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« Les jeux ne sont pas faits»

28 novembre 2004, 00:00

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<B>Comment interpréter le fort taux de personnes ne se prononçant pas ? </B>

Il faut relativiser. Le taux de réponse est de plus de 95 % sur les questions où les gens se sentent à l'aise (leaders politiques, bilan gouvernemental, évolution de la situation?). Mais quand on leur demande de prendre parti, certains sont mis en difficulté parce qu'ils n'ont pas encore examiné la situation sous l'angle électoral. Ce n?est pas surprenant : de plus en plus de gens prennent leur temps pour construire leur opinion.

Il faut faire la distinction entre le refus de répondre et l'indécision. La non-réponse ne signifie pas l'absence d'information. L'indécision est au contraire une vraie information. De nombreuses personnes ont du mal à faire un choix ; elles ne sont pas "boostées" par l'évènement. En même temps, c'est un appel plus ou moins explicite aux actes, un appel à l'information sur les idées, les programmes? Ce sondage, en somme, avertit que les jeux ne sont pas faits, et révèle un vrai gisement de voix.

<B>Ce taux d?indécis peut remettre en question l?avantage du gouvernement? </B>

Les indécis - 20% - représentent à eux seuls le moyen de renverser le rapport de force. Si personne n'arrive à les mobiliser, ils ne l?affecteront pas, s'excluant du débat ou se répartissant plus ou moins au prorata. Mais s'ils sont séduits par un bloc, ou fédérés par un mouvement de protestation, ils peuvent participer à un retournement de tendance.

Si on considère les personnes qui ont refusé de s'exprimer, certaines l'ont fait sur le principe et n'ont peut-être pas d'opinion tranchée, mais elles peuvent avoir un avis caché. Un cas extrême peut être examiné : celui où le refus serait le fait de personnes ayant toutes les mêmes intentions. Dans ce cas, soit la réalité du moment est une répartition 69/31 en faveur du gouvernement, soit elle est de 55/45 en faveur de l'opposition.

Mais les autres indicateurs fournis par le baromètre encouragent plutôt l?hypothèse d'un rapport de force actuel basé sur une répartition 60/40 des intentions, et susceptible d'être modifié plus ou moins sensiblement avec les prises de position à venir chez les indécis.

<B>L?entreprise de séduction à venir devrait-elle faire remonter les courbes? </B>

Après une période de stabilité apparente, le score de l?alliance a baissé de manière significative alors que dans le même temps, celui de l'opposition restait relativement stable. Ce mouvement d'opinion ne profite pas de manière immédiate à l'opposition. Sa répercussion n'est pas encore déchiffrable : il convient d'attendre la prochaine vague pour voir s'il s'agit d'un incident ponctuel ou d'une baisse tendancielle qui pourrait provoquer un croisement des courbes avant le scrutin.

Concernant la possibilité de retournement de tendance, les dernières élections générales ont montré que c'était possible. Un évènement marquant peut déclencher un retournement. Dans le cas présent, il n'est pas la condition du succès. Celui-ci dépend pour le gouvernement de sa capacité à maintenir l'écart en sa faveur, et pour l'opposition de sa capacité à progresser dans l'opinion.

<B>Pour l?opinion, la population n?est pas contente du gouvernement mais n?est pas prête à faire confiance à l?opposition. Ce baromètre le dit-il aussi ? </B>

Grosso modo, oui. A quelques nuances près. La première est que la moitié de la population se dit relativement satisfaite du bilan gouvernemental, et les deux tiers de la population apprécient la prestation de Paul Bérenger comme PM. Donc, le mécontentement est loin d'être généralisé. Aujourd'hui, l'opinion semble davantage attendre de l'opposition une forme de contre-pouvoir qu'une alternative au pouvoir. C'est probablement dû au fait que de nombreuses personnes ont du mal à se projeter dans le temps.

<B>Comment réconcilier le fait que 52% sont satisfaits du gouvernement, 41 % préfèrent l?alliance MSM-MMM, mais 30% la voteraient aujourd?hui ?</B>

Il n'y a aucune incohérence entre ces chiffres. On peut admettre la performance d'un artiste sans en être un fan. L'opinion sur le bilan est un indicateur de perception dans lequel les opinions positives peuvent être aussi bien le fait d'électeurs potentiels que d'opposants.

La préférence sur une alliance pour le prochain scrutin confronte les gens à trois combinaisons possibles. Mais la question est très différente du choix envisagé dans un scrutin où le MMM, le MSM, le PTR n'apparaissent que dans une seule combinaison possible.

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