Publicité

Le mystère de la mort de Sweety et ses trois filles

2 janvier 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La fine pluie caresse les murs. A travers les vitres brisées, elle pénètre cette triste demeure, à Quatre-Cocos. La police y a enlevé quatre corps calcinés. Par dépit, racontent ses proches, Sweety Gunputh, 27 ans, s?est immolée, samedi après-midi, avec ses trois filles. Or, la famille de l?époux, contredit cette version. Les victimes ont été incinérées, hier, au crématorium de Ph?nix.

Les effluves de pétrole lampant irritent les narines, 24 heures après l?incendie. L?exiguë chambre à coucher, est noire de suif, où règne un capharnaüm. Tiroirs jonchant le sol. Berceau calciné. Lit à demi-consummé.

Les enquêteurs privilégient, à ce jour, la thèse de suicide. Le domicile était fermé de l?intérieur. Des flacons de sirop contre la toux ont été découverts dans la salle à manger. Ils estiment que les filles auraient ingurgité ce médicament à la demande de leur mère. Ensuite, après avoir mis le feu à la chambre, elle aurait pris Priya, 7 ans, et Anjali, 3 ans, dans ses bras, l?aînée, Preety, 9 ans, installée à côté d?elle, sur le lit de la mort. L?époux, Roy, se trouvant à son lieu de travail, dans les casernes de la Special Mobile Force, n?a pu que constater la disparition de sa famille.

La colère gronde, cependant, dans les rangs des Bahadoor, proches de la défunte. ?C?était une femme battue. Elle venait souvent habiter chez sa maman?, affirme Anil Bahadoor, son cousin. D?ailleurs, indique un deuxième cousin, Gooroodev Choomucksing, la défunte avait étalé ses déboires lors d?un mariage, à Roche-Terre.

Un argument que reprennent les enquêteurs. Ils confirment que Sweety a porté plainte contre son époux aux postes de police de Centre-de-Flacq et Belle-Mare. Dans un cas, elle aurait relaté son calvaire à une préposée de l?Etat affectée aux postes de police, recueillant le témoignage des victimes.

Benjamine d?une famille de trois filles, Sweety s?est mariée à l?âge de 16 ans. Vivant auparavant sous le toit de ses beaux-parents, elle s?est installée à Quatre-Cocos il y a deux ans avec son mari et ses enfants.

Anil Bahadoor ajoute, sous les approbations des personnes qui l?entourent, que sa cousine habitait une maison sans électricité ni téléphone ?depuis trois mois?. ?Elle n?avait pas à manger. Des fois, elle quémandait auprès de ses voisins. D?autres, nous lui apportions de la nourriture?, indique-t-il, à l?issu des rites funéraires. Cependant, son voisin immédiat, Dhiraj Ramdhun, ayant aidé à alerter les autorités lors de l?incendie, affirme que c?était une famille sans histoires.

?Ce que disent les proches de Sweety est tout à fait faux. Comment a-t-elle vécu avec ses filles pendant 10 ans de mariage, sans nourriture? Pourquoi ses proches ne sont pas intervenus auparavant ? Au contraire, les enfants disposaient de tout ce dont elles avaient besoin?, affirme un membre de la famille Gunputh, parlant au nom de l?époux et mis en présence des allégations de brutalité sur Sweety.

Secte

Il met en avant l?attitude négative de la défunte par rapport à sa belle-famille. Selon ce proche, la défunte avait de la sympathie pour tout le monde sauf les proches de son époux. D?ailleurs, précise-t-il, ?elle fréquentait une secte?, un point confirmé par la famille Bahadoor.

Qui plus est, s?indigne ce proche, la famille Gunputh s?est rendu au temple dans la matinée. Rien ne laissait présager que Sweety aurait mis fin à la vie de quatre personnes peu après.

Alors que Ph?nix festoie en cet après-midi du 2 janvier, aux éclats de rires et pétarades succèdent les sanglots et larmes au crématorium. Les proches se tiennent, en cercle, psalmodiant les prières autour des cadavres : l?épouse drapée dans un sari rouge, ses filles chacune dans un linceul blanc.

Le veuf entame les derniers rites. Guidé par le prêtre, il verse, à l?aide d?une longue spatule en étain, du ghee, successivement, sur les membres de sa famille. Impassible au départ, il ne peut contenir ses larmes, qui coulent le long de ses joues.

13h20. Le cadavre de Sweety passe la porte de l?incinérateur. Les proches s?empressent de mettre en position les corps sans vie de ses filles. ?Un cadavre à la fois. L?incinération prendra 45 minutes. Pour le reste, ce sera 20 minutes?, explique le préposé.

Les proches s?en vont. Kumari Bahadoor, mère et grand-mère meurtrie dans l?âme, se dirige vers la sortie, criant son désespoir, inconsolable. Elle s?arrête, titube, s?écroule mais évite le goudron, un proche la saisissant de justesse.

La Special Mobile Force, ayant transporté les cadavres de la morgue à Ph?nix, embarque les brancards. Une tristesse profonde tapie en soi, chacun regagne la sortie. Roy, encadré par ses proches, est pris à partie par un des cousins. Il s?en va, la tête baissée. Alors qu?à l?intérieur, la flamme réduit en cendres une mère et ses trois filles. Triste fin pour un début d?année?

Publicité