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Ces enfants extra-larges

13 novembre 2004, 00:00

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Un visage rond, joufflu. Un visage d?enfant probablement mal dans sa peau à force de devoir supporter le double du poids qu?il devrait peser. Se déplacer gauchement, affronter le regard des autres, Annabelle en sait quelque chose. A 10 ans, elle fait 55 kilos pour 1 m 40. Elle est obèse, comme un nombre grandissant d?enfants pris dans l?engrenage fast-food, télévision, jeux vidéo et ordinateur. Un monde où prime la sédentarité et dans lequel l?exercice physique est inconnu.

Le ministère de la Santé vient de compléter une étude basée sur l?obésité au sein de la population mauricienne. Les résultats de celle-ci seront connus sous peu. Elle suit une autre étude datant de 1998 et va vraisemblablement apporter une conclusion plus alarmante que celle de l?époque. Il avait alors été trouvé que 41 % de la population avait un problème d?excès de poids et qu?environ 1,1 des enfants sont obèses. En attendant, le National Children Council (NCC) et le ministère misent sur la sensibilisation. Une campagne en ce sens sera lancée le 30 novembre prochain. Elle s?achèvera en juin 2005.

Dans sa consultation privée de Quatre-Bornes, la nutritionniste Rosida Dhookhun s?occupe d?Anabelle et d?une longue liste d?enfants obèses. Une liste à laquelle vient s?ajouter en moyenne deux enfants par mois. «C?est beaucoup trop pour Maurice», dit-elle. Le pays court probablement vers une épidémie d?enfants obèses.

RISQUES DE CANCER ET AUTRES MALADIES

Et les parents mauriciens semblent ne pas être encore conscients du danger de l?obésité, car tous les enfants qui se retrouvent dans les cabinets des nutritionnistes sont en fait envoyés par des médecins. Rares sont les parents qui y viennent de leur propre gré. C?est sur le tard qu?ils apprennent que l?obésité est une augmentation excessive de la masse grasse de l?organisme dans une proportion telle qu?elle peut avoir une influence sur l?état de santé.

C?est en 1997 que l?Organisation mondiale de la santé (OMS) tire pour la première fois la sonnette d?alarme. «Une véritable épidémie d?excès de poids et d?obésité se répand dans de nombreux pays du monde et si rien n?est fait maintenant pour endiguer cette pandémie, des millions de personnes souffriront de maladies non transmissibles et d?autres pathologies», déclarent alors les experts de la nutrition et de la santé de l?OMS.

La situation semble avoir évolué depuis et les médecins du ministère de la Santé dépêchés dans les écoles primaires ne cessent de référer des enfants obèses pour une prise en charge par les hôpitaux, car l?obésité est aujourd?hui considérée comme une maladie.

«L?obésité est un déterminant majeur de nombreuses maladies non transmissibles et peut être cause de diabète (type 2 : non insulinodépendant), de cardiopathies coronariennes et d?attaque. Elle augmente le risque de plusieurs types de cancer, de maladies de la vésicule biliaire, de troubles squeletto-musculaires et de problèmes respiratoires.» Les techniciens de la section diététique et nutrition du ministère de la Santé ne cessent de tenir ces discours aux parents d?enfants obèses.

Cependant, au ministère, on craint que le pire est à venir. Pourquoi ? Simplement parceque les parents offrent de plus en plus à leurs enfants la recette de l?obésité. Et cette recette, on la voit dans la vie de ces enfants pris en charge par les diététiciens des hôpitaux ou du privé.

Chez Rosida Dhookhun, les fiches et les enquêtes sur le mode de vie et les habitudes des enfants obèses font ressortir un schéma. Presque le même pour tous ces enfants. Comme Anabelle, Rishi et Saïd sont obèses. Rishi a 7 ans, mesure 1 m 25 et pèse 49 kilos. Pour son âge et sa taille il aurait dû ne faire que 24 kilos au maximum. Saïd a 8 ans, mesure 1 m 33 et pèse 55 kilos.

SON BONHEUR : LA BOUFFE ET LA TELE

Ces trois enfants obèses appartiennent à des milieux différents, mais vivent dans des familles qui ont un mode de vie similaire. Les parents circulent en voiture et les enfants sont toujours véhiculés, ils ont la télévision et profitent des chaînes multiples (Anabelle regarde la télé jusqu?à une heure du matin pendant les vacances et grignote pendant toute la soirée), ordinateur, jeux vidéo et restent collés à leurs écrans des heures durant.

Pâtisseries, chocolats, boissons gazeuses, chips, pizza et autres fast-foods sont à portée de main, sans contrôle parental. Les parents sont d?ailleurs assez rarement à la maison. C?est la bonne ou les grands-parents qui se font un devoir de «gâter» ces petits-enfants.

Pour les sorties, ce sont surtout des visites régulières aux fast-foods ou le cinéma. La sédentarité de ces enfants ne sera donc pas compensée par des exercices physiques, totalement absents de cette nouvelle culture. Et puis, il n?y a pas encore à Maurice des gymnases qui s?occupent de ces enfants et au primaire, le sport est loin d?être une priorité.

«Des milliers de familles, même de la classe ouvrière adoptent en ce moment un certain mode de vie. Les parents, soit en raison d?un divorce ou du travail, même à l?usine, rentrent tard et les enfants se réunissent autour de la télé, du DVD ou de l?ordinateur et les parents laissent des friandises pour ces jeunes. Cette tendance s?accentue de plus en plus. En sus de cela, on a eu les hypermarchés qui nous ont apporté énormément d?aliments qu?on ne connaissait pas dans le passé, des aliments très gras, du facile et vite à préparer», explique Rosida Dhookhun.

«ON NE PEUT PAS LES FAIRE MAIGRIR»

Point d?inquiètude chez les parents quand grossissent les enfants. Ce n?est que quand surgissent les problèmes de santé que les couples bougent. Souvent trop tard. Leur espoir : qu?un nutritionniste ou diététicien pourra faire maigrir l?enfant obèse. Impossible. Mais il n?y a ni médicament, ni formule magique. «On ne peut pas les faire maigrir. Tous les diététiciens du pays utilisent la même stratégie dans une telle circonstance. Empêcher l?enfant de grossir davantage. Il a déjà le poids d?un adulte, donc on l?empêche de grossir en maintenant son poids jusqu?à l?âge adulte.»

Et la tâche ne s?avère nullement facile. C?est tout un mode de vie qu?il faut changer. Mode de vie des parents à commencer. Puis une surveillance de ce que les enfants mangent, à la maison et hors de la maison. Et tant que l?enfant n?a pas la volonté d?être physiquement comme les autres, la tâche est perdue d?avance.

Anabelle s?accepte telle qu?elle est. Différente de ses camarades. Elle se moque des regards qui se posent constamment sur elle. Son bonheur se résume à deux choses, la bouffe et la télé. L?asthme qu?elle a développé à cause de son obésité la gêne quelques fois, mais elle peut vivre avec. Ainsi, depuis qu?elle est a été prise en charge par la nutritionniste elle a pris deux kilos. Sans cette surveillance, les choses auraient peut-être été catastrophiques.

Les nutritionnistes se disent que la meilleure façon de guérir l?obésité, c?est d?empêcher l?enfant de devenir obèse. De le prendre en charge dès qu?il commence à avoir un excès de poids. C?est toute la stratégie du ministère de la Santé dans les écoles qui devrait maintenant être revue si on veut éviter une épidémie d?obésité au sein d?une population qui détient déjà un record mondial en termes du taux de diabétiques et d?hypertendus.

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