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Le dépôt

12 décembre 2004, 00:00

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Je dois rendre le dépôt qui m?a été confié. Tout devoir est une dette ; la promesse, le devoir de faire des promesses véraces, de tenir parole, est le devoir du devoir. L?impératif a structure de promesse et d?engagement. Il m?engage à devoir, à reconnaître ma dette, à en garder la mémoire. L?argent n?est que l?équivalent général, le signe arbitraire de ce qui s?échange et se doit. L?argent, c?est le dû, substitut généralisé et signe du signe. Rendre ce qui est dû, réinstituer l?équivalence serait le devoir du devoir, antérieur à tout droit.

Le devoir de rendre apparaît avant tout commerce, avec les devoirs envers soi-même. Seul un être fini en condition de recevoir est en condition de devoir rendre un dépôt. Je me suis fait une maxime d?augmenter ma richesse. J?ai entre les mains un dépôt dont le propriétaire est mort et personne ne sait que j?ai cet argent. Cette maxime peut-elle être une loi ? Peut-elle prendre la forme d?une loi ? Chacun est-il autorisé à nier un dépôt lorsque personne ne sait qu?il a été confié. Forant mon acte, est-ce que je peux en faire une loi ?. Le problème est que cela ne peut être généralisé. Si j?en fais une fin, tout le monde fera comme moi : or, la conséquence est que cela empêchera de faire un dépôt. Kant ne veut pas retomber dans l?idéal du bonheur antique : il faut que la raison se fonde. « Il ne faut pas qu?il y ait de détermination matérielle de la volonté (le plaisir?) seulement formelle de la volonté ». Nous sommes ainsi en présence d?une double faculté de désirer : l?une inférieure (Epicure), l?autre supérieure ; la raison doit être pratique pour elle-même, elle ne doit supposer aucun sentiment, ni une représentation de l?agréable. Elle doit déterminer la volonté comme simple forme de la raison pratique tant qu?elle n?est pas soumise au service des penchants, ni plaisir, ni déplaisir.

La moralité n?a d?autre fin qu?elle-même, elle est autonome, elle n?est pas hétéronome. La maxime n?induit pas la loi morale. En conséquence, la vertu ne rend digne de bonheur, elle ne me rend pas heureux. Le nouveau bien rétablit l?équilibre entre devoirs et droit, rien ne se perd. Si je dois, je peux ; je peux vouloir quand la maxime (principe subjectif) de mon action est universelle, quand elle peut être érigée en loi (principe objectif). C?est pourquoi l?homme reçoit la loi sous la forme d?un impératif qui consiste à dire « obéis ». Le rapport de la volonté à la loi est la dépendance qui sous le nom d?obligation désigne une contrainte imposée à la simple raison. Les maximes sont alors des principes non des impératifs. Si la moralité de l?acte, c?est sa légalité, il faut transformer la maxime en loi, passer de l?hypothétique au catégorique. L?obligation veut dire qu?on se situe du côté de la contrainte. La loi n?a rien à faire avec un impératif hypothétique ou technique : pour être pratique, elle doit être indépendante de tout intérêt pathologique. La loi m?oblige car elle ne détermine pas matériellement la volonté, seulement formellement. La loi est onéreuse au sens du fardeau : elle se paye.

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