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Dhorasoo, deuxième départ
L'aventure de Vikash Dhorasoo avec l'équipe de France se résume à deux sélections. C'est moins que Péguy Luyindula et autant que Bernard Mendy. Mais Vikash Dhorasoo a trente ans, soit trois de plus que Thierry Henry et Patrick Vieira, champions du monde et d'Europe, 136 sélections à eux deux.
L'ancien Lyonnais ne s'est jamais distingué par sa faculté à tout faire comme les autres. Son retour en équipe de France, après plus de cinq ans d'absence, tel un sage parmi les bizuts, ou un trentenaire inexpérimenté, en est une preuve supplémentaire. Difficile de ne pas penser à lui quand Raymond Domenech déclare que pour affronter Israël au Stade de France, « il vaut mieux privilégier l'expérience sur la forme du moment ».
Dhorasoo n'y voit pas son portrait. Il « arrive là tranquillement », comme un rescapé, car il « sait préparer les matches importants ». Récemment transféré au Milan AC après avoir fait le tour de la Ligue 1, il s'était fait une raison. « L'équipe de France, je croyais que c'était fini pour moi ».
Avant l'Euro, qu'il a suivi comme un vacancier, il assurait même n'en avoir « plus rien à foutre », avec ces mots crus qui caractérisent les ruptures difficiles.
Dhorasoo n'a plus revêtu le maillot bleu, qui était d'ailleurs blanc ce soir-là, depuis le très pénible France-Andorre remporté à l'arraché à Barcelone, 1-0, le 9 juin 1999. Titulaire pour la première et seule fois de sa carrière, en position de milieu gauche, il avait laissé sa place à Pirès à l'heure de jeu après un match qui n'avait « pas été une réussite », selon L'Equipe. Le quotidien l'avait noté d'un 4.
Alors, les présélections se sont raréfiées pour finalement disparaître, sous Lemerre comme sous Santini, son ancien entraîneur à Lyon avec qui il ne s'est jamais vraiment compris. « Je ne pense pas qu'on pouvait simplement me juger sur l'Andorre », estime Dhorasoo. « J'espérais revenir, mais ça n'a pas été le cas, et je n'ai pas à chercher à le comprendre. Je n'ai pas l'impression d'avoir été boycotté, je ne suis pas parano ».
Une légende fondée veut que les cadres aient peu apprécié quelques petits ponts réussis à leurs dépens à l'entraînement. Le nom de Leboeuf est souvent cité. « Je ne m'en souviens pas » dit-il en éclatant de rire. « Ces sélections restent un bon souvenir. J'arrivais juste après le titre de champion du monde. Je devenais international à vie dans ce contexte-là. »
Après le raté andorran, Dhorasoo a entamé l'oeuvre qui lui vaut aujourd'hui de retrouver la sélection A : deux saisons pleines à Lyon, ponctuées par deux titres de champions de France. « Je n'ai pas été choisi sur mes performances du moment puisque le Championnat italien n'a pas repris », fait-il relever. « C'est ce que j'ai fait auparavant qui a conduit le sélectionneur à me prendre. »
C'est surtout après son prêt à Bordeaux, début 2002, que l'ex-Havrais a explosé au coeur de l'équipe de Paul Le Guen. Replacé milieu défensif, il a retourné le public de Gerland dont il est devenu le chouchou, s'est imposé comme le meilleur joueur du Championnat selon la presse spécialisée, tapé dans l'oeil à chaque sortie. « L'évolution de ma carrière n'a jamais été liée à l'équipe de France. Je ne l'ai jamais gérée en fonction, défend-il. Il y a six mois, j'étais en fin de contrat à Lyon, mon avenir était incertain. Finalement, avec ce départ à Milan et ce retour en équipe de France, elle continue en boulet de canon ». Ce transfert chez l'un des plus grands clubs d'Europe, Dhorasoo l'a vécu comme la récompense internationale que lui refusait la sélection. « Oui, c'était fort pour moi. »
Domenech reconnaît que son transfert chez les Rossoneri a aussi pesé dans son regard. « En général, je fais confiance aux Italiens », indique le sélectionneur. « Quand on va à Milan à son âge, c'est qu'il y a quelque chose. Et je suis sûr qu'il a envie. »
Il apprécie sa polyvalence. « Dhorasoo a l'avantage d'être un milieu défensif très offensif », décrit Domenech. « Les milieux défensifs sont maintenant les premiers relanceurs. » Avec son bagage d'ancien meneur de jeu, Dhorasoo s'inscrit, tel un Juninho, un Beckham, dans le registre des récupérateurs modernes à la passe chirurgicale. « J'aime bien ce rôle assez reculé, qui me permet de porter le ballon. Mais peu importe finalement. Au départ, j'ai envie de jouer ».
Au sein du milieu en losange milanais, Dhorasoo a débuté « les trois quarts des matches amicaux », le plus souvent au poste de milieu excentré, à droite ou à gauche. Le même qu'il occupait lors de son dernier match dirigé par Domenech, aux Jeux d'Atlanta en 1996. « Je jouais toujours, à différents postes », dit-il pour résumer sa première collaboration avec le sélectionneur.
Séduit par la mentalité italienne qui ne regarde pas l'âge mais le niveau, l'ancien Lyonnais « espère » vivre encore quelques saisons entre l'équipe de France et un Milan AC qui « prépare déjà la Ligue des champions pour la gagner ».
Il ne compte pas les années qui lui restent. « De toute façon, j'aime la compétition, j'aime le haut niveau, je souhaite continuer le plus longtemps possible. J'ai préparé une saison avec, devant moi, l'équipe de France , et l'objectif de gagner la C1 et le Championnat en club. Ça n'avait jamais été le cas ». Bref, à trente ans, Dhorasoo est jeune. La preuve : il a deux sélections.
Cédric ROUQUETTE L?Equipe
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