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Un député anglais préside le jubilé d?argent de ?M. Times?
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Un député anglais préside le jubilé d?argent de ?M. Times?
Le 15 septembre 1979, M. James Johnson, membre du parlement britannique, anime la conférence de presse, clôturant la visite qu?il effectue à Maurice afin de présider les célébrations marquant le jubilé d?argent de l?hebdomadaire Mauritius Times, fondé le 14 août 1954 par MM. Bickramsingh Ramlallah et Kher Jagatsingh. Avant de reprendre l?avion pour Londres, il tient à rappeler aux Mauriciens que la crise économique qu?ils subissent, en 1979, n?est pas particulière à leur île mais s?étend au monde entier. Même des pays industrialisés, comme le sien, n?y échappe pas. Le remède à cette crise mondiale, préconise-t-il, est d?intensifier davantage la diversification économique et l?identification de nouveaux marchés pour la production locale.
Il dresse un parallèle entre la Barbade et Maurice. Le colonialisme anglais n?y a rien fait pour diversifier les sources de revenus locaux. Le gouvernement mauricien fait de gros efforts pour combler cette lacune et les Mauriciens ont intérêt, selon lui, à les soutenir activement.
James Johnson préside, à Londres, un comité inter-partis sur la pêche (NDLR : il serait bon qu?une telle initiative soit prise à Maurice et dans tous les secteurs pour le plus grand bien de la population. Politiciens de tous les partis, unissez-vous !) Il s?estime bien placé pour souligner les avantages que les Mauriciens pourraient retirer d?une exploitation optimale de la zone économique exclusive de 200 milles que les Nations Unies allouent aux pays ayant des débouchés sur la mer. La Grande-Bretagne serait, pense-t-il, prête à aider l?île Maurice en ce sens.
Au cours de son séjour à Maurice, James Johnson fait part au haut-commissaire anglais, M. N.J. Ward, des difficultés rencontrées par de nombreux Mauriciens pour obtenir un visa d?entrée en Grande-Bretagne. Ward lui répond que de 1976 à juin 1979, son haut commissariat a reçu 7 000 demandes de visa dont 94 % ont reçu une réponse favorable.
Le jeudi 13 septembre 1979, James Johnson s?adresse aux Labourites au 7 square Guy-Rozemont, Port Louis. Il estime qu?un mouvement concerté entre l?aile politique et l?aile syndicale est indispensable au développement de tout Parti travailliste (PTr). Un dialogue régulier et approfondi est le meilleur moyen d?assurer cette concertation. L?absence de celle-ci ne peut qu?entraver le bon fonctionnement de tout gouvernement travailliste. Tout conflit entre ces deux ailes peut avoir un effet d?autant plus néfaste que normalement l?aile syndicale doit financer (?) le parti. ? Sans cet appui moral et financier, un parti travailliste peut se désintégrer.?
Il cite en exemple la défaite des travaillistes, à la Chambre des Communes, à la fin de mars 1979 et aux élections générales du 3 mai 1979 qui offrent le pouvoir à Margaret Thatcher, première femme Premier ministre en Europe. ? Cette défaite est le résultat du grave mécontentement des travailleurs anglais n?ayant pas obtenu les augmentations salariales auxquelles ils avaient droit. L?aile politique n?a pu, de ce fait, faire le plein de voix des classes laborieuses.? Depuis 1951, le pourcentage de voix obtenu par le Labour anglais baisse constamment. Cela est d?autant plus sérieux que le droit de vote est accordé aux jeunes de 18 ans. Il ne s?agit pas tant d?avoir des candidats jeunes que de tenir compte des aspirations authentiques de la jeunesse d?un pays. L?aile politique, financée par les syndicats, doit en retour défendre les intérêts des travailleurs. Les promesses électorales ne suffisent pas. Si elles ne se matérialisent pas, les politiciens de gauche échappent difficilement à une réaction abstentionniste ou, pire encore, à un vote-correction. Il attire l?attention sur le danger que représente pour les syndicats travaillistes l?infiltration d?élément trotskistes et communistes.
James Johnson débarque à Maurice le samedi 8 septembre 1979. A la Chambre des Communes, on le désigne, non sans humour, sous le sobriquet de Honorable Member for Mauritius en raison de son acharnement à défendre les intérêts mauriciens.
