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Les fruits de la diversification
A Balaclava, les bananiers s?alignent, les régimes surgissent. De minces tuyaux d?irrigation serpentent sur un arpent où diversification et techniques modernes d?agriculture rapportent leurs fruits. Maître des lieux, Mahen Jhurry arbore le sourire. Il est en train de gagner son pari, au départ risqué.
En 2003, la famille Jhurry décide de consacrer cinq arpents de leurs terres, alors sous culture de la canne, à la diversification.La banane ? très appréciée des consommateurs - est plantée sur un arpent, dans une zone sèche, inhabituelle pour la culture de ce fruit. Mais grâce au goutte-à-goutte, les bananiers plient sous le poids des régimes. Quelques enjambées plus loin, sous des serres de fortune, des roses éclosent. Et, à deux pas, des plants de manguier scintillent sous le soleil de l?après-midi.
L?Union européenne (UE) affiche aussi la satisfaction. Bailleur de fonds pour le le Northern Plains irrigation Project II, l?UE a apporté son aide aux projets-pilote, afin que la diversification augmente les revenus des petits planteurs. Ce programme de Rs 8 millions, destiné à une quarantaine de planteurs, arrive à terme ce 31 décembre.
Outre les plantations de Mahen Jhurry, l?UE et le ministère de l?Agriculture ont apprécié de visu le travail effectué dans le Nord, où des planteurs, s?étant associés au programme, découvrent l?agriculture moderne.
«On a démontré que les Plaines du Nord ont un bon potentiel si les techniques modernes sont appliquées», s?est réjoui le chef de la délégation de l?Union européenne à Maurice, Juan Carlos Rey. Il s?exprimait à Mapou, au centre dédié de l?Agricultural Research & Extension Unit, lors de la cérémonie de remise d?équipements qui clôturait la tournée.
Le village de l?Espérance-Trébuchet présente deux exemples concrets. D?abord, la culture de «arouille violette», qui demande un sol humide. L?irrigation goutte-à-goutte est entrée en jeu, et S. Poonyths, avec le soutien de l?UE et d?instances du ministère, présente fièrement un beau tubercule, ferme au toucher.
Quelques pâtés de maisons plus loin, G. Jeetun, jeune planteur, détient le record du rendement d?oignons par hectare: 80 tonnes. Habituellement, ce condiment n?est cultivé que sur les Plaines-Wilhems, région humide. Le secret de sa récolte: l?épierrage fin (fine derocking) couplé à l?irrigation dosée.
Le pays importe 8 000 tonnes d?oignons annuellement. Un des objectifs de ce programme d?aide est de réduire la dépendance sur les importations, en augmentant la production locale.
Force est de constater, cependant, que ces techniques modernes s?adressent à la génération future d?agriculteurs à plein temps. Un constat qu?effectue Philippe Bécu, coordonnateur du programme. Le planteur moderne se doit de connaître les techniques.
Juan Carlos Rey a souligné que l?innovation est de mise dans ce secteur où la tendance est de ne pas changer. Les exemples concrets sont là. Mais il est impératif de poursuivre les efforts. Un planteur ne peut rester isolé, il faut se regrouper, par exemple en sociétés coopératives. Il a annoncé que l?Union européenne élabore un nouveau programme d?aide, dans lequel le bénéficiaire «deviendra l?acteur de son propre développement.»
Nando Bodha, ministre de l?Agriculture, a réitéré son souhait que les planteurs s?investissent davantage dans la vente de leurs fruits et légumes. Le planteur doit certes être au c?ur de sa production, mais doit s?assurer aussi du marketing.
Il existe diverses raisons pour justifier cela. Si se charge de nettoyer ses produits, de les emballer et de les écouler lui-même, il évite de transiter par la vente à l?encan. Puis, l?approvisionnement des hôtels, en nombre croissant peut représenter un marché non-négigeable.
On peut y parvenir, il suffit d?y mettre de son temps et de son vouloir.
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