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Demain, l?école

23 janvier 2005, 00:00

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La posture de Tengur est farfelue à bien des égards. Non seulement c?est un officier du service civil qui se déclare ouvertement de l?opposition, en faisant semblant d?ignorer le devoir de réserve que lui impose son statut, son approche de la question politique et ses idées rétrogrades ne font pas sérieux. Mais avec l?intérêt électoral que peut représenter le personnage encore auréolé de ses victoires passées, on ne peut pas l?ignorer. Quelle raison pourrait bien trouver l?opposition pour refuser d?ouvrir les bras à Tengur, elle qui a jusqu?ici condamné la réforme Obeegadoo? Dans l?ignorance que nous sommes de la politique de l?alternance sur l?éducation, on ne peut écarter la possibilité que Tengur et son programme soient d?une manière ou d?une autre légitimés demain. Il faut s?en inquiéter.

S?inquiéter, d?abord, de l?idée même de la politique qui anime le syndicaliste. Elle est médiocre. C?est ce type de discours qui fait perdre à la chose ses lettres de noblesse. Il n?y entre pas pour promouvoir les valeurs de justice sociale, le propre de la politique, mais sa cause. La vieille garde le déplore à qui mieux mieux : aujourd?hui, il est fréquent que celui qui veut s?engager ne cherche pas à adhérer aux valeurs d?un parti, à ses idéaux, mais cherche à obtenir un « ticket », pour « faire » de la politique. Il ne voit pas le parti comme un lieu de rencontre où il apporterait ses idées qui se mêleront à d?autres, pour aboutir à un projet de société : il y entre par une certaine forme d?opportunisme, pour faire aboutir son propre projet, qu?il s?agisse de s?enrichir personnellement ou d?obtenir un collège d?élite pour sa fille. Il n?a pas en vue de servir les intérêts suprêmes du pays dans son ensemble, mais de servir les siens, ou ceux de quelques-uns. Tengur donne l?impression d?être ce politicien-là.

Une telle manière d?envisager l?engagement citoyen ne peut qu?appauvrir le parti, et les chances pour le pays d?être efficacement géré. Au scepticisme qu?inspire cet engagement s?ajoute un autre malaise : on ne sait que penser de la sincérité des intentions de Tengur. Milite-t-il pour l?enfant mauricien ou pour sa propre progéniture ? Toute sa bataille contre l?Église a été essentiellement motivée par le droit pour son propre enfant d?être admis dans une école catholique « d?élite ». Il ne l?a pas obtenu puisque ces collèges n?existent plus. Et s?il entrait en politique rien que pour reprendre une lutte essentiellement motivée par des intérêts privés ?

Peut-être est-ce là juger un peu sévèrement l?homme, qui déplore par ailleurs la paresse intellectuelle qu?a fait naître l?abolition du ranking chez certains enseignants et élèves, une paresse bien réelle. On ne prépare désormais, en classe, que ce qu?il faut pour avoir le grade A ; on incite les élèves à ne répondre qu?à l?essentiel du questionnaire ; on ne pousse pas ceux qui sont plus capables d?exploiter leurs capacités? L?approche de ces enseignants-là est aux antipodes de l?appétit du savoir, l?apprendre à apprendre qui doit définir tout « knowledge hub ». Contre ce nivellement, la colère de Tengur pourrait avoir une certaine légitimité. Mais ses solutions n?en ont aucune. Au-delà de sa manière d?aborder la politique, ce sont ses idées qui sont les plus graves.

Tengur refuse de reconnaître que la culture de l?apprentissage qui caractérise ces instituteurs-là est le produit même d?un système trop longtemps toléré, et devenu désuet. Continuer à ne préparer l?enfant que dans l?optique d?un examen, c?est le condamner. « L?élite » automate que nous fabriquions hier, n?est pas celle dont il nous faudra demain, un citoyen du monde de grande culture et d?une solide capacité de réflexion. Il serait grossier de vouloir restaurer le modèle d?hier qui rend diplômé, pas intelligent. Tengur a tout à fait raison de dire que l?école doit être soucieuse de développer une élite. Certes, une école homogène risque de devenir, autant que celle d?hier, une école de l?exclusion si elle frustre le talentueux ; il lui faut devenir apte à détecter très tôt les capacités et les talents afin de les canaliser. Mais elle n?y arrivera pas en retournant aux anciens schémas. Il faut pluraliser l?école. Elle doit s?adresser aux individualités, permettre des apprentissages divers, ouverts, qui donnent le plus de chances possibles aux élèves, à tous, autant de compétences dont le pays aura besoin. C?est dans ce sens qu?il faut réfléchir.

Tengur parle de la régionalisation, comme s?il s?agissait d?une politique pour l?école. Cela n?a été qu?un processus de démocratisation, un moyen de permettre à l?école d?assumer sa responsabilité morale, la seule qu?elle ait, et faire en sorte que tous les élèves obtiennent ce à quoi ils ont droit. Ce processus est irréversible. Un enfant pauvre qui a pu fréquenter l?école parce qu?elle est désormais à côté de chez lui, ne pourra plus le faire s?il est admis à l?autre bout de l?île. La régionalisation n?a amélioré que l?accès à l?école. Il faut maintenant l?améliorer elle-même. C?est là que l?on attend les partis politiques. Nous voulons d?un programme qui fasse grandir l?école, et avec elle nos enfants, pas qui l?avilisse. La réforme ne fait que commencer.

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