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L?Ukraine en jeu

28 novembre 2004, 00:00

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Le soviétisme n?en finit pas de faire planer son ombre sur l?Europe orientale. Plus de dix ans après la dissolution de l?URSS et l?effondrement du communisme, ses métastases empoisonnent toujours la vie de peuples qui croyaient s?être libérés d?un système totalitaire mais doivent encore lutter pour échapper à l?autoritarisme et à la corruption de ses successeurs.

C?est, après les Géorgiens en 2003, la leçon que donnent aujourd?hui les Ukrainiens. Les centaines de milliers de manifestants réunis à Kiev et dans les grandes villes du pays ne veulent pas se laisser voler leur victoire par des apparatchiks qui organisent des élections pour sacrifier à la mode mais qui veulent, par atavisme, en maîtriser le résultat.

Car une chose est sûre, selon tous les observateurs internationaux : des fraudes massives ont entaché le premier et le deuxième tour de l?élection présidentielle, afin d?empêcher l?accession au pouvoir de Viktor Iouchtchenko, candidat de l?opposition démocratique et libérale, partisan d?un développement des relations avec l?Union européenne.

Une nouvelle pomme de discorde avec la Russie

Pauvres Européens, qui ont bien du mal à cacher leur embarras ! Ils se seraient volontiers passés de cette nouvelle pomme de discorde avec la Russie, qui, elle, n?a eu aucun scrupule à intervenir dans les affaires intérieures d?un Etat indépendant. Le président Poutine a pris fait et cause pour le candidat du pouvoir à Kiev, le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch, parce qu?il lui paraissait la meilleure garantie du retour ? ou du maintien ? de l?Ukraine dans le giron russe.

La révolution, jusqu?à maintenant pacifique, en cours en Ukraine change les données du problème. L?Union européenne risque de se trouver placée devant un choix qu?elle aurait aimé éviter : ménager ses relations avec Moscou ou soutenir la démocratie à Kiev. La situation des Vingt-Cinq est d?autant plus délicate que les nouveaux États membres apportent une expérience des rapports avec la Russie qui contredit l?angélisme de certains dirigeants de la « vieille Europe ». Le quotidien de Varsovie, Gazeta Wyborcza, appelle justement l?Occident à se réveiller, à venir à la rescousse des Ukrainiens pour les aider à sauver une démocratie naissante. Y compris contre les ingérences russes qui rappellent les fâcheuses pratiques de l?URSS dans son glacis.

Au-delà du sort des Ukrainiens, il y va de l?organisation de tout le continent européen. L?attitude des Européens envers l?Ukraine, la Moldavie ou les pays du Caucase doit-elle être subordonnée à ses relations avec la Russie ? Ou ses relations avec la Russie doivent-elles dépendre de l?attitude de Moscou envers ces pays qui lui furent naguère soumis ?

En d?autres termes, veut-on une Europe partagée en sphères d?influence, comme pendant la guerre froide, ou les Russes ont-ils enfin compris que le temps de la subordination est passé et que la coopération paneuropéenne suppose l?indépendance et l?égalité ? La réponse à ces questions se joue en ce moment à Kiev.

2 004 Le Monde ? Distribué par The New York Times Syndicate

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