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Une insatiable soif de savoir
Bien qu’elle ait appris la nouvelle depuis la fin de novembre, Noëlle Gourrège, qui a la blondeur et le teint d’une Nordique, n’arrive toujours pas à croire qu’elle se soit classée première des 600 étudiants français et étrangers inscrits au cours sanctionné par un mastère en Administration des entreprises. C’est la première fois que ce cours à distance, d’une durée de deux ans, était dirigé à Maurice. Le Centre d’études supérieures de la Chambre de commerce et d’industrie s’en est chargé. «C’est extraordinaire», répète Noëlle Gourrège avec l’air de quelqu’un qui doit se pincer pour y croire vraiment.
Les résultats de sa première année d’études laissaient pourtant entrevoir une telle possibilité puisqu’elle avait obtenu la meilleure note. Mais c’était si dur de mener de front une carrière, une vie de famille et des études pour lesquelles elle ne se sentait pas assurée. D’ailleurs, confie-t-elle, quand l’université de Poitiers l’a appelée pour l’informer de ses résultats de fin d’études, sa première réaction a été de répliquer qu’il devait y avoir erreur sur la personne!
Maintenant que son mastère est acquis, Noëlle Gourrège qui a toujours besoin de stimuli intellectuels, lorgne une autre formation. Cette curiosité insatiable lui vient de son père, Jacques Viers, un des ingénieurs français du Centre national d’études spatiales qui a développé les premiers lanceurs spatiaux, dont la fusée Ariane. «C’est lui qui m’a transmis la curiosité. Depuis, elle ne m’a plus quittée. J’ai toujours besoin d’apprendre quelque chose. Quand je pense que je n’ai pas les moyens d’acheter tous les livres qui m’intéressent, ni ne dispose du temps nécessaire pour les lire tous, cela me frustre», avoue-t-elle.
C’est cette même curiosité qui, à l’adolescence, l’oriente vers la biochimie qu’elle étudie à l’université de Paris VI – Jussieu. A l’issue de sa maîtrise, elle enchaîne avec un diplôme d’études approfondies en génétique dans le but de faire de la recherche appliquée. Et, en parallèle à ces études, elle fait de la recherche sur l’élevage porcin pour le compte de l’Institut national de recherches agronomiques. Avec tout le sérieux du monde, Noëlle Gourrège fait ressortir que le patrimoine génétique porcin est similaire à celui de l’humain, en particulier au niveau des enzymes et des molécules.
Presque toujours enfermée dans l’espace clos d’un laboratoire, elle se rend compte que le travail de recherches ne convient pas à sa nature somme toute plus extravertie. Voulant d’une ouverture sur l’industrie, Noëlle Gourrège embraye alors avec un diplôme d’études supérieures spécialisées à l’Enseignement supérieur industriel qui est une branche de Jussieu, l’équivalent, précise-t-elle, «d’une école de commerce pour les scientifiques».
Compter avec le destin
Elle réussit cette étape avec brio et, avant de s’enraciner dans le milieu professionnel parisien, elle décide de prendre un mois de vacances à la Réunion. Le destin modifie ses projets puisqu’il la fait croiser la route de Guillaume Gourrège, cadre administratif de la sucrerie de Médine, dont elle s’éprend rapidement. Le sentiment est d’ailleurs réciproque.
Les tracasseries d’immigration précipitent les choses et neuf mois plus tard, ils sont mariés et installés à Maurice. Envolés ses rêves de faire une brillante carrière au sein d’une grosse structure française! On est alors en 1991. Elle est surprise par l’accueil qui lui est réservé dans son pays d’adoption. Si elle ne trouve rien du côté de la recherche scientifique, on lui propose en revanche un emploi dans le département informatique chez Harel Mallac qui met alors en place un réseau de revendeurs pour Microsoft. Si dans un premier temps l’emploi lui convient, elle finit par se lasser de sa routine.
Elle est approchée par Rogers pour gérer son centre de formation informatique. Noëlle Gourrège relève le défi pendant quatre ans, jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle s’est éloignée de ses qualifications initiales. Rogers lui propose alors de gérer AEL Médical, sa filiale commercialisant des équipements et du matériel médical. Ce qu’elle fait pendant plusieurs années. Entre-temps, elle donne deux enfants à son mari, Romain, aujourd’hui âgé de 10 ans et Alizée, sept ans.
Ses responsabilités professionnelles et familiales ne suffisent toutefois pas à désaltérer sa soif de savoir. «Je faisais de la gestion et j’avais acquis une bonne expérience comme cadre supérieur d’entreprise. Mais je voulais officialiser tout cela et posséder les outils sur lesquels je pouvais m’appuyer pour mon travail. En tant que gestionnaire, je voulais avoir la même rigueur que celle acquise lors de ma formation scientifique et faire mieux ce que je faisais, et de façon plus efficace», dit-elle pour expliquer ses motivations. D’où sa décision de faire un mastère en Administration des entreprises.
Cette formation, qui lui a valu les honneurs, lui a permis d’avoir une autre approche des choses. «Avant, j’avais conscience de ce qu’il fallait faire mais pas de façon approfondie. Aujourd’hui, ma démarche cadre davantage avec les droits et les règlements du travail.»
Elle considère que cette formation devrait être un must pour tous les gestionnaires d’entreprises. «Bien souvent, les gestionnaires ont tendance à confondre l’entreprise et leurs biens personnels. Et après, ils parleront des meilleures pratiques. Si je reconnais qu’il faut de la place pour l’autonomie, certaines choses doivent être faites correctement et proprement. Ce qui n’est pas toujours le cas dans les entreprises à Maurice, et c’est très démotivant pour les employés.»
Un administrateur des entreprises, dit-elle, est un généraliste comprenant le langage de tous les maillons de l’entreprise et qui doit orchestrer la totalité des prestations à l’aide d’une communication efficace.
Depuis juillet dernier, Noëlle Gourrège n’est plus avec Rogers. Elle fait actuellement de la consultation pour AEL Médical, entreprise rachetée il y a tout juste un an par des Français, ainsi que pour d’autres sociétés. Consciente de l’importance d’être polyvalente dans un monde où les frontières sont désormais évanescentes, sa dernière tentation est un mastère en Commerce international, toujours par cours à distance à l’université de Poitiers. Mais elle préfère mettre cette envie en sourdine pour l’instant. «Mes enfants ont maudit le cours en Administration des entreprises qui réclamait au moins 20 heures de travail personnel par semaine. Mais l’idée d’une nouvelle formation ne me quitte pas», raconte-t-elle. On sait désormais que quand elle a quelque chose en tête, elle ira au bout de ses pensées…
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