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« On a retrouvé la sérénité et restauré l?image de l?Icta »

23 janvier 2005, 00:00

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Le départ de votre prédécesseur a été mouvementé. La sérénité est-elle revenue à l?Icta ?

Sans aucun doute. On a retrouvé la sérénité et restauré l?image et la réputation de l?Icta.

Est-ce à dire que l?image et la réputation de l?Icta n?étaient pas très bonnes du temps de votre prédécesseur ?

Ce n?est pas tout à fait ça. L?Icta faisait les titres de la presse sous un jour négatif. Mais le calme est revenu. Nous sommes en train de démontrer que nous produisons des résultats en ce moment.

Quelles sont vos priorités ?

Les priorités ont été déterminées depuis le jour où j?ai pris mes fonctions en octobre. J?ai pris connaissance des dossiers prioritaires en suspens et pour éviter de faire subir aux opérateurs de longues attentes, on a travaillé dur afin de les régler. C?est le cas pour Outremer Telecom (OT) et le lancement de la téléphonie de troisième génération (3G) par Emtel. Les problèmes d?OT ont été réglés en 24 heures. Pour le 3G, Emtel avait un calendrier de lancement qui allait lui permettre d?être le premier à lancer ce service. Nous avons accéléré le traitement de ce dossier. Pour 2005, nous avons identifié des projets prioritaires dont le premier est la création de l?Universal Service Fund. Nous allons également éviter la surrégulation, sans toutefois tomber dans la sous-régulation. Nous avons identifié un panier de services qui va connaître une libéralisation poussée. L?Icta pourra toute-fois intervenir, si jamais il y a des pratiques anticoncurrentielles.

La question de l?indépendance de l?Icta vis-à-vis du gouvernement est apparue à un moment. Quelle est votre position sur le sujet ?

Je suis indépendant. Ma nomination n?est pas due à l?intervention d?un lobby. On a fait appel à moi en tant que patriote pour servir l?État. L?Icta, en tant qu?institution, est complètement indépendante du gouvernement. La loi la régissant l?oblige à l?être.

Mais votre ministre de tutelle a expliqué au Parlement que l?Icta n?était pas censée être totalement indépendante?

L?Icta est une création du gouvernement. Le gouvernement peut faire voter une autre loi pour la faire disparaître. Vu ainsi, l?Icta n?est pas indépendante. Le gouvernement peut seulement intervenir par le biais du ministre de la Technologie informatique et des télécommunications pour des matières à caractère général et dans l?intérêt du public.

L?État est l?actionnaire majoritaire de Mauritius Telecom (MT). Pouvez-vous prendre des décisions qui peuvent affecter à terme les intérêts de l?État ?

Il n?y a pas de pressions. Si MT fait une demande qui n?est pas justifiée et qui est hors des paramètres légaux, l?Icta ne va jamais accéder à cette demande. Certaines demandes d?OT ont été agréées malgré le fait que cela signifiait une réelle concurrence pour MT.

On a évoqué la fusion entre l?Icta et l?Independent Broadcasting Authority en raison de la convergence des technologies de l?information et de la communication. L?idée semble avoir été abandonnée?

Autant que je sache, les institutions internationales ne recommandent pas de telles fusions. Le gouvernement suit cette voie. On évoque le fait qu?on ne peut pas en même temps contrôler le contenu et l?infrastructure qui sert à transporter ce contenu.

L?ADSL, le vrai segment sur lequel Internet offre toutes ses possibilités, reste désespérément cher pour le grand public. Va-t-on assister à des changements à l?avenir ?

La fonction première de l?Icta ne consiste pas à faire baisser les coûts. Nous accélérerons la libéralisation et la démocratisation des Technologies de l?information et de la communication (Tic). Si la demande d?un opérateur est justifiée, nous allons lui permettre de poursuivre son projet. Et si celle-ci entraîne une réduction des prix, c?est encore mieux.

La révision du prix de connexion au réseau haut débit de MT sera prise par l?Icta. Et selon sa décision, le prix du haut débit baissera ou pas?

