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Et si ça nous arrivait?

2 janvier 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Maurice a beau se consoler qu?elle se trouve trop loin des zones de turbulences sismiques pour s?inquiéter de raz-de-marée. Dans l?absolu, elle n?est pas à l?abri. Car un choc tectonique n?est pas le seul facteur qui peut provoquer des mouvements destructeurs de masses d?eau. Une avalanche sous-marine, une explosion volcanique sous-marine ou la chute dans l?océan d?un astéroïde géant en est tout aussi capable.

Et si Maurice se trouvait dans la trajectoire du tsunami qui a rasé les côtes du Sud-Est asiatique ? Il n?y a aucune raison de croire qu?elle aurait eu plus de chance que l?Inde, le Sri Lanka, la Thaïlande, l?Indonésie, et les Maldives. Vu la distance qui la sépare de l?épicentre, elle aurait probablement eu plus de temps pour se protéger. Mais aurait-elle pu mettre à profit ce temps de grâce accordé par la nature ?

D?abord, il aurait fallu qu?elle en soit prévenue. Depuis dimanche matin, la nation a réalisé avec un certain degré de choc qu?il n?existe aucun système d?alerte dans l?océan Indien.

Si on était au Japon, par exemple, dans les deux à trois minutes qui auraient suivi le séisme, l?Agence météorologique nationale aurait diffusé à la télévision et sur les radios des informations sur les risques de raz-de-marée. Les régions susceptibles d?être affectées auraient également été clairement identifiées.

Le Premier ministre Paul Bérenger est mécontent que ni Hawaï où se trouve l?observatoire pour le Pacifique, ni le Japon n?ait averti Maurice. Sa fureur est compréhensible dans la mesure où les petits états n?ont d?autres recours que la collaboration internationale pour se protéger. Mais il y a certaines réalités pratiques qu?il ne faut ignorer.

L?observatoire de Honolulu dessert les 26 pays riverains du Pacifique et qui sont liés entre eux par un protocole datant de 1965. Une telle organisation permet de déclencher l?alerte dans l?espace de quelques minutes. L?océan indien dont l?histoire est nettement moins peuplée de tsunamis, ne dispose pas d?un tel système.

Selon la presse internationale, quand il a détecté le séisme tôt dimanche matin, Honolulu a essayé de contacter les pays du Sud-Est asiatique immédiatement menacés. Mais la communication fut difficile et l?information n?est pas passée aussi vite qu?il aurait pu. Les missions diplomatiques américaines dans la région ont également été mises au courant de même que la base militaire de Diégo Garcia.

<B>Éducation</B>

Et même si elle avait été informée, qu?aurait pu faire Maurice pour sauver ses citoyens ? Le système d?alerte cyclonique à Maurice est assez performant. Contrairement aux victimes du Sud-Est asiatique, les Mauriciens auraient donc été prévenus. Mais auraient-ils eu le temps de se mettre à l?abri ? La lame de fond se déplace aussi vite qu?un avion !

Et puis, faut-il encore que la population sache comment se mettre à l?abri. Plus que l?eau, ce sont les débris charriés par le tsunami qui sont dangereux. Le Mauricien connaît presque par c?ur les précautions à prendre contre les cyclones. Ceci est le résultat de décennies d?éducation. Education à travers les médias et aussi par l?expérience. En revanche, il n?a aucune notion de ce que peut être un raz- de-marée.

Une éducation formelle sur les signes précurseurs et aussi sur le moyen le plus sûr de se mettre à l?abri est nécessaire. On a tous lu et écouté les témoignages évoquant la fascination des enfants en particulier, devant le ressac précédant l?arrivée de la déferlante. L?école doit les prémunir contre ce piège mortel.

« Le premier élément d?une politique d?alerte est la mise en place de programmes d?éducation de la population à long terme. Même si l?annonce n?est pas officielle, une personne percevant un séisme doit savoir quoi faire. Ensuite, tout est question de planification et d?organisation », soutient dans un entretien accordé le journal français Libération George Pararas- Carayannis, ex-directeur du Centre international d?information sur les tsunamis à Hawaï.

