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Chanteur enchanté

1 janvier 2005, 00:00

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D?auteur/compositeur/interprète, il est également devenu producteur. Une autre façon de faire la musique et de s?y immerger totalement.

Frico Labelle, 37 ans. Jeune homme débonnaire, aux éclats de rire nombreux. Look très tendance. Généreux, promettant aumône honorable à quelqu?un qui tendait la main. Touchant. Mais Frico se défend d?être un être exceptionnel. Populaire sans doute, mais pas extraordinaire. Lui ne fait pas vraiment comme les autres. Sur un accompagnement dépouillé, guitare acoustique, pour commencer, Frico Labelle pousse la voix sur Kan nou mazine tou sala, le titre éponyme de son nouvel album.

De sa voix à donner le vertige, le chanteur se fait nostalgique. Derrière, la ravanne, mariée au triangle, accentue cette nostalgie. Cette langueur qui le prend à la gorge, sans doute accentuée par une trop longue absence de son île natale, quand il est avec sa femme Mylène à Paris, résonne sur le disque.

Mais Paris, ville lumière, permet alors de mieux saisir son appartenance à la culture de son pays. L?île Maurice, terre de ses ancêtres, paradis des touristes, qu?il côtoie au quotidien, lui inspire à juste titre un morceau. On capte les mots au vol et on laisse notre imagination faire le reste.

Comme les autres, il roule dans les hôtels. Il y vante ainsi les couleurs de son île et s?assure ainsi un vécu aisé, alors que son métier premier, c?est pêcheur. Son accent qui tend à s?éloigner du créole bien de chez nous, parce qu?il parle d?autres langues à longueur de soirée, l?amuse tout autant que nous. «C?est parce ki mo travay bocou dan lotel. C?est larzan asiré ek enn tas zoli rencontres !»

Jean-Yves Labelle, plus connu sous le nom de Frico, un pseudonyme affectueux, unique, que tout le monde a fini par adopter, chante sa fougue artistique à la mer, sa principale source d?inspiration. Pêcheur de profession, cet amoureux de la mer, né au Morne, avant d?immigrer vers Blue-Bay, avant d?être finalement domicilié à Mahébourg, est le bon génie de sa musique et de son fabuleux destin d?artiste depuis ses quatorze ans.

Chaque détour de rime de son album, certifie qu?il a du talent. Lui-même, qui a veillé à la réalisation de cet album qu?il a fait presser à Paris, est aujourd?hui un homme comblé. «Album là ine prend tou mo lé tem depi enn an. Mone réssi tracé avec coup de main dé trois camarad pour fer prozé là abouti. »

L?artiste qui tente de survivre et surtout de rester indépendant, a produit lui-même cet album. «Pou fer la mizik, bizin éna moyen.» Lui, a choisi de se donner ces moyens : Trouver des fonds et s?appuyer sur des amis sûrs, notamment Jean-Claude Théane de DVM Records, pour enregistrer cet album. Le résultat laisse pantois. L?album n?obéit pas forcément aux contraintes commerciales. Il marie à la place une guitare avisée avec des sonorités plus rythmées. L?artiste inspiré, ne manque pas de verve. Il chante quelques clichés de l?amour et propulse les réalités d?un vié péser, sur fond nostalgique, lorsque la vaste étendue d?eau devient menaçante.

Frico Labelle doit sa renommée à ses propres compositions musicales. Il déclare que la ligne vers cette reconnaissance n?a pas été droite, mais refuse d?en dire davantage. «Mo contan riyé, mem si mo encoler, ou pas pou konné parce ki mo sourir pas kit moi zamé.»

Cet artiste à la plume inspirée au chant profond, n?aime pas ressasser. Il préfère contempler l?avenir. Son souhait : offrir la chance à des artistes locaux de voir leurs rêves de poser leurs voix sur un disque se réaliser. Son disque, quant à lui, est un périple tranquille qui nous plonge résolument au coeur de la musique mauricienne, une musique riche, parfois triste, souvent rythmée, mais toujours d?ambiance.

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