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Le portable de Gérald sonnera-t-il deux fois ?
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Le portable de Gérald sonnera-t-il deux fois ?
On ne pourra plus accuser la police d?avoir recours à des méthodes désuètes pour élucider un crime.
L?arrestation de deux suspects trente-sept jours après le meurtre de Gérald Auguste, 33 ans, chez lui avenue Gladstone à Quatre-Bornes, est la preuve que les limiers de la criminelle disposent de techniques de pointe pour parvenir à leurs fins.
Le numéro de série du téléphone portable de la victime ? l?IMEI (International station Mobile Equipment Identity Code) ? a permis à la police criminelle de Quatre-Bornes et à la Major Crime Investigation Team (MCIT) de savoir qui utilisait l?appareil.
Identifiée grâce au numéro de sa carte SIM, une jeune employée de magasin qui habite près de l?avenue Ollier et de l?avenue Boundary, pas loin du lieu du crime, est arrêtée mercredi.
La pauvre pensera maintenant à deux fois avant d?accepter un cadeau. Elle déclare aux enquêteurs que le portable lui a été offert par son amoureux, Kumar Aukale, qui habite également la région.
Appréhendé à son tour, le maçon de 26 ans, répondant sous le sobriquet de Khoonye, explique avoir acheté le portable, Rs 500, il y a un mois environ, soit quelques jours après le meurtre de Gérald Auguste. Le vendeur est un certain Manoj Boodhoo, avec qui il a travaillé dans le passé sur un chantier à Beaux-Songes.
Arrêté à son tour, Manoj Boodhoo, 29 ans, qui habite près de la victime, nie avoir vendu ce portable à Kumar Aukale. Pour lui, c?est un tissu de mensonges. Mais il a le profil du suspect idéal dans cette affaire qui a des allures de crime homophobe. Il a déjà eu maille à partir avec la police pour des attouchements sexuels allégués sur deux garçonnets de 5 et de 9 ans, à Albion, il n?y a pas longtemps.
Selon un enquêteur, des témoins affirment également l?avoir souvent vu en compagnie de la victime. Et il a déjà été arrêté pour des histoires de recel.
Le présumé vendeur et l?acheteur du portable ont donc été provisoirement accusés de meurtre à cause des contradictions dans lesquelles ils s?enferrent.
La fiancée de Kumar Aukale, elle, sera libérée sous une accusation provisoire de recel, c?est-à-dire pour possession d?objet volé.
L?interpellation des deux suspects pourra sans doute aider la police à y voir plus clair dans ce crime sadique.
La victime avait été découverte dans sa salle de bains le 18 octobre par ses proches et des policiers qui s?inquiétaient de son absence, la veille.
Gérald Auguste, qui vivait seul, a été torturé, battu et assassiné. Sans doute dans le but de lui faire avouer le code de sa carte bancaire.
Ligoté de façon à le faire souffrir
Le malheureux a vécu un martyre avant de mourir. Il a été frappé à la tête et on lui a fourré une serviette dans la bouche, retenue fermement par une bande adhésive à usage médical pour l?empêcher de crier.
Pour couvrir leur sale besogne, ses agresseurs ont monté le volume de la radio. Ils l?ont ligoté de façon à le faire souffrir. Ils lui ont plié une jambe qu?ils ont ensuite garrottée afin que la douleur soit intenable.
L?antenne était pliée sur Gérald lorsque la police et ses proches ont découvert son cadavre lundi matin. Il gisait sous une pile de vêtements qui allaient sans doute être incendiés.
Ses agresseurs ont trop forcé sur les cordes qui le liaient et ont placé une barre en bois ou en fer pour lui couper la respiration lorsqu?ils le torturaient.
Il est mort entre 19 et 20 heures ce dimanche-là selon le médecin légiste Satish Boolell.
À partir de là, tout a été mis en ?uvre pour retrouver les auteurs de ce crime sordide. Les personnes dans le milieu homosexuel, la victime étant gay, sont questionnées.
Un homme marié, qui a eu une liaison avec la victime, est également interrogé. Les employés des stations-service ne sont pas oubliés. La police les interroge sur des clients ayant acheté de l?essence, du mazout et du kérosène le soir du drame.
La police parvient à localiser l?appareil
Rien n?y fait. La police réclame un ordre de la Cour suprême pour retracer le portable de Gérald Auguste. Avec l?aide de Mauritius Telecom, elle parvient finalement à localiser l?appareil et à mettre la main sur la nouvelle propriétaire.
Mais la carte SIM de Gérald Auguste n?a pas été retrouvée. Et où sont passés les Rs 18 000 qui ont été retirées du compte de Gérald Auguste de la succursale de la MCB de Stanley le soir du crime ?
