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“La CMT aborde l’abolition des quotas avec une culture de gagnant”
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“La CMT aborde l’abolition des quotas avec une culture de gagnant”
●<B>La CMT fête demain son 18e anniversaire. Dans quel état d’esprit abordez-vous cet événement ? </B>
Il y a une très grande émotion dans l’air depuis quelques jours et elle s’intensifie à mesure qu’on s’approche de l’événement. Il se dégage chez tous nos employés un sentiment de fierté d’avoir réussi quelque chose d’extraordinaire.
Il y a très peu d’entreprises capables de réaliser le parcours que nous avons fait en une période aussi courte. En plus, la compagnie continue à progresser actuellement et c’est une raison de plus d’être fier. Nous portons les rêves les plus fous qui dépassent même notre façon de penser à Maurice.
Ce 18e anniversaire nous motive pour aborder une autre étape que nous espérons encore plus belle. Je ne sais pas à quoi cela tient mais nous sentons en notre for intérieur que nous allons encore réaliser de belles choses à l’avenir.
Ce sera facile car nous aurons à nous battre chaque jour pour mériter notre survie. Mais nous avons une équipe soudée et qui fait preuve d’engagement dans le travail.
Nous avons à tous les niveaux des personnes qui sont des professionnels dans leurs domaines respectifs.
Quand je repense au parcours de la CMT parfois, je me dis modestement que nous avons eu de la chance mais la chance n’explique pas tout. Il y a surtout le dur labeur et la détermination à exceller.
La modestie fait partie de nos valeurs mais lorsque j’ai dit la semaine dernière que nous étions dans la division excellence au niveau mondial, ce n’étaient pas des paroles en l’air.
●<B> Sur quoi vous basez-vous pour dire cela ? </B>
Nous sondons régulièrement nos clients à travers un questionnaire exhaustif pour savoir où ils nous situent par rapport aux autres entreprises de textile-habillement dans le monde. Je sais donc exactement ce que nos clients pensent de nous et où nous nous situons par rapport à la concurrence.
Nous partageons les résultats de ces sondages avec nos employés. Que la CMT soit bien notée par ses clients leur procure de la fierté. Il n’y a pas que le salaire qui motive.
Je sais que dans l’ancienne mode de gestion, on pense que ce n’est pas une bonne chose de partager les bonnes nouvelles avec les employés. La crainte étant que cela risque d’occasionner un relâchement au niveau de l’effort. Je ne suis pas de cette école.
Nous à la CMT, nous partageons tout. Quand il y a des bonnes nouvelles, cela dégage de la sérénité.
●<B>Est-ce que c’est au niveau de la gestion des ressources humaines que la CMT fait la différence ? </B>
La CMT compte aujourd’hui en son sein 53 employés qui faisaient partie du premier noyau de 70 personnes qui avaient lancé l’entreprise il y a dix-huit ans. Ils étaient les pion-niers. Nous allons dignement les fêter demain.
Les relations humaines ne s’apprennent dans aucun manuel. Les relations se créent. Nous avons à la CMT un helper qui est devenu aujourd’hui un des directeurs de production le plus écouté de l’entreprise.
Nous avons aussi une machiniste qui avait démarré chez nous en faisant du surfil. Elle est aujourd’hui notre directrice du shipping. Il y a plusieurs exemples de ce type chez nous car nous donnons à tout le monde ses chances.
Nous avons toujours cru que c’est une erreur de débaucher des travailleurs des autres usines pour remplir des postes vacants car cela ne favorise pas la création d’une équipe. Chaque entreprise a un caractère spécial qu’elle développe. La CMT a une culture unique.
●<B>Quels sont les principaux traits de votre culture d’entreprise ? </B>
À la CMT, chaque employé sait que nous vivons dans un monde où rien n’est gratuit. Nobody owes us a living. Il n’y a donc de place que pour l’effort. Cette franchise crée la confiance et le respect. Nous développons le sentiment que tout le monde s’investit autant et participe à l’effort dans un objectif commun. Les employés de la CMT sont des bosseurs.
J’aime bien nous comparer à une équipe de football. Qu’est-ce qui fait la force de Manchester United ? Le match n’est jamais perdu tant que l’arbitre n’a pas sifflé. C’est une équipe qui a du caractère. Même quand elle achète une vedette étrangère, c’est cette dernière qui doit s’adapter à la culture du club, pas l’inverse.
La même chose s’applique pour une organisation. Elle a sa marque de fabrique. C’est comme cela que je vois les choses.
Dans notre entreprise, dans la forme nous paraissons très souples mais dans le fond, ce n’est que de la rigueur. La structure hiérarchique est souple et la communication est facile.
Ce n’est pas le modèle d’une organisation rigide ou X est supposé rapporter à Y et où il y a des canaux de communication établis. Une telle structure peut donner l’impression d’une organisation disciplinée mais dans le fond, chacun fait son petit truc comme il croit devoir le faire.
La CMT se démarque aussi par la méritocratie qui fait partie de nos valeurs. Cela motive et soude les gens. Chaque nomination ou promotion est respectée et appréciée. Personne n’est catapulté à un poste.
Quand les employés voient que la méritocratie est appliquée, ils se disent que cela vaut la peine de faire des efforts car cela mène quelque part. Personne n’aime l’injustice et les passe-droits.
