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« Endetté mais content d?avoir réussi le show »

27 novembre 2004, 20:00

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Quel est le bilan de ce concert de trois jours organisé un peu en catastrophe ?

Au niveau artistique et musical, je suis comblé. Nous avons eu un spectacle de haut niveau avec de nombreux moments magiques, comme samedi avec le duo Rajery et sa valiha (harpe malgache) et Rajesh à la veena (cithare tamoule). Au niveau de la technique, je suis assez satisfait. Je n?avais jamais travaillé avec de tels moyens en 18 ans de concerts. Interrogez les artistes. La plupart n?ont jamais joué sur une telle scène. Même Menwar n?a pas évolué dans de telles conditions aux festivals d?Angoulême et de Mayotte. Au festival Sakifo de la Réunion, ni lui, ni Corneille, Johnny Clegg ou Keziah Jones n?ont eu, comme pour Samemsa, quatre caméras et une grue pour filmer le concert. Par contre, j?essuie la plus grosse perte financière de ma carrière? Nous avions obtenu la promesse qu?un service de transport public serait assuré à la sortie des concerts, mais tel n?a pas été le cas. Cela était primordial pour remplir le stade. Sincèrement, je pensais pouvoir faire 10 000 entrées payantes sur les trois jours, juste pour rentrer dans les frais. Avec un peu plus de temps et une meilleure conjoncture économique, nous aurions pu équilibrer. Je suis épuisé mais vraiment heureux d?avoir réussi le pari de monter un festival d?un tel niveau. Par contre, je trouve triste que les Mauriciens ne se soient pas déplacés samedi pour Rajery, Danyel Waro et Menwar. Avec Masala Quintet, cela fait quatre artistes de haute facture pour seulement Rs 100, moins cher qu?une place de cinéma?

Depuis quand faut-il un permis de travail pour les artistes étrangers ?

C?est la loi. Ils doivent demander un permis au ministère de l?Emploi qui contacte, pour approbation, celui de la Culture. Ensuite, chaque groupe doit payer Rs 15 500. Nous remercions le Centre Charles Baudelaire qui nous a permis d?en être dispensé pour les artistes de la Réunion et de Mayotte, qui sont français. Par contre, Lucky Dube n?y a pas coupé, malgré le fait qu?il est Sud-Africain et que Maurice préside la SADC. Pourtant nous avions déjà payé le permis. En fait, les lenteurs administratives nous ont fait perdre une semaine sur notre planning.

N?avez-vous pas vu un peu grand ?

J?ai eu au départ la chance de pouvoir faire venir Lucky Dube, star internationale du reggae. Cela nécessitait des conditions techniques son et lumiè-re top niveau. Voulant en faire profiter aux artistes de la région, j?ai fait un deal avec Impact Production pour garder la scène pendant trois jours et transformer l?événement en festival. Je ne regrette pas ce choix. Lucky Dube était en tournée dans la région. C?était l?occasion. D?autant plus que par amitié, tous les autres artistes étrangers sont venus jouer sans cachet. C?est rare dans ce métier. Nous aurions vu trop grand si le Samemsa Muzik Festival avait été raté. Au contraire, tous les artistes et spectateurs présents étaient impressionnés par l?organisation, le niveau technique et la qualité de la programmation. Je remercie au passage le public et les résidents du quartier, ainsi que la clinique avoisinante, qui se sont montrés très coopératifs.

Les concerts privés sont-ils voués à l?échec financier à Maurice ?

Non. Le succès de l?Omaz à Kaya organisé par les Street Brothers le confirme. Cyper Produktion a prouvé à maintes reprises sa capacité d?organiser des concerts au plus haut niveau. Mais pour un festival, la participation de l?État est essentielle, comme c?est le cas à Madagascar, la Réunion, Mayotte, les Seychelles et même Rodrigues qui ont tous leur festival annuel.

Ne faut-il pas assumer seul de telles initiatives ?

Une programmation internationale est dure à financer tout seul. Ce qui nous a aussi coûté cher, outre l?hébergement et les billets d?avions, ce sont les moyens techniques utilisés : son et lumières, grue pour caméras, podium et écrans-vidéo géants? Mais le fait que le festival n?ait pas reçu une roupie de l?État, ni du privé avait quand même un avantage. Pour la première fois de ma vie, j?ai enfin pu faire librement le concert que je voulais, sans consigne extérieure ou ingérence politique. Ce n?a pas été le cas, par exemple, pour la clôture des Jeux des îles. Malgré une grande prise de risque, le marché existe. N?oubliez pas que le concert de Kaya que j?avais organisé pour la municipa-lité de BB-RH a fait 42 000 entrées payantes au stade de Rose-Hill en 1990.

Vous tendez malgré tout une perche au gouvernement?

Bien sûr. Il n?est pas normal que Cyper Produktion organise et finance seul un tel événement regroupant toutes les îles de la région et l?Afrique du Sud. Tous les festivals à travers le monde sont subventionnés totalement ou en partie par des fonds publics. J?ai prouvé qu?avec beaucoup de passion et d?énergie, on peut monter un événement de grand calibre rapidement. J?aimerais pouvoir offrir cette expertise au gouvernement et développer la culture musicale locale et de l?océan Indien. Le business passe après. Permettez-moi de revenir sur le gaspillage des fonds européens et l?échec du Festival culturel tournant de la Commission de l?océan Indien qui a eu lieu à Maurice l?année dernière. Avec un budget dix fois moins important, j?ai pu monter seul ce festival. Les politiques prônent la méritocratie. Comment se fait-il alors que les autorités ont préféré confier ce projet pilote, d?abord à une journaliste vivant en France, puis à des gens non actifs dans la culture à Maurice ? En outre, un festival annuel peut avoir des retombées touristiques et économiques intéressantes comme l?ont prouvé les Francofolies, Montreux ou le Sunsplash de Jamaïque. Saviez-vous que la chaîne américaine CNN a filmé le concert dimanche dernier et que Radio France Internationale voulait aussi couvrir l?événement ?

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