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S?ouvrir au monde pour rester compétitif

4 janvier 2005, 20:00

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L?ambition de Maurice est de devenir une économie orientée sur les services à forte intensité de connaissance et d?information. Vaste projet. Il importe cependant de réfléchir sur une nouvelle stratégie de développement, mais surtout un tout autre état d?esprit. Un récent document de réflexion réalisé par le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) intitulé Competitiveness Foresight suggère une réorientation radicale de la croissance économique.

Les modèles qui ont assuré le bien-être de la nation durant les dernières décennies ont fait leur temps. Les principaux moteurs de croissance s?essoufflent. Le sucre va vivre des jours très sombres, tandis que le textile-habillement aborde une restructuration risquée. La compétitivité de l?économie repose jusqu?ici sur des piliers plutôt fragiles. Il faudra trouver de nouveaux supports et une nouvelle manière pour générer la croissance.

L?économie mauricienne devra réaliser une croissance minimale de 7 % annuellement au cours des dix prochaines années. Pour parvenir à cette fin, il faut s?ouvrir davantage au monde. Il faut plus que jamais s?exposer aux meilleures pratiques internationales et s?inspirer des expériences des international city-states (ICS) tels Singapour et Dubayy. Le document du NPCC déclare la guerre aux tabous et à nos réflexes insulaires.

Le pays doit devenir un centre de services pour la région s?il veut réussir dans son ambition. Le concept des ICS correspond parfaitement au profil qu?il compte adopter. Ainsi, il faut éliminer toutes les barrières au mouvement transfrontalier du commerce, de la finance et des hommes. Tout le territoire devra être déclaré zone franche. Cette condition est essentielle si le pays veut vraiment devenir un hub pour toute une palette de services (transbordement, externalisation, la technologie de l?information, éducation tertiaire privée?).

<B>Transparence du marché</B>

Il faut aussi réformer le marché domestique. Les cartels et autres monopoles n?ont plus leur place dans ce nouveau paradigme. La structure du marché ne devrait en aucune manière restreindre l?esprit d?entreprise et d?initiative de la population. Les critères de méritocratie et de transparence doivent primer sur tout autre considération dans l?allocation des marchés et dans le recrutement. Les faveurs politiques, le copinage et autres sources de dysfonctionnement ne feront que retarder le décollage vers les nouveaux horizons.

L?Etat devra aussi revoir sa bureaucratie. Les opérateurs souffrent trop en se perdant dans les paperasses lourdes et souvent inutiles. Il faut à tout pris réduire le nombre de points de décision dans le processus de certification.

Maurice se doit encore de bien gérer les effets de la globalisation. Elle doit aussi saisir les opportunités. Devenir un services-export economy n?est certainement pas un luxe. Le secteur manufacturier, en particulier le textile-habillement, devra trouver des marchés niches rémunératrices afin de ne pas avoir à affronter les géants telles la Chine ou l?Inde de manière frontale.

L?ouverture du pays aux cerveaux venus d?ailleurs est une condition sine qua non pour réussir cette transformation tant quantitative que qualitative de notre modèle économique. Les Mauriciens qui se sont souvent montrés très réfractaires à l?emploi des cadres expatriés dans les postes de responsabilités dans les entreprises ou dans les organismes publics, doivent remettre en question leurs attitudes, somme toute contre-productives.

L?économie a besoin des meilleures compétences possibles pour rester compétitif sur le marché international. Les entreprises ont de plus en plus la possibilité de recruter sur le marché international afin de pallier les manquements sur le plan local.

Selon un scénario optimiste, l?économie va générer 659 000 emplois en 2010, malgré le déclin graduel des industries traditionnelles dont le sucre. La main-d?oeuvre disponible s?élèvera à 557 000, dont 20 000 expatriés. A moins que le pays ait en place une politique qui soit vraiment expatriate-friendly, nous trouverons difficilement les 82 000 paires de bras additionnels pour remplir toutes les vacances.

Dans certains cas, il y a même urgence. Les nouveaux pôles industriels tels les technologies de l?information et des communications (Tic), les services financiers et autres services conseils qui sont des activités ont grand besoin des knowledge workers.