La police estime que les meurtriers auraient pu faire des retraits supérieurs s?ils en avaient eu l?occasion. Mais comme la carte a été bloquée après le premier retrait, ils n?ont pas pu se servir dans les Rs 85 000 qui se trouvaient sur le compte.
Une perquisition chez Kumar Aukale et Manoj Boodhoo n?a rien donné. En attendant leur interrogatoire formel prévu cette semaine, la police les a soumis à un examen médical.
Des prélèvements ont été effectués pour des tests ADN qui seront effectués localement par le Forensic Science Laboratory.
Le suspect Kumar Aukale a retenu les services de Me Rama Valayden et clame son innocence. Tout n?est qu?une question de jours pour savoir qui est impliqué dans cette sombre affaire.
Un numéro de série qui vous suit à la trace
Dans un épisode de la série 24 Heures Chrono sur Canal Plus, un terroriste est traqué à partir des signaux émis par son cellulaire.
Conscient qu?on le file, il détruit l?appareil pour couper l?herbe sous le pied de ses poursuivants. Personne n?a très bien compris pourquoi il n?a pas jeté seulement sa carte SIM au lieu de tout balancer par la fenêtre?
Mais voilà : chaque cellulaire possède un numéro de série à quinze chiffres qui permet de l?identifier n?importe où. Comme dans le cas de Gérald Auguste, la police a pu mettre la main sur le code IMEI de son téléphone portable. À partir de là, tout n?a été qu?un jeu d?enfant. Le système informatif de l?opérateur n?a eu qu?à identifier le numéro de la carte SIM utilisant ce portable précis et la police a eu ses suspects.
Le code IMEI est une sorte de carte d?identité d?un portable. Le numéro est unique et ne peut pas se retrouver sur un deuxième appareil. Il est bien lisible sous la batterie de votre téléphone.
Si vous ne voulez pas enlever la batterie, il vous suffit de taper * # 06 # pour vérifier le numéro de série de votre portable.
C?est d?ailleurs grâce à ce code, qu?en France, par exemple, l?opérateur fournit à l?abonné un mobile « SIMlocké » qui ne peut fonctionner qu?avec une carte SIM de son réseau.
Et c?est à partir de ce même code que des petits malins peuvent, contre finance, débloquer un téléphone importé de France ou d?Angleterre?
Ces autres affaires de portables?
Si la méthode a été la bonne dans le cas du crime de Gérald Auguste, pourquoi ne l?a-t-elle été dans l?affaire Nadine Dantier et du double drame de Bassin-Blanc ?
Nadine Dantier, 20 ans, a été tuée dans l?après-midi du 25 juin 2003 dans un terrain vague à environ 400 mètres de son domicile à Albion. Son cadavre a été retrouvé le lendemain matin mais on n?a jamais su où était son portable.
Le 11 novembre 2002, Anshi Ittoo, 17 ans, et Ramesh Sandooram, 28 ans, sont portés disparus dans la région de Bassin-Blanc. Le lendemain matin, on découvre leurs cadavres, flottants dans le cratère éteint. La police a passé au peigne fin le terrain boisé bordant le lac pour tenter de retrouver leur cellulaire. Seul, celui d?Anshi a été retrouvé.
Un proche a composé son numéro et le portable s?est mis à sonner dans la poche d?un agent de la SSU qui faisait partie de l?équipe. Il a déclaré qu?il venait de le ramasser?
Le portable de Ramesh, lui, n?a jamais été retrouvé. C?était un appareil dernier cri, capable de prendre des photos.
Les enquêteurs ont tenté de le retracer ainsi que celui de Nadine Dantier mais cela n?a rien donné jusqu?ici. « Peut-être qu?on n?a pas assez cherché. Peut-être faudra-t-il réessayer, qui sait ? Un crime ne reste jamais impuni et un portable laisse toujours des traces », explique un officier qui a enquêté travaillé sur ces deux affaires.
Deux crimes ont d?ailleurs été résolus grâce aux portables. En tuant Radha Gungoosing le 23 août 2002, Maheshwar Gopaulsing a laissé tomber son portable dans un champ de canne près du lieu du crime, en prenant la fuite.
Les deux premiers violeurs de Sandra O?Reilly, Nicolas Potage et Louis France Joson, ont utilisé leurs portables le soir fatidique, le 16 juillet 2002, pour communiquer entre eux. Après avoir estimé à quatre le nombre de téléphones utilisés dans la région de Blue-Bay le soir du viol, la police a pu les arrêter quatre mois plus tard.
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