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Port du voile, la polémique gagne l’île

10 novembre 2004, 20:00

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Leyla et Sabihah n’ont pourtant pas l’air de jusqu’au-boutistes. Elèves de première du Lycée Leconte-de-Lisle, elles ne comprennent pas bien encore l’objet de tout le battage médiatique qui se trame autour de cette affaire. “L’histoire, raconte-t-elles au Quotidien de la Réunion, a débuté il y a quelques jours, la proviseure-adjointe, Mme Giraud, nous a pris à partie. Elle nous a parlé du voile et de ce que vivaient les femmes afghanes”. Surprises, les deux jeunes filles tentent de s’expliquer. Elles argumentent sur la différence entre une burka prison des Afghanes et le simple châle qu’elles portent, librement, sous aucune pression. Rien n’y fait. La responsable leur enjoint d’ôter sur le champ ce petit bout de tissu, afin de se conformer à la loi sur la laïcité. Les deux élèves s’exécutent d’abord, puis en discutant avec leurs camarades, estiment qu’elles sont l’objet de vexation. Elles pensent en outre être les seules musulmanes de l’établissement a avoir été prises à partie de la sorte.

<B>Deux poids, deux mesures ?</B>

Par la suite, l’enseignante réitère son injonction, les menaçant de conseil de discipline. Elles reviennent alors, mais cette fois-ci accompagnées de parents d’élèves. L’un d’entre eux explique à la proviseure-adjointe qu’il est venu pour discuter sereinement du problème. Pour ces membres de la communauté musulmane réunionnaise, il s’agit d’obtenir des explications sur un tel revirement de situation, plusieurs semaines après la rentrée scolaire et plusieurs mois après la parution du texte de loi. Ce qui était toléré hier, ne le serait plus subitement. Le consensus qui semblait régner dans l’ensemble des établissements scolaires de la Réunion serait remis en cause par l’appréciation d’un seul agent de l’Education Nationale.

C’est pour confronter cette argumentation avec la position “officielle” qu’une délégation se rend alors au rectorat de la Réunion. Elle est composée de Leyla et Sabihah, d’une poignée de parents d’élèves et de représentantes de l’Union des Femmes, dont la députée Huguette Bello (apparentée communiste). La parlementaire fulmine : “Je ne vois pas en quoi ces jeunes filles remettent en cause le principe de laïcité. Le port du châle depuis cent ans à la Réunion n’a jamais ébranlé la République. Comme l’a rappelé, la ministre de l’Outremer, Brigitte Girardin, cette loi n’a pas vocation à créer de problèmes, là où il n’y en a pas”.

Christian Merlin, le recteur, alors interpellé, tente immédiatement de calmer le jeu. Les deux jeunes filles sont autorisées à regagner leurs cours, en attendant qu’une solution soit trouvée. Manifestement, on sent chez le recteur une volonté de ne pas faire de vague . Il tient d’ailleurs à rappeler qu’il s’agissait “du seul incident à la Réunion depuis l’entrée en vigueur de la loi” et qu’il tenait à ce qu’il reste isolé…

C’était pourtant sans compter avec les médias, présents au rectorat, et qui dès le lendemain, font leur “une” avec cette affaire.

Après la métropole où quelques cas d’élèves récalcitrantes à ôter le voile ou le châle dans l’enceinte scolaire défraye la chronique, le débat s’empare alors de la Réunion. Quelques enseignants du lycée Leconte-de-Lisle tentent tout d’abord de soutenir un point de vue laïc. Ils semblent encouragés par un courrier de lecteurs abondant qui dénonce l’attitude “démagogique” de la député Bello.

Une trentaine de ces enseignants (sur les cent trente que compte l’établissement) appelle alors à un “débrayage” d’une heure et à un débat sur la question de l’application de la loi. Ils sont soutenus dans ce sens par l’un des principaux syndicats enseignants du secondaire. Jacques-Henri Schroeder, membre de ce syndicat considère en effet que “depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la laïcité en septembre, on navigue en plein flou artistique”. Et de constater que “certains professeurs acceptent les voiles dans leur classe, tandis que d’autres pas. Et ce, alors même que le règlement intérieur de notre lycée a été modifié en conséquence en juillet dernier et stipule que le port ostensible de signes ou tenues religieuses est interdit”.

La question principale reste donc celle de l’interprétation de la loi qui prévoit une phase assez longue de dialogue avec l’élève attaché à sa tenue ou à ses signes religieux. Durant cette étape, il s’agit pour les adultes d’inviter l’élève à réfléchir sur son avenir et “le mettre en garde contre les conséquences de son attitude” dans son projet personnel. Les textes prévoient en outre que les enseignants doivent veiller, pendant cette discussion, à ne pas heurter les sensibilités et les convictions religieuses de l’élève ou de ses parents… Bref de rappeler les principes de la laïcité en douceur.

