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Le passé

2 janvier 2005, 00:00

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Ce qui est présent « fuit » perpétuellement en direction du passé, sorte de gouffre où tout s?abolirait. La mémoire suppose que le passé demeure, ne soit pas « aboli », pour pouvoir être « réactualisé » dans le souvenir.

Mais, si le passé se conserve, le fait qu?il demeure présent, loin de faciliter la mémoire, ne condamne-t-il pas aussi à l?oubli, en tous cas à la répétition ?

Il y aurait deux manières pour lui de demeurer présent : la manière consciente et la manière inconsciente. Ce qui paraît impliquer deux questions : laquelle de ces deux manières exprime le plus adéquatement l?idée que le passé demeure présent ? Au cas où l?on ne pourrait choisir, y a-t-il forcément incompatibilité, entre ces deux manières ? Mais alors, comment penser la « compatibilité » ?

Pour réactualiser le passé dans la mémoire : Il faut que le passé soit « conservé » pour que le rappel soit possible. En ce sens, la mémoire implique que le passé doit demeurer« présent ». Il doit y avoir un point de jonction, sinon le souvenir, comme représentation du passé, serait impossible. La question devient délicate lorsqu?on demande : comment et, surtout, où le passé peut-il se conserver ?

C?est là qu?il faut avoir recours à Bergson : le passé se conserve de lui-même, spontanément. Il n?y a pas de problème spécifique, ni de « lieux » des souvenirs : surtout pas le cerveau !

La conservation du passé dans le présent, c?est la mémoire elle-même, sans laquelle nous n?aurions aucune conscience de nous-mêmes, et serions comme des bêtes : mens momentanea. C?est ce que Bergson appelle la durée. De lui-même le passé se conserve et éclaire le présent.

La conscience refoule dans l?inconscient les souvenirs non directement utiles à l?action et laisse passer les autres. Certes le passé est « idéal » et le présent est « sensori-moteur », et on a parfois du mal à comprendre comment un souvenir d?essence spirituelle peut venir se poser en quelque sorte sur le corps et rendre possible un mouvement mécanique comme ceux auxquels j?obéis parfois dans l?habitude.

Reste que, si le passé n?était pas mémorisé de lui-même (c?est-à-dire sans le secours d?aucun organe corporel), on ne comprendrait pas comment nous pouvons nous « adosser » à lui, ne fut-ce que pour le mimer, le reproduire. Le passé est là, comme la condition du présent qui le refoule, mais en même temps s?adosse à lui.

Le corps explique, non pas la mémoire (présence, en ce sens du passé) mais l?oubli. Ce qui veut dire que d?elle-même la mémoire serait omniprésente et nous ferait vivre au passé.

S?agirait-il bien, dans ce dernier cas, de mémoire ? On songe involontairement à Proust et à la théorie de la mémoire « affective ». Mais ne s?agit-il pas plutôt ici de fausse reconnaissance, de paramnésie ? Le souvenir véritable ne suppose-t-il pas la distance par rapport au passé, qui interdit de la « confondre » avec le présent ? Il y aurait donc pour le passé une autre manière que la mémoire pour demeurer présent.

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