?Une mission, un exploit?
La cérémonie principale, marquant le jubilé d?argent de Mauritius Times, se déroule, le dimanche 9 septembre 1979, au Gymkhana Club, Port-Louis, au milieu d?un grand concours de ministres, de députés, de diplomates, de commerçants, d?industriels, de financiers, d?écrivains et de journalistes. La presse travailliste de l?époque ne fait mention d?aucune présence de syndicalistes et de représentants de la classe ouvrière. Regrettable lapsus, sans doute.
L?invité d?honneur est, bien sûr, James Johnson. Il adresse à l?équipe rédactionnelle de Mauritius Times les v?ux fraternels du Labour anglais. Il avoue n?avoir jamais rencontré de partisan travailliste ?plus dévoué, plus déterminé que Bickramsingh Ramlallah?. Il souhaite que son parti puisse bénéficier, en Angleterre, de militants de sa trempe.
S?adressant aux autres Mauriciens présents, il souligne qu?ils doivent la paix et l?harmonie existant entre eux à la sagesse et aux qualités de leurs dirigeants politiques. Pas de doute possible : en matière de coexistence pacifique, Maurice est un exemple pour le reste du monde. Il se réjouit que le tourisme parvient à fournir un apport conséquent de devises étrangères, s?ajoutant à celui du sucre.
Sir Seewoosagur Ramgoolam qualifie d?exploit la mission assurée par Mauritius Times de mener le bon combat au nom de la démocratie et d?avoir pu le faire pendant un quart de siècle pratiquement sans aide financière, l?hebdomadaire tenant mordicus à son indépendance rédactionnelle et idéologique.
Sur un plan plus local et moins journalistique, il se plaint que l?opposition sape systématiquement l?économie nationale et pousse le pays vers le chaos. Elle empêche, entre autres, Maurice de devenir le Hong Kong de l?océan Indien. Maurice ne peut échapper à la récession mondiale et les Mauriciens ne peuvent continuer à vivre au-dessus de leurs moyens. Les Finances sont, de ce fait, confrontées à de sérieuses difficultés. La pauvreté sur une grande échelle est certes chose du passé. Beaucoup de progrès ont été réalisés depuis 1968 mais il reste encore beaucoup à faire.
Bickramsingh Ramlallah remercie l?assistance des bons v?ux qu?elle formule à l?occasion du jubilé d?argent de l?hebdomadaire qu?il dirige bénévolement depuis 1954. Mauritius Times continue d?être la voix des sans-voix. Il ne cesse d?influencer l?opinion publique et le cours des événements. Il initie la jeunesse aux principes de base du socialisme par la forme la plus active qui soit : une lecture socialiste de l?actualité et les commentaires appropriés.
Il a toujours prêché l?égalité entre les hommes. Il s?oppose à ceux qui veulent diviser l?humanité en classes sociales hostiles. Il rejette la mentalité voulant que certains naissent pour être dominés et d?autres pour dominer. Il ne cesse de suggérer les innovations qui s?imposent dans les différents secteurs de la bonne administration du pays. Il cite, à cet effet, les nombreuses campagnes en faveur, entre autres, du contrôle des naissances, de la défense des hindous contre les attaques injustes et injustifiées, la campagne contre la représentation proportionnelle, celle contre la corruption, contre le gaspillage des ressources humaines. Il n?a apporté son aide et son soutien qu?au seul PTr car il ne peut avoir pleinement confiance dans les autres partis. ? C?est le seul parti à avoir donné aux pauvres leur dignité.?
Quand le besoin se fait sentir, Mauritius Times n?hésite pas à s?adresser à qui de droit, pour le féliciter, le critiquer ou lui présenter des excuses. La situation politique et sociale change beaucoup. Le pays est confronté aux pires bouleversements. L?ordre et la paix sont menacés. L?indiscipline, la paresse, le gaspillage augmentent de façon exorbitante. La presse a un rôle primordial à jouer. Elle doit faire des critiques constructives, dire la vérité coûte que coûte et faire comprendre aux concitoyens que le pays compte sur leurs efforts pour survivre.