La meilleure défense contre le raz-de- marée est bien entendue de fuir la côte. Quand on sait que le tsunami n?accorde jamais un temps de grâce de plus de quelques dizaines de minutes au plus, il faut songer à des voies d?évacuation rapides. Or, à Maurice, les routes principales longent la côte. Les fuyards se feraient donc rattraper par la vague, plus probablement pris dans un embouteillage monstre.

L?autre option aurait été de se réfugier aux paliers supérieurs de bâtiments hauts se trouvant tout près. Mais cette chance est compromise par les règlements d?urbanisation qui interdisent des constructions en hauteur près de la plage. La tragédie de dimanche dernier ne va pas inspirer une révision de ces lois. « Nous ne changeons rien. L?unique protection contre un tsunami reste la fuite », souligne un cadre du ministère des Terres et du Logement.

« À Hawaï, après le tsunami de 1960, les codes de construction ont été revus. De nombreux hôtels en bord de mer ont été bâtis de manière que les deux premiers étages soient le moins peuplés possibles » relève Pararas- Carayannis. « De même, on peut envisager de construire des plateformes surélevées dans les villages côtiers où la population pourrait se réfugier en cas d?alerte ».

Habitué au tsunami, le Japon dispose du système d?alerte le plus sophistiqué du monde. Malgré tout, ce pays protège ses côtes contre les lames en érigeant de formidables murs, notamment autour des infrastructures sensibles comme les ports. À défaut de mur, Maurice pourrait s?entourer de mangroves qui sont d?excellents barrages naturels.

Malheureusement, c?est toujours après une catastrophe que les consciences s?éveillent. Le Premier ministre a chargé des hauts fonctionnaires d?examiner d?urgence la question relevant d?un système d?alerte pour protéger Maurice contre les caprices de la nature.

Plus concrètement, le Commonwealth propose de parrainer la mise en place d?un système d?alerte pas différent de celui du Pacifique, pour l?océan Indien. Cinq des 53 états membres sont extrêmement vulnérables aux tsunamis. C?est dire que ce bloc a tout intérêt à s?impliquer.

Le secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon, propose de confier à l?institut Geoscience Australia la responsabilité de développer ce réseau d?alerte avec le concours des pays riverains. Alexander Downer, ministre australien des Affaires étrangères, soutient l?idée. McKinnon présentera son projet lors de la conférence internationale sur le développement durable des états insulaires qui se tient à Maurice dans deux semaines.

<B>150 000 morts, plus demain</B>

Ben Laden peut aller se rhabiller. Ce n?est plus lui qui fait trembler le monde. Celui-ci s?en charge bien tout seul. Il a comme revendiqué cette prééminence dimanche, dans une coincidence qui pourrait perturber des esprits faibles : le tsunami de l?Asie du Sud-Ouest survenu un an jour pour jour après la catastrophe de Bam en Iran, qui avait fait plus de 30 000 morts.

Cette fois, ce sont 30 000 morts par jour que l?on dénombre. Le décompte atteignait hier 150 000 et l?OMS prévenait que les épidémies alourdiraient ce bilan provisoire. L?Indonésie évoquait la possibilité d?atteindre les 100 000 morts, l?Inde en a dénombré environ 12 000 dont plus de 6 000 dans l?état du Tamil Nadu, le Sri Lanka 30 000.

Des millions de victimes sont sans abri et le coût des dégâts est estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Les Nations unies ont demandé aux pays de contribuer 1,6 milliard de dollars. Des millions ont déjà été versés par tous les pays du monde. Les chefs d?état seront invités le 6 janvier prochain à un sommet international en Indonésie pour galvaniser l?effort d?aide.

Neuf fois plus puissant que la bombe de Hiroshima, ce séisme restera l?un des cinq plus puissants depuis le début du xxe siècle et le deuxième plus meurtrier. Le choc a été d?une telle violence que la planète bleue a été secouée et a légèrement modifié son orbite. En se heurtant puis en se chevauchant, les plaques (birmane et indienne) se sont déplacées entraînant la migration sur environ 20 mètres des petites îles de la région. Le plus cruel est sans doute que le raz-de-marée a pris ses victimes par surprise. « En moins d?une minute, la mer s?est retirée sur une centaine de mètres, raconte cette touriste. C?était étrange. J?ai vu des enfants courir pour poursuivre la mer. Puis elle a enflé. Tout est allé vite. »

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