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Paroles d?un toxico

23 janvier 2005, 00:00

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Ahmed est l?esclave type de l?héroïne. Quand le manque le tenaille, voler devient pour lui aussi simple que respirer. Il a été coffré dix-neuf fois en 24 ans d?existence.

La silhouette d?Ahmed rase les murs des courettes bordant les ruelles de Cité Kennedy. Il nous salue avec méfiance et accepte de se confier. Il semble vouloir quitter son enfer.

« Je devais avoir environ douze ans quand j?ai commencé à me droguer. Au début, les amis me l?offraient. Je suis très vite devenu accro. Dès lors, il a fallu que je paie ma dose. Je fais de menus travaux pour gagner ma vie. Ce que je gagne suffit rarement. Il faut bien que je me débrouille autrement. »

Ahmed fixe le néant de ses yeux vitreux de toxicomane. Il ne trahit aucun état d?âme et raconte son parcours avec détachement.

« Quand je suis en manque, je n?ai qu?une seule idée en tête : réunir l?argent nécessaire pour me soulager. Dans ces moments-là, je n?épargnerai personne. Je volerai n?importe quoi que je puisse monnayer rapidement. »

Il a presque vidé la maison de sa grand-mère qui l?hébergeait. Son beau-père, également toxicomane, l?a foutu à la porte. Depuis son dernier séjour en prison il y a un an, Ahmed erre.

Dans les commerces, il profite de l?inattention des vendeurs pour remplir son sac d?articles qu?il ira brader plus loin.

Il pénètre dans les cours privées pour voler des fruits. Il s?enfuit avec des sacs à main. Subtilise des portefeuilles. Arrache des bijoux aux cous de victimes qui ne se doutent de rien?

« Les habitants du quartier savent que je vends des articles volés. Ils cassent les prix impitoyablement, m?obligeant d?en faire toujours davantage. Moi, je ne m?intéresse pas à la valeur des objets aussi longtemps qu?ils suffisent à me payer ma dose quotidienne. »

Ahmed se fait prendre la première fois pour recel. À sa sortie de prison, il se met à arnaquer les toxicomanes venus s?approvisionner dans le quartier. Puis, il vole ici et là pour survivre.

Il dit n?utiliser aucune arme. Il est très habile. Cela lui suffit. Il peut sillonner tout le pays à la recherche de victimes s?il le faut. Mais généralement, il sévit dans les lieux publics fréquentés. Il préfère évoluer seul, disant avoir vécu le traumatisme d?amis qui ont rejoint des bandes organisées. « D?où me vient le toupet de voler, d?arracher une chaîne du cou de quelqu?un, je ne sais pas. La malédiction qu?est la drogue révèle en vous des ressources insoupçonnées. »

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