Le 18 septembre 1979, l?express publie une interview de Bickramsingh Ramlallah, sous le titre ?Une vie au service de l?île Maurice. Il le présente comme un sexagénaire, au corps droit et mince, ?un sourire qui éclaire, un enthousiasme convaincant, des convictions qui n?ont que faire d?être savantes car elles viennent du profond de sa nature et, en outre, le don de la courtoisie?. Il a fait partie de la Territorial Force, le régiment mauricien, pendant 40 mois. Il a été instituteur pendant 16 ans. Parallèlement, il dirige une troupe de Seva Samiti qu?on peut assimiler au scoutisme. Drill, exercices physiques y sont obligatoires. La discipline est aussi rigoureuse qu?à l?armée. A tel point que l?autorité colonialiste subodore, à un certain moment, l?existence d?un mouvement paramilitaire.
En 1953, il se rend en congé en Angleterre. Il y rencontre des compatriotes angoissés par les menées subversives de N.M.U. du Cernéen. Que faire ? De retour à Maurice, il confie les appréhensions recueillies à Londres et ils décident alors de fonder un journal. Sous le manguier et l?escalier en colimaçon du 23 rue Bourbon, Port-Louis, 15 jeunes se déclarent promoteurs de Mauritius Times.
Parmi eux se trouvent l?historien Napal, Pierre le pressier, Jugduth le philosophe, Ramloll le débutant. Les correcteurs d?épreuves sont aussi des volontaires bénévoles. La librairie Nalanda accepte d?imprimer le journal. Aux élections de 1959, cinq collaborateurs du journal sont élus. La première polémique, avec La Vie Catholique, prend fin le plus confraternellement possible, une visite du Père Eugène Dethise ayant bien vite dissipé tous les malentendus regrettables. Un des collaborateurs les plus réguliers est Peter Ibbotson. De Londres, il connaît si bien l?actualité mauricienne que, successivement, le Colonial Office, le Commonweath Office et le Foreign Affairs sollicitent ses lumières. Des gouverneurs se font un devoir de le rencontrer avant de prendre l?avion pour Maurice.
Ramlallah parle avec nostalgie des campagnes historiques. Il y a d?abord celle du Admit our Children en faveur de l?éducation primaire obligatoire et de la nécessité de construire une école d?Etat dans chaque localité. L?Indépendance lui fournit les plus belles joies journalistiques de sa carrière. Mauritius Times combat sans cesse le castéisme, le provincialisme, le communalisme. Il combat les hindous qui réclament un quota pour la communauté majoritaire car il prône la méritocratie sans aucune exception. Cela lui vaut d?être accusé d?anti-hindou.
Les manuscrits des débutants ne vont jamais à la poubelle. S?ils sont impubliables, on les corrige, on les remet à leur auteur et on l?invite à refaire sa copie. On crée un M.T. Lending Library pour aider les débutants. Hossanjee Edoo commence sa collaboration alors qu?il est encore en Form III. Dans la foulée, Ramlallah fonde le People?s Vigilance League. Il préside le Hindu Maha Saba pendant six ans. Il fait partie des fondateurs de la MFPA. Il supporte le PTr depuis 1948. Il est resté très proche de la PWU. Il travaille avec Hurryparsad Ramnarain depuis 1944. Il fallait alors mener campagne contre l?alcoolisme. Il a été bousculé par la police à plusieurs reprises et a reçu plusieurs coups de ? bâton la reine?.
Sa spécialité quand il est secrétaire parlementaire au ministère de la Santé : se déguiser en clochard, attendre patiemment son tour dans les interminables files d?attente, subir les affronts, les quolibets des fonctionnaires négligents, paresseux et peu serviables. Il note discrètement sur un calepin tout ce qu?il observe, toute la misère des ti-dimoune devant compter sur l?hôpital pour recevoir des soins médicaux.
Quand, après des heures d?attente et d?observation, arrive enfin le moment de la consultation, il décline son identité et sa fonction officielle au médecin ébahi en lui disant : ?Appelez le directeur de l?hôpital, j?ai quelque chose à lui dire sur la manière dont on traite l?île Maurice souffrante dans son hôpital .?
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