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Anil Bachoo va-t-il quitter le MSM ?

23 janvier 2005, 00:00

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«La démission d?Anil Bachoo n?est plus qu?une question de timing? » Ces propos sont ceux d?un proche du ministre des Infrastructures publiques. Le principal concerné, lui, a choisi de s?abstenir de tout commentaire, laissant délibérément courir la rumeur de sa démission du MSM.

Mais quoi qu?en dise le leader du MSM, Pravind Jugnauth, qui a déclaré hier à la presse qu?il n?y « avait aucun froid entre Anil Bachoo et la direction du MSM », il se confirme de plus en plus, dans le cercle d?amis du ministre des Infrastructures publiques, qu?Anil Bachoo, comme Sylvio Michel avant lui, en a ras-le-bol de l?alliance MSM-MMM. Et il aurait déjà tâté le terrain du côté des travaillistes.

Le Premier ministre, vieux routier de la politique, est au courant de l?état d?esprit d?Anil Bachoo. C?est dans cette optique, qu?il a eu un long tête-à-tête avec lui mercredi. Paul Bérenger avoue avoir discuté dossiers et « politique ». Mais ceux qui ont rencontré le ministre Bachoo ensuite, confient que c?est essentiellement de politique dont il était question. Plus précisément de l?avenir du ministre MSM qui est en rogne contre la direction de son parti depuis longtemps déjà.

« Paul Bérenger a tenté de dissuader Anil Bachoo de démissionner du MSM. Mais il n?a pu le convaincre à ce stade. Bachoo a toujours l?intention de claquer la porte du Sun Trust », explique un membre du MSM, proche de Bachoo.

Prakash Maunthrooa, secrétaire administratif du MSM, ne partage pas cet avis. « Bachoo est un senior member du parti , et occupe un ministère important. Il est appelé à jouer un rôle clé dans la stratégie électorale qu?on a déjà mise en place.» Et il ajoute : «Nos relations sont excellentes...» Or si tel était vraiment le cas, comment expliquer l?urgence de deux rencontres entre les deux chefs de partis du MSM-MMM séparément avec Anil Bachoo, sans compter celle programmée après le retour de Bérenger de la Chine...

« Suicide politique »

Preuve que rien n?a encore été aplani. Qu?Anil Bachoo ? quoiqu?en disent Pravind Jugnauth et Prakash Maunthrooa, alors que Paul Bérenger est resté prudent ? n?est toujours pas rentré dans les rangs et qu?il nourrit toujours une ambition politique autre que celle de jouer les seconds couteaux au sein du MSM?

« Pensez-vous qu?un Anil Bachoo puisse accepter d?être le numéro trois du MSM après Pravind Jugnauth et Joe Lesjongard ? », se demande un membre du MSM. Comme lui, ils sont quelques-uns à « marcher derrière Bachoo ». Cette faction s?agite depuis l?année dernière afin de considérer un éventuel rapprochement avec les travaillistes. Ces membres du MSM sont issus de circonscriptions rurales. Leur discours, off record, est teinté de communalisme. Mais pour eux, c?est ni plus ni moins de la Realpolitik, surtout après la défaite de la partielle du n° 7 : « La communauté hindoue est déçue du primeministership de Bérenger. Ils sont plusieurs à s?élever contre les Jugnauth, car ils ont permis à un non-hindou d?accéder au poste de Premier ministre. Si on reste sans réagir, nous courons tout droit vers un suicide politique ! »

La direction du MSM a beau tenter de calmer la colère d?Anil Bachoo et de sa bande (qui inclut le député Megduth Chumroo et d?autres sur qui il ne faut pas compter pour se manifester). Les tentatives ont été vaines. « S?il est numéro trois du MSM au sein d?un prochain gouvernement MSM-MMM, encore faut-il qu?on passe l?épreuve des prochaines législatives, à quel poste hiérarchique peut-il aspirer ? Pas mieux que numéro six ou numéro sept », avance un MSM pro-Bachoo. Il ajoute que compte tenu du « poids électoral de Bachoo dans l?Est, il mérite nettement mieux. »

