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« Les femmes ignorent leurs droits »

28 novembre 2004, 00:00

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La faute de qui selon vous ?

Inconsciemment on assimile certains stéréotypes, les hommes sont comme ça et les femmes autrement. Résultat il y a comme une légitimation de la violence. La femme se dit que la violence est de toute façon innée chez l?homme et qu?on n?y peut rien. On est convaincu que les hommes sont nés violents et qu?ils ne peuvent pas se contrôler. Quand vous parlez à ces femmes maltraitées sur le terrain, bien souvent elles justifient l?acte de leur mari. Au fond d?elles, elles ont insidieusement assimilé qu?il y a une règle pour le mari et une autre pour la femme. Par exemple, même si elles avaient les moyens physiques, elles ne battraient pas leur mari parce qu?une femme ne doit pas commettre un tel acte, mais que c?est acceptable pour un homme de battre sa femme.

Il y a donc encore toute une éducation à faire vis-à-vis de la femme ?

D?abord, je pense qu?on se concentre trop sur ce que la femme doit faire. Il faut certes s?occuper de la victime, mais c?est l?homme, l?abuseur. C?est sur lui qu?il faut braquer les projecteurs et c?est à lui qu?on doit demander d?agir. C?est lui qui devrait quitter la maison car c?est lui qui est en cause. C?est lui qui doit suivre une thérapie. Il faut que l?éducation l?oriente vers une remise en question de ses actes. Il y a d?un autre côté tout un travail à faire auprès des femmes pour qu?elles connaissent leurs droits. Elles ne doivent pas accepter pas la violence dans le silence et se croire inférieures à l?homme.

Dans le feu de l?action, quel est le recours d?une femme face à un homme qui l?agresse ?

Les scénarios ne peuvent pas être pareils pour tout le monde. Il n?y a pas de recette toute faite. La femme n?est pas un être fait de marbre. Elle a ses émotions. On ne peut pas lui dire qu?elle ne doit pas réagir face à des insultes et à des coups. On ne doit pas lui dire que c?est parce qu?elle a réagi qu?elle est tabassée. Dans un moment de violence, la femme doit crier, appeler la police, se sauver, demander de l?aide, mais elle doit agir, montrer son désaccord. Il y a malheureusement des lacunes au niveau de la loi. Les Protections Orders n?arrivent toujours qu?après coup. Personnellement, je ne crois pas dans la philosophie : subir aujourd?hui, agir demain. La police devrait avoir le pouvoir d?arrêter l?homme violent quand il est dénoncé. Au lieu de ça, on demande à la femme si elle n?a pas un endroit où aller. Si c?est un vendredi c?est encore pire, il faudra qu?elle attende un week-end.

Les hommes violents justifient toujours leurs actes. Il y en a qui disent que l?homme utilise sa main mais que la femme utilise sa langue qui est pire. Votre avis ?

C?est trop facile de justifier une violence par une autre. Je suis d?accord que la violence verbale peut être aussi puissante que la violence physique mais quand on reconnaît qu?il y a un problème dans un couple, il faut chercher des solutions. Les gens qui ont des problèmes de communication, doivent se tourner vers des conseillers. On n?utilise pas sa force physique pour régler un problème.

Pensez-vous que les campagnes de sensibilisation sur la violence à l?égard des femmes touchent les hommes violents ?

Une campagne de sensibilisation est toujours un pas en avant pour améliorer les choses. ça pousse à la réflexion. Les gens deviennent conscients que la violence est inacceptable et ne se justifie d?aucune façon. Si quelqu?un entend son voisin battre sa femme, qu?il appelle la police et qu?il conseille à la victime de porter plainte, c?est déjà quelque chose de gagner.

