pour l?année 2004, l?Apeim a dû disposer d?un budget de Rs 10 millions.
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