●<B> Dans six semaines, les quotas seront abolis. Les industriels comme les spécialistes avouent leur incapacité à prévoir quelles en seront les retombées. La CMT choisit ce moment délicat pour annoncer un investissement de Rs 500 millions et la création de 1 500 emplois…</B>
C’est vrai que la période est caractérisée par un manque de visibilité mais les nombreuses analyses à travers le monde convergent vers un fait : il y aura des gagnants et des perdants.
La Chine et l’Inde seront les grands gagnants. D’une manière générale ceux qui ont les matières premières, une main-d’œuvre abondante et pas chère, seront les plus compétitifs.
Par contre, il y a des dizaines de milliers d’entreprises à travers le monde qui sont vouées à disparaître. Il y a 330 000 entreprises de textile dans les pays en développement. Combien correspondent au profil recherché par la clientèle ? Très peu.
La CMT pense qu’elle peut se faire une place dans cette catégorie et être parmi ceux qui vont gagner. Nous n’y sommes pas encore mais nous y travaillons depuis plusieurs années. Nous abordons l’abolition des quotas avec une culture de gagnant. Nos investissements massifs de ces dernières années nous permettront de nous hisser parmi les gagnants.
Nous devons réduire encore nos coûts de production en tablant sur les économies d’échelle. Il n’y a pas d’autres solutions. Il nous faut atteindre une taille de niveau mondiale.
Nous croyons en nos chances. Notre analyse s’appuie sur nos informations sur le marché, le niveau de satisfaction de notre clientèle et la forte demande que nous enregistrons pour nos produits et services. Nous sommes nous-mêmes un peu surpris mais nos produits sont de plus en plus demandés.
Dans le textile-habillement la réputation compte beaucoup et le bouche-à-oreille marche. Quand une entreprise fait bien, elle est recherchée.
C’est fort de ce soutien de la clientèle qu’on peut prendre le risque d’injecter Rs 500 millions dans un secteur que certains ont déjà condamné. Après l’annonce officielle de cet investissement, j’ai reçu plus d’appels de mes clients à l’étranger que de mes amis à Maurice. Ils ont dit être heureux de voir augmenter les capacités de l’entreprise.
●<B>Comment faites-vous pour vendre davantage alors qu’on dit la Chine et l’Inde imbattables sur les prix ? </B>
Nous avons à jouer sur deux paramètres : le prix et les délais de livraison. Notre impératif est d’arrivé à un meilleur prix dans les meilleurs délais. Cela ne sert à rien d’offrir le meilleur prix si la marchandise est livrée trop tard. La mode évolue très rapidement. Un coloris à la mode aujourd’hui ne l’est plus dans trois semaines. Notre filature nous offre une grande flexibilité.
Nous offrons à nos clients tous les services, depuis le studio de design jusqu’à la livraison dans leurs entrepôts. Il faut une organisation bien rodée pour cela.
Parfois certains clients nous demandent en plaisantant si la CMT ne peut pas acheter un avion pour réduire encore les délais de livraison. Ce qui est une boutade aujourd’hui sera peut-être une réalité demain. On peut rêver...
●<B>Vous êtes confiant que la CMT survivra à l’abolition des quotas. Etes-vous aussi optimiste pour l’industrie textile locale en général ? </B>
Je crois que l’industrie locale subira le choc comme tous les pays du monde, développés et moins développés. C’est inévitable. Je ne sais pas quelle vanne ou barrage on pourra mettre en place pour contenir le raz de marée qui s’annonce. Toutes les analyses s’accordent à dire que l’industrie mondiale du textile sera secouée.
Au Bangladesh, qui compte 3,5 millions d’emplois directs et 15 millions d’emplois indirects dans le textile, on prévoit que la moitié des emplois seront perdus.
Les analystes étrangers ne parlent jamais de Maurice lorsqu’ils abordent l’après janvier 2005 car notre industrie est trop petite à l’échelle mondiale. Mais c’est peut-être ce qui fera notre force. Etant de petite taille, l’industrie peut se retourner plus facilement.
●<B>Etes-vous de ceux qui croient que le pire est derrière nous ? </B>
Le pire est à venir. Je ne suis pas pessimiste de nature. Mais je pense que pour ceux qui ne sont pas préparés c’est déjà trop tard. Si la CMT ne s’était pas préparée j’aurais moi-même abandonné le textile-habillement. Pour ceux qui n’ont rien fait, il est trop tard. Je pense qu’il y a certaines filières de la confection qui vont disparaître.
●<B>Nos marchés traditionnels, l’Europe et les Etats-Unis semblent vouloir prendre des mesures pour limiter les exportations chinoises…</B>
Je ne crois pas que ces souhaits ou intentions réelles vont aboutir. La Chine menace : si vous bloquez le textile, je cesse d’importer vos produits. On peut dire ce qu’on veut mais à la fin, chaque pays ne défend que ses propres intérêts. Pour eux la question principale est qu’est-ce qu’on y gagne ?
La Chine sera bientôt un net importer et tout le monde veut sa part du marché. Face à l’ampleur de certains contrats la misère du Bangladesh ou la perte de milliers d’emplois à Maurice ne pèsent pas lourdes.
<I>“J’aime bien nous comparer à une équipe de football. Qu’est-ce qui fait la force de Manchester United ? Le match n’est jamais perdu tant que l’arbitre n’a pas sifflé.”</I>
<I>Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN</I>
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