Cette analyse n?est pas partagée par un membre du bureau politique qui avance qu?« Anil Bachoo fait tout pour défaire l?alliance MSM-MMM. Il nourrit depuis quelque temps une stratégie de rapprochement avec les travaillistes. » Interrogé, un ministre MSM n?a pas souhaité commenter le cas Bachoo : « Bisin guette avec Pravind ek Paul même sa. »

Les proches du ministre Bachoo estiment, quant à eux, que celui-ci s?est senti « blessé et trahi » par ses pairs du MSM à cause de deux événements. Le premier a eu lieu alors qu?il était en déplacement à l?étranger : le dossier métro léger, sur lequel il avait planché, est passé de son ministère au Prime Minister?s Office sans qu?il en soit averti.

La deuxième source de mécontentement est plus récente : le ministre des Infrastructures publiques n?a pas apprécié les critiques du Premier ministre à l?égard de la Road Development Authority (qui tombe sous sa responsabilité) par rapport à l?état des routes. Cela au moment même où Maurice accueillait les délégués de la conférence sur les SIDS. « Si la partie de l?autoroute, partant de la Vigie jusqu?à l?aéroport, n?a pu être réasphaltée, la faute ne revient pas aux Infrastructures publiques qui ont réclamé en vain des fonds. C?est la responsabilité du ministère des Finances. »

Or, tout le monde le sait, le ministre des Finances, c?est Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre et leader du MSM. Celui-ci n?a pas réagi à la suite des reproches de Bérenger.

Cette affaire a envenimé les relations entre Anil Bachoo et Pravind Jugnauth. Ce qui expliquerait son absence au dîner offert par son parti au Sands Resort ? Ils sont plusieurs au MSM à avoir prévu cette absence de même que celle de Megduth Chumroo. Mais une fois encore, Pravind Jugnauth dément et évoque des « raisons de santé » pour expliquer l?absence d?Anil Bachoo.

Quoi qu?il en soit, des émissaires travaillistes sont déjà à l??uvre. « Il y a eu des pourparlers entre le ministre Bachoo et certains de nos dirigeants, mais à ce stade, il est trop tôt pour révéler quoi que ce soit », confie un membre du bureau politique du PTR.

Au square Guy Rozemont, on souhaite qu?il démissionne afin de déstabiliser le gouvernement. « Les négociations n?ont pas abouti, mais c?est sûr que les travaillistes considèrent Anil Bachoo mieux que dans son propre parti », laisse échapper un proche du ministre.

« Retour aux sources »

Selon lui, le PTr aurait fixé un « deadline » à Bachoo pour qu?il rejoigne le PTr, parti au sein duquel il a commencé sa carrière politique, avant de créer le MTD pour ensuite rejoindre le MSM d?Anerood Jugnauth. « Ce sera un retour aux sources », avance notre interlocuteur travailliste, qui est persuadé qu?une démission d?Anil Bachoo va « fragiliser le MSM qui aura définitivement moins d?ancrage dans les villages. »

Navin Ramgoolam n?a pas voulu confirmer cela hier à sa conférence de presse. Il s?est contenté de dire que « ils sont plusieurs à nous approcher et rien n?a été décidé jusqu?ici. »

Si Anil Bachoo reste au MSM, Pravind Jugnauth devrait revoir la composition de la hiérarchie au niveau du MSM. « Bachoo est persuadé qu?il détient une carte maîtresse : sa popularité en milieu rural et son influence au sein des associations socio-religieuses. Mais au sein du parti il se sent marginalisé, d?où son découragement», analyse un député MSM. De son côté, Navin Ramgoolam ironise : «Pravind lui a promis le poste de deputy leader MSM. Mais Bachoo n?en veut pas...» Est-ce parce que Ramgoolam lui a fait une meilleure offre ?

Paul Bérenger, même si c?est une crise interne au MSM, a choisi de s?y mêler. Il sait qu?il ne peut se permettre de perdre Anil Bachoo alors que se profilent les prochaines législatives. À son retour de Chine, sa partie d?échecs avec celui-ci s?annonce difficile. L?issue risque d?influer sur le prochain scrutin. C?est la raison pour laquelle Paul Bérenger a pris le dossier Bachoo en main !

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