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Mo’zar attend son espace
Le futur Espace Mo’zar connaît déjà des déboires, avant même de sortir de terre. En effet, au moment où les travaux allaient commencer, il a fallu changer de site pour libérer une voie d’accès destiné au port-franc. Avec pour résultat, la nécessité, aujourd’hui, de construire un pont qui permettra d’accéder au nouveau site sur un terrain à l’extrémité du port-franc. Et un retard de six mois dans les projets de l’Espace Mo’zar.
“C’est dur de lutter contre l’exclusion, mais nous n’avons pas le choix, il faut aller de l’avant”, lâche un peu cyniquement José Thérèse, musicien et formateur qui sera le directeur de l’Espace Mo’zar. Mais le musicien ne se décourage pas et continue ses efforts pour intégrer, former et donner des ailes à un nombre de plus en plus important de jeunes, généralement issus de milieux défavorisés mais fermement décidés à faire une carrière musicale.
L’atelier Mo’zar a vu le jour en 1996, à un moment où l’Etat mauricien lançait le fonds de soutien en faveur des groupes vulnérables. À cette époque, Marcel Poinen approche José Thérèse avec une idée en tête. Le premier, infatigable travailleur social est à la recherche d’une formule pour intégrer les jeunes laissés pour compte de Roche-Bois, un quartier qui était à la dérive. Et surtout, où le taux d’échec scolaire était de 85 %. Le second, musicien professionnel de retour d’une longue formation au Danemark, est en vacances. Il a du temps à en revendre.
Le contact passe entre les deux hommes. Marcel Poinen incite José Thérèse à écrire un projet d’école de musique pour les jeunes du quartier. “J’ai écrit 150 pages qui ont été soumises au trust et le projet a été approuvé en une semaine”, raconte José Thérèse.
Vivre de la musique
Ce qui n’était alors qu’un embryon d‘école élit domicile dans une maison à cité Roche-Bois, au numéro 4 de la rue Despéroux. “J’ai commencé à recruter les premiers élèves, un peu au coup d’œil ou alors j’en repérais dans des fêtes”, explique José Thérèse. L’atelier de musique démarre avec six élèves.
“Le but de l’atelier est de permettre à ces jeunes de vivre de leur musique”, insiste José Thérèse. De 6 élèves , l’Atelier Mo’zar est passé, huit ans plus tard à 200 élèves. Aujourd’hui, quelques-uns de ces jeunes musiciens évoluent dans des groupes locaux prestigieux, à l’instar de Ludovic Matombé, saxophoniste dans la formation du jazzman Ernest Wiéhé. D’autres, comme Ivan Basile, sont également à l’aube d’une brillante carrière musicale. Plusieurs des jeunes élèves de l’atelier accompagnent José Thérèse lors de ses tournées dans les hôtels. Tous ont d’ailleurs passé les examens de la Royal School of Music qui sanctionnent leur formation à l’Atelier Mo’zar.
Aujourd’hui, la liste d’attente pour s’inscrire à l’école est longue et il y a plus de 600 candidats, selon José Thérèse. Vivement donc que l’Espace Mo’zar voit le jour. Outre José Thérèse, qui enseigne la flûte et les percussions, les autres instructeurs sont Jocelyn Armandine, un spécialiste du piano, le jazzman Ernest Wiéhé et probablement le trompettiste Philippe Thomas.
Dessiné par le cabinet d’architecture Khushiram and Associates, le centre devrait accueillir un auditorium de 500 places, 15 salles de classes, un amphithéâtre en plein air, un studio d’enregistrement et même des appartements pour formateurs étrangers de passage.
Le nouveau centre devrait également accueillir d’autres disciplines artistiques comme le théâtre ou la peinture avec le concours de gens comme le metteur en scène Henri Favory ou le peintre Fabien Cango. “Nous prévoyons même de faire appel à des formateurs étrangers et de favoriser les échanges avec des musiciens d’autres pays”, insiste José Thérèse.
Les travaux commencent ce mois-ci. Si tout se passe bien, José Thérèse espère que l’Espace Mo’zar ouvrira ses portes à la fin de cette année . En fanfare, avec le lancement d’un album et la tenue de festivals, entre autres projets. Mais en attendant le nouvel espace, les saxophones et les percussions continuent de faire résonner leurs notes au numéro 4 de la rue Despéroux.
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