Ils battent leurs femmes

Jason

Pour le jeune Jason, lorsqu?un homme frappe sa femme, il faut qu?elle l?ait poussé à bout. « J?ai commencé à battre la mienne quand line comence faire ene banne couillonnade. Vous sortez du boulot, elle n?a pas fait à manger, elle est sur le balcon sur son portable. Quand vous l?accusez de vous tromper, elle vous dit « Et alors, ki to pou capave fer.» Quand une femme vous dit ça, vous ne pouvez pas rester tranquille. »

Il est convaincu que son épouse l?a provoqué pour « li gagne ene simé allé ». Jason raconte que sa femme venait à son boulot l?accuser devant ses collègues de coucher avec une autre collègue. « Fer moi perdi point dévan mo bane camarade, fer sacandal pou to perdi to place travail. Je suis de nature tranquille mais apré mo débordé, mo boui », raconte-t-il.

Aujourd?hui il est divorcé et se demande comment il a pu en arriver là. « Pour comprendre pourquoi un homme bat sa femme, il faut voir les choses au quotidien.» Sa femme a obtenu le divorce en sa faveur. « La loi pou zot bane fam, zot capave fer sé ki zot envie », dit-il avant de lâcher : « Kan ene zom batte ene fam, li pa ene gloire, li vilain. »

Jean-Baptiste

Premier contact, première remarque : «Pourquoi faites-vous un papier sur la violence des hommes envers les femmes ? Pourquoi pas des femmes envers les hommes ? Vous êtes partial », s?insurge Jean-Baptiste. ça commence bien ! Cet homme d?une quarantaine d?années entend bien relativiser le débat, à sa manière, justifier les hommes violents en quelque sorte. « Ne croyez pas que la violence est quelque chose de calculé, de prémédité. Contrairement aux femmes, nous n?allons pas prendre conseil auprès des autres pour faire ce que l?on doit faire. Heureusement d?ailleurs parce que les femmes sont souvent mal conseillées. D?autres femmes leur disent de faire des choses qu?elles ne feraient pas à leur mari. »

Sa philosophie est déjà bien résumée: c?est la faute aux femmes. Concrètement, qu?est-ce qu?il reproche à sa femme, qu?il « corrige » de temps en temps? Beaucoup de choses. « Moi mo content explik ene zafer ene fois pas trois fois. Mo tout le temps explik mo fam cé ki no pas content mais si pas li blié, si pas li mésanceté ou bien li avoye moi promené? » Il s?indigne qu?elle aille en bordure de rue en robe de chambre, qu?elle mette trop de sel dans le cari, qu?elle parle de ses défauts à lui quand elle est entourée de sa famille. « Li tout le temps pé méfié, li croire mone alle cot ene lot fam?coma ou sorti travail, li pas donne ou lé temps, li pas démandé si oune passe ene bonne journée, li commencé ar ou. » Et puis, il y a le comble : « Moi mo amani. Mo content l?ordre. Mo pas content mette ene zafer ene place après ene lot dimoune vini déplace li? »

Même avec du recul, Jean-Baptiste n?éprouve aucun regret en ce qui concerne sa violence. « Je ne suis pas fier non plus mais s?il faut recommencer, je le referai. » Il reproche aux femmes la manie de toujours reprocher la même chose cent fois. « Elles vous narguent jusqu?à ce qui ou sapé », explique-t-il. « Quand vous commencez à fréquenter chez la fille, on vous traite comme un dieu, on vous met la pression pour que vous vous mariez. Ene fois zot gagne titre madame ler là réproche commencé. C?est à ce moment qu?on trouve que vous êtes coureur, buveur, que vous n?avez pas un emploi fixe. »

Pour lui, battre une femme n?est un signe de faiblesse. « C?est en psychologie qu?on dit ce genre de choses. D?après vous combien d?hommes dans ce pays-là ont de la psychologie », dit-il. Et de poursuivre que si une femme avait la force d?un homme, elle serait plus dangereuse. « Finalement les hommes utilisent la violence physique et les femmes la violence verbale. Je connais un ami qui a donné deux claques à sa femme. Celle-çi a été à la police, a montré ses ecchymoses et le mari ne peut plus s?approcher d?elle. Mais ki forme zom là pou tiré pou dire cé ki fam la ine dire li. » Et que lui a dit la femme? « Line zour so mama alors qui boug la zamé pane cause so mama. Les femmes laissent des marques invisibles avec leurs propos. »

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