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Le G51
Nous savons, depuis le tsunami, qu?il faut se méfier de l?eau qui dort. Ce n?est pas parce que les petits Etats insulaires en développement (PEID) ont ressemblé jusqu?ici à un petit groupe disparate qu?il faut penser qu?ils resteront à jamais un bloc peu solidaire et sans influence sur le cours des événements mondiaux. La réunion des PEID organisée par les Nations unies à Maurice est une occasion offerte au groupe pour réaliser sa mutation et créer, elle aussi, des vagues.
Mal organisés, les PEID, 51 au total, ont subi dans l?oubli et l?indifférence des malheurs pendant longtemps. La vulnérabilité des îles, la précarité de leurs économies, les limites de leur savoir-faire en matière d?exploitation des ressources côtières et marines sont, parmi tant d?autres contraintes, des questions qui ont peu interpellé le monde développé. Les petits Etats insulaires ne parvenaient pas à tisser des liens entre eux pour constituer une structure capable de se faire entendre. Avec la réunion de Maurice, il y a un espoir que naîtra un groupe des 51, un bloc fort et uni qui disposera d?un poids significatif au sein du concert des nations.
Maurice a raison de jouer un rôle prépondérant dans la constitution de cette force émergente. Ses bases avaient été jetées à la Conférence mondiale sur le développement durable des PEID à la Barbade en 1994, mais sa construction est lente. Il est vrai que les travaux de la conférence de Pailles ne rapporteront pas, non plus, des fruits immédiatement, mais il s?agit, essentiellement, d?une action visant à garantir l?avenir des générations futures.
Pour autant, l?appartenance à un groupe de nations ou, à plus forte raison, le leadership du bloc, procure des avantages et un prestige immédiats. Imaginons notre ministre du Commerce en train d?intervenir à la tribune de l?OMC en tant que porte-parole du groupe des 51.
Mieux encore, le soutien d?un éventuel G51, ajouté à celui déjà acquis du président du Conseil des ministres des ACP, Keith Desmond Knight, aurait sans doute un rôle décisif dans la course à la succession du Thaïlandais Supachaï Panitchpakdi à la direction générale de l?OMC. Pour un petit pays avec une population d?environ un million, la défense de ses intérêts passe forcément par une présence active au sein d?une communauté de pays.
L?OMC reconnaît déjà la spécificité du groupe des pays moins avancés (PMA) et lui accorde en conséquence un traitement spécial et différencié. Les PEID ont tout autant des difficultés spécifiques résultant de leur taille et particularités géographiques, notamment l?éloignement des marchés d?exportation. Ils ont l?occasion de faire la démonstration, à leur prochaine réunion, de leur capacité à harmoniser leurs positions et à parler d?une seule voix.
La thématique abordée à la Barbade en 1994 a évolué. Elle était alors axée sur les problèmes environnementaux. Les domaines prioritaires étaient identifiés comme les changements climatiques et l?élévation du niveau des mers, les catastrophes naturelles, etc. Dix ans plus tard, une plus grande attention est accordée aux enjeux économiques.
Le sous-secrétaire général aux Nations unies, Anwarul K. Chowdhury, qui inaugure cet après-midi, les manifestations parallèles au sommet des PEID, résume bien l?importance de la réunion : ?Il faudrait peut-être attendre des décennies avant qu?une occasion semblable ne se présente à nouveau.?
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