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Filles sans joie

13 novembre 2004, 00:00

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Elles se prénomment Yasmeen, Annick, Mireille, Nicole et Daniela. Mais pour les autres, le reste du monde, elles sont des filles de joie. Ce sont des femmes, somme toute ordinaires, qui, pour une raison connue d?elles seules, se sont un jour retrouvées sous l?emprise de la drogue. Et comme il n?y a qu?un pas entre la drogue et la rue, elles ont fini dans le caniveau, des mortes vivantes peuplant le jardin de la Compagnie.

Et puis un jour, des personnes se sont intéressées à elles. Pour autre chose que leur corps ou le plaisir qu?on peut en tirer. Elles leur ont fait miroiter l?espoir de les libérer des serres griffues de la dépendance et de leur misérable vie d?esclave sexuelle. Ces filles ont rêvé, les pupilles dilatées, croyant qu?il leur était possible, comme certains types de reptiles, de muer pour faire peau neuve.

Ce rêve, qui est l?ouverture du centre Chrysalide, n?a malheureusement pu se matérialiser pour toutes. Si beaucoup d?organismes, de particuliers, ainsi que le ministère de la Femme ont assumé pleinement leurs responsabilités, la demande du centre pour un financement supplémentaire de Rs 100 000 auprès du ministère des Finances via la NATReSA, a été refusée. Si le ministère de la Sécurité sociale, qui subventionne pourtant la réhabilitation des hommes usagers de drogue, s?en est ému, cela a dû être dans la plus grande discrétion!

Il se chuchote que certains de nos dirigeants politiques auraient pris ombrage de propos critiques tenus en privé et à leur égard par la directrice du Centre de Solidarité. Si cela était vrai, que valent des susceptibilités égratignées auprès de la dignité rendue à des femmes déchues qui n?attendent qu?une main secourable pour se relever?

Et quoi penser du ministère de la Santé qui n?a pu trouver un médecin à déléguer auprès du centre Chrysalide? Et des autres praticiens du privé qui, contactés, ont refusé? Aujourd?hui, Annick et ses consoeurs ont un peu l?impression que la société dans son ensemble s?est jouée d?elles. «Get ziska ler pankor gagn enn dokter gouvernma pou vinn get nou. Si gouvernma la koumsa, kouma ou le la sosiete pou ete!», lâche-t-elle, désabusée.

Si cela n?est qu?une question de moyens, on peut en trouver. Il est en ce moment question de financement des partis politiques. Une des recommandations du ministre de la Justice est que les partis bénéficient d?une injection monétaire de l?Etat. En d?autres termes, l?argent des contribuables. Au lieu de prendre NOTRE argent pour renflouer les caisses des partis qui ont toujours su se tirer d?affaire auprès des bailleurs de fonds existants, pourquoi ne pas l?utiliser pour la réhabilitation de ces femmes usagères de drogue?

La volonté semble pourtant là. A la fin d?octobre, lors de l?inauguration d?un boulodrome dans sa circonscription, le Premier ministre, Paul Bérenger, réaffirmait la détermination de son gouvernement à traquer les trafiquants de drogue et à appliquer le plan d?action du ministère de la Sécurité sociale et de la NATReSA.

En finir avec la drogue signifie aussi ramener à zéro la demande. Pour les hommes comme pour les femmes usagers de drogue. Si l?on veut bien prendre le Premier ministre au mot, on s?attend maintenant à ce que ses propos soient traduits dans les faits. Tous les faits?

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