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Sauver l?Etat providence

22 septembre 2004, 20:00

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Le débat sur la question des pensions s?annonce difficile. Alors qu?il faut réfléchir sur les moyens crédibles et réalistes pour assurer aux nécessiteux une pension de vieillesse, c?est à un abrutissant concert d?arguments fallacieux que dirigeants syndicalistes et politiciens se sont livrés hier. Le séminaire organisé par le Front commun syndical ?pour défendre l?Etat providence? n?a pas fait avancer le débat.

Les menaces qui pèsent sur l?Etat providence sont bien réelles. Mais, contrairement aux bavardages en cours, elles ne découlent pas d?un quelconque agenda politique. La raison du danger imminent tient à la simple logique arithmétique.

Dans 30 ans, les personnes âgées de plus de 60 ans constitueront 21 % de la population. Aujourd?hui, ce segment ne représente que 6 %. Il y a, cette année, 121 000 bénéficiaires de la pension de vieillesse. La charge financière correspondante, pour l?État, représente environ 2 % du produit intérieur brut (PIB). Si le système devait rester inchangé, le paiement de la pension de vieillesse absorbera à lui seul 11 % du PIB en 2040. Une telle situation est intenable.

Pour assurer le paiement de prestations sociales adéquates à ceux qui le méritent, il faut donc réformer. Pour commencer, le gouvernement a brisé, avec le dernier budget, le tabou de la pension universelle. Ceux qui touchent plus de Rs 20 000 par mois sont exclus de la liste des bénéficiaires du ?Basic Retirement Pension?. Une petite poignée de citoyens nantis est concernée mais cela a suffi pour mettre en rogne les syndicalistes.

Les ressources de l?Etat sont limitées mais ses charges sociales sont croissantes. Il y a là une équation à résoudre rapidement. Surtout que nous avons accumulé beaucoup de retard. Le rapport Battersby du ?Government Actuary?s Department? de Londres avait d?abord tiré la sonnette d?alarme en 1995. Puis la Banque mondiale a démontré en décembre 2001 dans un rapport intitulé ?Pensions in paradise, modernising the Mauritian retirement income system? que le système actuel n?est pas viable.

La protection sociale accordée à tous, y compris aux classes aisées, est généreuse mais ruineuse. Maurice n?a pas les moyens de s?offrir un Etat providence tel que ses dirigeants l?avaient imaginé au moment de l?indépendance. Depuis, l?augmentation de l?espérance de vie a modifié la pyramide des âges. Elle s?est enflée vers le haut et cela a exercé une influence considérable sur le système des pensions.

Outre les arguments saugrenus entendus hier, sur les travaux de rénovation au château du Réduit et les salaires des conseillers, il y a eu une tentative de faire un procès d?intention au régime. Certains intervenants ont soutenu que l?instauration du ciblage économique est une première étape vers l?élimination de la gratuité de la santé publique et de l?éducation secondaire. Une telle démarche relève de la malhonnêteté intellectuelle.

La réforme envisagée ne s?attaque pas à l?Etat providence, mais à ses excès et ses largesses. L?Etat providence n?est durable que s?il est élagué. Ceux qui s?opposent à sa modernisation oeuvrent pour son démantèlement.

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