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Pierre Dinan au seuil d?une nouvelle décennie économique
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Pierre Dinan au seuil d?une nouvelle décennie économique
Pierre Dinan économiste et auteur d?un bilan inti-tulé : ?Dix ans d?économie mauricienne? est formel : entre 1968 et 1979, l?économie mauricienne a effectué un tour complet. Partie de l?austérité de 1968/69, elle se retrouve dans celle de 1979. Le même ministre des Finances, Ringadoo, se remet à vanter les produits locaux et à nous demander de délaisser le riz pour la pomme de terre. A Maurice, toutefois, l?austérité ne dure pas car elle comprend aussi des promesses que les ministres voyageront moins et en classe économique seulement. Ces pieuses intentions ont ainsi été noyées dans les sucro-roupies du boom, sans oublier l?agréable souvenir de la coupe record de 1973 (718 000 tonnes), un record qui reste à améliorer par une industrie sucrière ne cessant de descendre en division inférieure. Ceux, qui disaient que la prospérité de 1973-76 sera passagère, furent traités de labousse cabri. Comment est-on arrivé à boucler une si triste boucle ?
En 1968, les priorités sont de développer (i) l?agriculture et la diversification agricole (ii) le tourisme (iii) le secteur manufacturier. C?est l?inverse qui s?est produit. Priorité a été accordée beaucoup à la ZF, moyennement au tourisme et pas du tout ou presque à l?agriculture. L?agriculture est la grande oubliée et la surexploitée de la décennie1968-1979. Les 800 000 tonnes de sucre demeurent du domaine du rêve. Il en va de même pour l?objectif de 7 000 tonnes de thé.
La situation s?améliore pour le secteur manufacturier qui, en 1968, ne compte que 12 entreprises pour le marché local et n?emploie que 9 000 personnes. En 1977, les 12 entreprises sont devenues 104 mais elles n?emploient que 12 600 personnes. Du côté de l?exportation, la situation est heureusement bien meilleure. En 1971, il n?y a que neuf entreprise et 644 emplois. Ces chiffres passent, en 1977, à 89 (dix fois plus) et 18 169 (28 fois davantage). On se réjouirait davantage si on ne notait pas une certaine stagnation depuis 1978. Des entreprises font faillite et on parle de licenciements. La lune de miel est terminée pour la ZF d?exportation.
De 1968 à 1977, il y a résorption du chômage. Le nombre de chercheurs d?emploi passe de 47 000 à 22 000. La DWC est une allocation de chômage déguisée, coûtant cher si l?on tient compte des frais d?encadrement et d?achat de matériaux.
En 1968, le tourisme accueille 15 000 visiteurs. Ils sont 100 000 en 1979, offrant de l?emploi à 9 000 personnes. En 1968, un touriste sur deux vient de la région. Dix ans plus tard, deux touristes sur trois viennent d?ailleurs.
Maurice visait une production de 50 000 tonnes de production maraîchère. Celle-ci n?atteint que 20 000 tonnes en 1977. Succès mitigé pour la pomme de terre, échec pour le maïs, semi-échec pour la banane et l?ananas. Les déboires de l?élevage bovin sont compensés par le succès du poulet. Nous n?avons su apprendre les leçons se dégageant du succès de l?élevage du poulet.
Maurice entre dans la civilisation de consommation. Il y a, en 1977, 2,5 fois plus de véhicules (60 000) qu?en 1968. Le transport en commun est en train de devenir un des goulots d?étranglement de notre économie (A croire que nos ministres et nos grands décideurs politiques se font un devoir de ne JAMAIS lire nos journaux).
Maurice consomme mais elle sait aussi épargner. L?épargne représente 18% du PNB de 1968. Elle atteint 22% en 1978 après le record de 36,6% en 1974. L?épargne croît avec le PNB. Nous continuons à vivre au-dessus de nos moyens. Le gouvernement ne sait pas non plus épargner. Ne le sachant pas, il ne peut pas enseigner à la population les bienfaits de l?épargne. Comme le consommateur, le gouverneur aime dépenser dans des biens de consommation mais par investir dans la production.
C?est ainsi que nous arrivons à la dévaluation de la roupie du 23 octobre 1979.
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