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Quand le chat tient la baguette
Colette, dont on célèbre les cinquante ans de sa disparition cette année, est à la fête au Centre Charles Baudelaire. Si les amoureux de littérature et de chats connaissent le goût de l?écrivain pour ces félins pas toujours accommodants, on ignore parfois que Maurice Ravel a trouvé l?une de ses plus belles inspirations chez l?auteur des Claudine. L?enfant et les sortilèges est en effet un court opéra dont la romancière a rédigé le livret : dans le cadre fantaisiste d?une vieille maison normande, un enfant paresseux qui ne veut pas « faire sa page » a mis toute sa chambre sens dessus dessous. Puni, il reste seul dans la pénombre. Mais voilà que naît la sublime féerie : les objets s?animent, menaçants, puis fascinants devant l?enfant ébahi. La musique, d?une grande poésie et d?une émouvante simplicité, « magnétise » la scène, fait défiler poufs et canapés, tasses et théières.
Arrive alors le moment d?anthologie : surgi d?un coin obscur, un gros chat à l?allure placide se lance dans des étirements vocaux destinés à une blanche dulcinée. La belle répond avec langueur. L?unique miaulement qui remplace toute parole est d?un effet superbe. L?écriture stricte de ce duo est un chant à la fois réaliste et fantastique, étrange et lancinant, bien différent de l?esprit bouffon de celui bien connu de Rossini. Pas vraiment un entrechat musical, mais un modèle de musique.
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