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Will Eisner, le père de la BD moderne n?est plus

10 janvier 2005, 00:00

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Il était dessinateur, scénariste, mais aussi éditeur, essayiste et pédagogue. Il a révolutionné la bande dessinée. Il résidait en Floride depuis une vingtaine d?années, mais considérait New York comme ?sa maison.? En dépit de la gloire qui auréolait son nom et son ?uvre, il n?oubliait pas le petit immigré qu?il avait été, celui qui avait grandi dans les rues du Bronx au milieu d?enfants, noirs, juifs, italiens ou chinois, pendant la Grande Dépression de 1929. Will Eisner est mort lundi 3 janvier, dans une clinique de Fort Lauderdale, près de Miami, victime de complications cardiaques. Il avait 87 ans.

Il a acquis une renommée mondiale lors de la parution, au début des années 1940, des aventures de son héros de bande dessinée, Le Spirit. ?Il était un géant, un pionnier?, a déclaré Art Spiegelman.

Inventeur des premiers graphic novels (romans en bande dessinée), il contribua à extraire la BD de son ghetto de simple distraction pour enfants, réussissant à conquérir un public adulte, imposant le statut d?auteur, s?imposant lui-même comme un auteur majeur et complet, raconteur d?histoires et créateur d?un univers graphique hérité en partie des techniques du cinéma, capable de métamorphoses à chaque nouvel album.

Né le 6 mars 1917 à Williamsburg, William Eisner appartient à cette vague d?immigration juive qui a fui les pogroms de l?Europe de l?Est du début du XXe siècle. Il habite dans ces immeubles insalubres et surpeuplés qui serviront souvent de décors à ses romans graphiques.

Will Eisner étudie le dessin, publie une BD qui annonce d?autres ?uvres, At the ?Forgotten? Ghetto (Le Ghetto oublié), puis collabore à l?American Journal de New York, avant de rejoindre Wow, What a Magazine ! Il y lance deux séries, Harry Karry et The Flame. L?Amérique se passionne alors pour les comics vantant les incroyables aventures de superhéros aux pouvoirs supranaturels. En 1936, il monte un studio, ?une véritable usine de BD, où l?on faisait des séries à la manière dont Ford fabriquait des voitures?, dira-t-il. Ils fournissent en comics les magazines anglais Okay Comics, Wags ou l?américain Jumbo Comics pour lequel ils créent la série Sheena, premier Tarzan au féminin.

Mais Will Eisner, convaincu du potentiel de la BD, est en quête de nouvelles opportunités. Il rejoint un réseau de journaux qui souhaitent concurrencer les magazines, en publiant un supplément dominical en BD. Il y crée Le Spirit, le 2 juin 1940.

Le dessin de Will Eisner use de techniques de cadrage copiées sur le cinéma et de toutes les nuances de l?ombre et de la lumière, allant jusqu?à flirter avec l?expressionnisme de Lang et Murnau, tandis que ses scénarios jouent sur plusieurs niveaux de lecture, mélangeant morale et humour, émotion et intrigue, contraintes de cadrage et de lettrage... De 1953 à 1972, il se consacre à la BD éducative en créant American Visual Corporation, une société cotée en bourse.

Will Eisner publie à la fin des années 1970 ses premiers romans graphiques qui vont révolutionner la BD : Un bail avec Dieu (aussi intitulé Le Contrat), Voyage au c?ur de la tempête, entre autres. Il reçoit le Grand Prix au deuxième Festival de la BD d?Angoulême, en 1975 (il succède à Franquin et est un des rares auteurs non francophones primés).

<B>Yves-Marie Labé

Source : lemonde@fr</B>

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