C?est un problème économique que nous étudions. Nous verrons comment réduire le coût dans ce secteur. La tendance veut que le coût d?interconnexion soit le plus cost-based possible. Le dégroupage est enclenché. MT ne peut pas refuser à un autre opérateur d?utiliser son réseau haut débit pour n?importe quel usage. Et il faudra que le prix d?utilisation reflète la réalité.

Pour la téléphonie internationale, l?arrivée de la concurrence a conduit à d?importantes baisses de prix. Alors que pour Internet, les baisses se font attendre?

Nous avons bien régularisé la situation dans les télécoms pour faciliter la libéralisation et la démocratisation, ce qui a permis une baisse des prix. Avant la libéralisation, le prix d?une minute de communication vers l?Europe était à Rs 24, maintenant il peut descendre jusqu?à Rs 5,25. Maintenant, nous allons nous concentrer sur Internet et tous les services relatifs à l?internet.

Concrètement, comment allez-vous procéder ?

Il faut d?abord régler le problème du nom de domaine .mu qui est actuellement géré par une personne qui n?est pas à Maurice, bien qu?étant mauricienne. Les registres ne sont pas à Maurice non plus. S?il prend des frais d?utilisation élevés pour l?usage du domaine. mu, ce sont les consommateurs mauriciens qui en font les frais. Ce nom de domaine doit être ramené à Maurice pour être administré par l?Internet Management Committee (IMC) de Maurice sous la supervision de l?Icta.

Comment se fait-il que le nom de domaine du pays ne soit pas administré par les autorités locales ?

Avant la mise en place de l?Icta, le domaine était déjà administré par cette personne à partir des États-Unis. Mais la loi instaurant l?Icta a confié la gestion du nom de domaine à l?autorité. Afin de récupérer le domaine .mu, nous avons sollicité l?appui de l?institution internationale qui gère les noms de domaine. Nous avons effectué des demandes auprès des institutions internationales pour régler ce problème. Les tribunaux mauriciens ne peuvent obliger la personne à restituer le nom de domaine. Le détenteur a dit vouloir le restituer contre le paiement de Rs 20 millions et un siège à l?IMC. Nous avons abordé la question avec des organisations internationales qui nous ont expliqué qu?ils vont nous aider. Une fois le nom de domaine récupéré, nous reverrons les prix demandés pour son utilisation. C?est là que l?on verra si les tarifs demandés actuellement sont trop chers. Et nous interviendrons alors pour régulariser la situation.

Mahanagar va lancer le deuxième réseau de téléphonie locale après MT prochainement. À quel point cela va-t-il bouleverser le paysage des Tics ?

Il ne le bouleversera pas. Mais il apportera des éléments positifs qui aideront à la libéralisation et la démocratisation des Tics. Il rendra également le secteur beaucoup plus compétitif.

À quoi ressemblera-t-il une fois qu?il sera totalement libéralisé ?

Il y a aura une baisse des prix qui permettra un accès facilité au plus grand nombre. Le téléphone connaîtra une baisse substantielle ainsi que les liaisons haut débit. Quand nous avons introduit le Caller Party Pays, le coût de l?appel sur un portable a baissé. Dans dix ans, les prix baisseront encore plus parce qu?il y aura plus d?opérateurs. Nous serons prochainement au même niveau que les pays industrialisés. Mais comparé à la Chine ou à l?Inde, nous sommes très avancés.

L?Icta a lancé récemment les consultations sur l?Universal Service Fund. À quoi servira-t-il ?

La loi de l?Icta prévoit la mise en place de ce fonds. Grâce aux contributions des opérateurs, il financera la mise en place de services universels pour des personnes pauvres, handicapées et éloignées géographiquement, comme celles qui sont à St-Brandon. L?argent que nous recueillerons sera dépensé en consultation avec les différents acteurs. Nous travaillons sur une liste de services que nous comptons mettre en place comme le déploiement de moyens de télécoms efficaces à St-Brandon et Agaléga, ainsi que des numéros gratuits qui permettront aux personnes démunies de contacter facilement les services sociaux ou les hôpitaux par exemple. La mise en place de ce genre de services nécessite des moyens. Les opérateurs auront l?obligation légale de contribuer, c?est une condition d?octroi de licence d?ailleurs.

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