<B>Dialogue dissuasif</B>

L’appréciation du caractère constitutif “d’ostentation” du signe porté apparaît également bien délicate à effectuer. Croix chrétienne, kipa, turban des sikhs, châle : la discrétion et l’intimité des uns peuvent être appréciées comme de l’ostentation par les autres…

Dans le débat, plusieurs arguments sont brandis par les partisans et les opposants de l’application stricte de la loi. Les textes prévoient que les habits traditionnels (comme à Mayotte) ne tombent pas sous le coup de l’interdiction. Le châle musulman ne serait porté à la Réunion que depuis une dizaine d’années pour certains, et il ne ferait pas partie des traditions indo-musulmanes. D’autres campent sur des positions féministes, évoquant le mauvais sort fait aux femmes par certaines pratiques religieuses. La loi sur la laïcité les protégerait alors.

Des opposants fustigent une loi qui viendrait, sous prétexte d’application stricte de la législation métropolitaine, créer des perturbations dans une société multiculturelle et multiconfessionnelle qui a toujours bien fonctionné jusque-là.

Le dernier mot revient aux chefs d’établissements, seuls maîtres à bord dans l’application des textes. Une cellule de suivi à la Réunion a été créée par le rectorat.

HAUTES TECHNOLOGIES

<B>Une première école d’ingénierie informatique</B>

Supinfo Océan Indien, première école d’ingénierie informatique à la réunion a été officiellement inaugurée le 5 novembre dernier. La chambre de commerce de la Réunion (CCIR) a souhaité créer à Saint-Benoît le premier centre de formation d’ingénierie informatique (école bac + 5) afin de développer la formation d’ingénieurs qualifiés dans le secteur des hautes technologies et, en conséquence, d’encourager l’utilisation des TIC par les entreprises. C’est Supinfo qui été a choisi pour assurer ces formations donnant accès à des diplômes de bac + 5.

Supinfo Paris, crée depuis 1965, est reconnu par l’État depuis 1972. Les écoles Supinfo (Paris, Caraïbes, Chine, etc.) comptent plus de 4 000 diplômés avec 100 % d’embauche pour les élèves des dernières promotions. D’importants moyens techniques et matériels y sont déployés pour offrir un enseignement high tech aux futurs ingénieurs. L’enseignement est dispensé sous forme de cours magistraux, travaux pratiques, e-learning et visioconférence. Certains cours seront d’ailleurs en direct avec Sufinpo Paris. En effet, Supinfo OI s’appuie sur les récentes installations en matière de réseau haut débit de la Réunion pour faire bénéficier ses étudiants du Campus Numérique baptisé “Campus Booster” (cours à distance, exercices en ligne, visioconférence et administration intégrale), déjà utilisé avec succès à Paris et en Martinique.

DANS LA PRESSE REUNIONNAISE

Agriculture. Assurer une meilleure compétitivité.</B>La chambre d’agriculture de la Réunion réagit face au projet de loi modernisation agricole mis en place par le ministre français de l’agriculture, Hervé Gaymard. Elle présente trois principales revendications. D’abord, l’allègement des charges et une baisse des coûts du fret sur les marchés extérieurs d’exportation. Puis, une accessibilité réelle aux marchés publics avec la fixation d’un pourcentage obligatoire d’approvisionnement en produits locaux sur les appels d’offres de restauration collective. Enfin, la pérennisation de l’exploitation agricole en luttant contre la spéculation foncière sur les terres agricoles et la mise sur place d’outils juridiques adaptés au contexte foncier réunionnais.

Les autres propositions de la chambre verte sont : une modernisation des exploitations cannières, une répartition plus équitable de la valeur ajoutée créée par les filières agricoles et le rétablissement d’un équilibre économique plus favorable aux producteurs.

Cinq groupes de travail, co-animés par la DAF et la chambre d’agriculture ont ainsi été définis : les nouvelles règles d’organisation économiques, l’exploitant agricole dans la société réunionnaise actuelle, le refonte des régimes d’accès au foncier, les relations institutionnelles et l’agriculture dans la société.

Ces revendications s’inscrivent dans le débat régional “agriculture, territoires et société” vient d’être lancé et qui est destiné à préparer cette nouvelle loi. Lors de son passage à la Réunion en octobre dernier, Hervé Gaymard avait annoncé que cette loi consacrerait un chapitre spécifique à l’agriculture des DOM

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