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Mada fait son showroom au « Maritim »

28 novembre 2004, 00:00

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L?artisanat malgache est en mission. Derrière la légendaire gentillesse de nos voisins, c?est l?artillerie qu?on déplace pour prendre en marche un certain train de développement. Certes, une dizaine de stands seulement regardent le visiteur dans les salons du Maritim Hotel, à Balaclava. Rotin, ammonites, soies et coton brodé sont joliment présentés, mais sans chichi. Le but avoué du salon SEHO 2004 s?inscrit dans une stratégie économique importante pour les Malgaches : nous avons l?hôtellerie de luxe ; ils ont les matières premières, la main-d??uvre et? des doigts de fée.

Nous avons évoqué récemment dans expresso l?explosion de l?architecture d?intérieur et de la décoration à Maurice. C?est un fait, le marché est paré au décollage vertical : hôtels, boutiques de luxe, magasins d?arts de la table, restaurants, clubs de bien-être? Ils se multiplient en mettant en avant le design, les matières nobles et la finition. Or, le point commun entre tous ces commerces, c?est qu?ils importent le plus souvent leurs produits et matériaux. Toiles et tapis viennent d?Inde, du Pakistan, du Cachemire. Les bois et les cotons arrivent d?Asie, d?Afrique ou même des Amériques et de Madagascar?

Pas « mari » pour un sou

Bien que Maurice se targue de développer son artisanat, force est de constater que nous ne faisons pas le poids dans ce domaine. Notre main-d??uvre est devenue chère ; les bois et essences sont dans un autre monde et l?air du temps joue plutôt la sonate de l?offshore et de la cyber-comédie musicale. Le timing est donc parfait.

Herintsalama A. Rajaonarivelo, le président du patronat malgache ne s?en cache pas. La carte à jouer est celle de la complémentarité régionale indocéanienne. « L?Afrique du Sud est très forte dans le tourisme et un certain type d?artisanat. Maurice a un savoir-faire impressionnant en hôtellerie de luxe. En toute humilité, nous pouvons apporter la malagasy touch. »

Le président du FIVMPAMA, groupement des opérateurs économiques malgaches, n?est pas venu seul. Il est accompagné du MMF (Madagascar Magic Fingers), une association professionnelle d?entreprises productrices et exportatrices d?artisanat de haute qualité et de la Meva, qui ?uvre pour la promotion internationale de Madagascar sur le thème « Un regard différent ». Madame le Premier ministre, Yvette Sylla, aussi est du voyage. Elle vient appuyer cette démarche commerciale et diplomatique et présente sa Grande île ainsi que la « tradition séculaire d?échanges entre Maurice et Madagascar ».

Le représentant du patronat n?est donc pas venu faire que dans la dentelle, ni simplement tisser des liens. Même si pour l?instant c?est le marché européen qui représente le gros du volume des exportations de produits artisanaux, Maurice est devenue au fil du temps une vitrine incontournable. Touristes fortunés et clients huppés ne manquent pas de remarquer le savoir-faire malgache. En fin de compte, les entrepreneurs de la Grande île veulent tenir chez nous leur showroom et pour cela, la signature d?un protocole d?accord entre les Chambres de commerce respectives est la bienvenue.

En ce qui concerne les artisans, le salon est un peu timide, pas « mari » pour un sou. L?atelier Ré-Elle est tenu par Natacha Rê. Cette chef d?entreprise spécialisée dans la soie tient à rappeler qu?elle représente les Femmes entrepreneurs de Madagascar (Fem), une association dont elle est vice-présidente. Ses produits sont faits en soie naturelle ou sauvage. Elle mélange aussi les deux matières dans des étoles et écharpes avec des coloris chatoyants et des couleurs de terre et de bois.

Et pour mieux mettre ses produits en valeur, la jeune patronne s?habille de soie de la tête aux pieds, souliers inclus. Cela donne un ensemble couleur de corde très naturel, qu?on devine fabuleusement confortable. Les prix de ses étoles varient entre Rs 1 000 et Rs 2000. Ce n?est pas si cher payé lorsqu?on sait que cela représente quatre jours de travail pour le tisseur, et beaucoup plus pour le ver à soie?

Des fossils pour Rs 300

Plus loin, de mignonnes petites brassières en coton brodé donnent envie de faire des bébés. Une chemise de garçonnet avec deux zèbres dans le dos est très tendance. C?est important, car il faut reconnaître que le public ressent une certaine lassitude devant les nappes brodées, pourtant magnifiques, qu?on a l?habitude de voir au bazar de Port-Louis.

Chapeaux, sacs et paniers restent les grands classiques et best-sellers. On trouve cependant chez Cent pour Cent quelques sets de table originaux à base de vannerie et de roseaux. Le directeur, Didier Fontaine, exporte sur la Belgique, la Hollande, l?Allemagne et la France et vend pas moins de 100 000 paniers par an. Cela représente un total de 7 000 conteneurs.

Le stand le plus insolite est celui de la SEAM, qui exporte des ammonites. Ces fossiles, qui datent pour certains de cinq cents millions d?années, sont, paraît-il, en grande quantité à Madagascar. Présentés entiers ou coupés dans l?épaisseur, ils offrent au regard des couleurs naturelles merveilleuses. Vendus au kilo et en dollars américains, on en trouve de très jolis de petite taille à partir de Rs 300.

La Grande île renferme de nombreux trésors, même s?il faut creuser de plus en plus profond et marcher des semaines entières dans la forêt pour les atteindre. Après des années de « dirigisme étatique » ? un terme employé par le président du FIVMPAMA ? les entrepreneurs malgaches sont à l?orée d?un libéralisme qui veut s?appuyer sur les valeurs communes de l?océan Indien.

À commencer par celles de la famille.

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