Il faut absolument une hausse importante des jobs de la nouvelle économie pour que le pays puisse accéder à un seuil de développement supérieur et éviter le cercle vicieux du chômage, de l?instabilité et de la pauvreté. L?apport des highly skilled personnel (HSP) est un aspect crucial pour la prospérité future de la société.

<B>Un besoin de 120 000 professionnels</B>

Un récent papier, présenté par le Dr Philippe Hein, consultant au Bureau international du travail, propose de sérieuses pistes de réflexion sur la main-d??uvre migratoire. Le document fut débattu lors d?un séminaire organisé par le ministère du Travail et des relations industrielles. Selon les prévisions de l?expert, le pays aura besoin de 120 000 professionnels en 2010 pour répondre aux besoins des industries émergentes tels les services financiers, les Tic et les activités de consulting ainsi que des activités traditionnelles dans les secteurs de l?éducation et de la santé.

Au rythme où vont les choses, on risque fort de ne pas pouvoir atteindre cet objectif. Le Dr Hein explique les différentes faiblesses qui ne nous empêchent de dégager la masse critique nécessaire en termes de compétences locales. D?abord, Maurice a un niveau d?éducation de base plutôt faible relatif à ses compétiteurs. Les activités high-tech en souffrent plus que d?autres. L?offre des cadres informatiques, par exemple, est nettement insuffisante par rapport aux objectifs fixés. Selon les projections, le pays pourra produire 305 spécialistes IT (niveau de deuxième cycle universitaire) et de 3 611 professionnels (niveau premier cycle), soit représentant seulement 10 % et 36 % des besoins en ressources humaines pour le secteur en 2006.

L?autre constat peu luisant touche aux contenus et aux méthodes d?enseignement des disciplines liées aux nouvelles technologies. Les étudiants sont-ils exposés aux connaissances qu?ils auront besoin lorsqu?ils deviendront des salariés ? Tel n?est pas nécessairement le cas, estime Phillipe Hein. Les changements technologiques perpétuels et un manque de personnel enseignant dans certaines matières scientifiques et de l?engineering sont autant de contraintes qui restent à être maîtrisées.

Maurice a aussi son lot de brain drain. Plusieurs Mauriciens hautement qualifiés préfèrent chercher fortune ailleurs en raison du manque d?opportunités d?embauche dans des secteurs porteurs. La venue des expatriés dans les industries à forte intensité de connaissance constituera un noyau solide de compétences qui devrait rassurer les investisseurs locaux et étrangers dans les perspectives des nouvelles industries. A terme, les cadres étrangers vont (indirectement) contribuer à augmenter les possibilités d?embauche pour les professionnels mauriciens.

Le recours aux HSP étrangers ne devrait faire peur à personne. D?ailleurs, même des pays qui ont un niveau d?éducation plus élevé et une culture d?entreprise plus sophistiquée que Maurice ont des politiques qui favorisent le recrutement des professionnels étrangers. Certains pays à l?instar des Etats-Unis ont même mis en place des fast track pour faciliter le recours aux expatriés dans des industries où les ressources domestiques font défaut. Sans cette politique, Silicon Valley n?aurait certainement pas été ce qu?elle est aujourd?hui.

Le gouvernement mauricien a mis sur pied il y a quelques années le Scheme to attract professionals for emerging sectors (Sapes) pour inciter les expatriés hautement qualifiés à venir travailler à Maurice en particulier dans les technologies de l?information et les services financiers.

Plusieurs facilités sont mises à la disposition de ceux éligibles. Parmi les principaux bénéfices, ils peuvent ouvrir leurs propres études à Maurice (ils n?ont même pas besoin d?avoir un employeur), et ont droit, de même que leurs conjoints, à des permis de travail et de résidence pour une durée de trois ans. Ils ont la possibilité d?obtenir le statut de résident permanent à Maurice et peuvent s?acheter des biens immobiliers.

Toutefois, ce plan n?est pas bien vendu sur le marché international des hautes compétences. Son impact est donc mitigé jusqu?ici. Il faudra donc relancer le projet de manière plus agressive.

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