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Suivre L?humain au quotidien

3 septembre 2004, 20:00

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Son discours est truffé de termes techniques tels que collaborateur ou structure (comprenez employé et entreprise). Mais que l?on ne s?y trompe pas : Diane Fayolle, 28 ans, a le contact facile. Une résultante de sa formation professionnelle ? la psychologie du travail ? mais sans doute aussi de sa nature profonde. Elle le reconnaît volontiers. « J?ai toujours voulu m?occuper des autres, les faire avancer et progresser. » Une inclinaison qui tient sans doute à son statut d?aînée des quatre enfants de Jean-Noël Fayolle, chef d?usine sur la sucrerie de Mon Loisir.

C?est d?ailleurs dans l?environnement douillet de cette sucrerie que Diane grandit. Lors d?un entretien avec le conseiller d?orientation du Lycée Labourdonnais à Curepipe, où elle termine ses études, elle avoue se sentir attirée par la psychologie. C?est sans anicroche que Diane réussit le concours d?entrée à l?université de Lille et s?adapte à cette ville française connue pour son climat pluvieux et rude mais pour la chaleur de ses habitants.

Dès le début des cours, la jeune fille ne regrette pas son choix. Ainsi, pendant les quatre premières années de cours menant à la maîtrise, elle étudie la psychologie générale. Et au lieu d?une option, elle en choisit deux : la psychologie du travail qui consiste à « recruter un collaborateur pour un poste précis, le comprendre et essayer de le faire évoluer et s?épanouir au sein de la structure », et la pathologie clinique. « Je savais que je ne voulais pas travailler en pathologie clinique car je n?avais pas la maturité voulue. Je n?avais que 22 ans. Mais je voulais tout de même me familiariser à la spécialité ».

Ses stages en pathologie clinique et en entreprise la confirment dans son choix de s?orienter vers la psychologie du travail. Une fois sa maîtrise obtenue, elle passe l?étape du diplôme d?études supérieures spécialisées (DESS) en psychologie du travail. Le cours comprend non seulement les aspects psychologiques mais aussi une composante importante de gestion des ressources humaines propre à la formation des directeurs des ressources humaines (DRH). « Ce cours était complet, avec toute une partie de gestion de personnel, de droit du travail, de gestion des syndicats, de comptabilité, etc. C?est passionnant car cela permet au psychologue du travail de cumuler aussi la fonction de DRH. »

L?entreprise dans laquelle Diane fait son stage de fin d?études est un cabinet de recrutement nommé OPTEAMAN, ce qui signifie optimiser les équipes et les hommes. Une fois son DESS réussi, ledit cabinet lui propose un emploi de consultante en recrutement. Offre qu?elle accepte. Elle demeure au service de cette entreprise pendant un an et demi et démissionne quand la composante commerciale l?accapare trop. « L?aspect commercial était trop fort par rapport à mon âge et cela me pesait. »

<B> FEMME DE TERRAIN </B>

Diane Fayolle ne met pas longtemps à trouver un autre emploi au sein du groupe européen Alten, société d?ingénierie employant 4 000 personnes. Elle a pour responsabilité de recruter des ingénieurs dans des secteurs aussi divers que l?automobile, l?informatique, l?aéronautique ou les communications et les placer pour des durées déterminées dans des structures. Quand elle se joint à la branche lilloise d?Alten, celle-ci emploie 30 personnes. Pour mieux appréhender sa fonction, elle descend pendant plusieurs mois sur le terrain avec les ingénieurs.

« L?important pour moi était de proposer des candidats valables aux clients et de faire baisser les démissions. Dans des structures de ce type, les démissions sont nombreuses car ce sont des postes durs. Les ingénieurs sont des gens mobiles qui passent six mois dans un emploi, six mois dans un autre et leur moyenne d?âge est de 25 à 30 ans. Autant dire que ce sont des personnes qui n?ont pas de familles, d?où les démissions. »

Quand Diane quitte ce groupe deux ans plus tard, le personnel de l?agence lilloise se monte à une centaine. « J?étais arrivée à la limite de mon poste. De plus, la partie administration était devenue trop forte. De 2 000 curriculum vitae reçus à mon arrivée, ce nombre était passé à 5 000. Je ne m?amusais plus. » Un obstacle en soi pour la jeune femme, pour qui le plaisir du travail bien fait compte énormément. « Quand une personne est contente d?aller travailler, elle est plus productive que celle qui traîne les pieds. »

Peu après, elle fait son entrée chez Leroy Merlin, groupe de bricolage faisant partie du groupe Mulliez, un géant de la grande distribution en France. Elle est affectée à la structure Bricoman qui fait du discount sur le bricolage et est responsable des ressources humaines de la région sud de la France. Cela présuppose le recrutement des comités de direction et la gestion des carrières de près de 300 personnes réparties dans six villes.

Pour mener à bien ses nouvelles responsabilités, Diane est en déplacement quatre jours sur sept. Mais même si elle passe la moitié de son emploi du temps en avion et à l?hôtel, la jeune femme est passionnée par les gens qu?elle côtoie. « Pendant les six premières semaines, j?ai travaillé sur le terrain en magasin, ouvrant les caisses, faisant de la vente. J?étais en interaction constante avec les commerciaux. C?est une population que je ne connaissais pas car jusque-là, j?avais eu affaire à des personnes hyper qualifiées alors que là, une bonne partie n?avait que le baccalauréat. Avec eux, j?ai eu une vision différente des choses. »

La plus grande satisfaction qu?un psychologue du travail puisse avoir, selon Diane, est de recruter un collaborateur fiable. « Et quand au bout d?un an, on voit qu?on a fait le bon choix et qu?on réussit à faire le collaborateur avancer et passer à un autre type de poste, on est heureux. »

Il y a deux reproches généralement faits aux DRH. Ils sont souvent trop éloignés des réalités des collaborateurs. C?est la chose à ne pas faire selon Diane. « Un DRH ne doit pas rester dans sa tour d?ivoire pour ne pas être en déphasage avec la réalité du collaborateur. Il doit passer à l?étape terrain, connaître les différences sur les postes, les contraintes, le stress ressenti par les collaborateurs. Etre à côté d?eux est le meilleur moyen de se familiariser à tout cela. »

De plus, les DRH ont tendance à se positionner davantage du côté de la direction générale que de celui des collaborateurs. «Le DRH doit trouver un équilibre entre la direction générale et le collaborateur. C?est sûr qu?il doit tenir compte des contraintes économiques de l?entreprise mais il a tout intérêt à faire grandir le collaborateur. »

Diane qui a eu l?occasion de voir le fonctionnement de plusieurs entreprises locales durant ses nombreux séjours au pays estime qu?à Maurice, les DRH font davantage de la gestion du personnel et de l?administration que la gestion de la carrière des collaborateurs. « Ici, il me semble qu?on est trop centré sur la productivité et qu?on ne fait pas assez grandir le collaborateur. On se contente de le gérer au quotidien. Je crois aussi que beaucoup de dirigeants de structures à Maurice ne sont pas prêts à faire grandir l?humain. Ils veulent surtout gagner plus d?argent et continuer à rendre la structure rentable, sans penser que l?humain y est pour quelque chose. Ils oublient que pour être plus rentable, il faut travailler avec l?humain au quotidien. C?est faire un mauvais calcul. »

<B> L?EXPERIENCE MAURICIENNE </B>

Diane, qui est à Maurice depuis un mois et demi, avoue avoir été surprise par le nombre important de licenciements lors de fermetures d?usines. Si elle considère que les licenciements sont parfois inévitables, elle estime que ce n?est pas au psychologue du travail ou au DRH de remercier les collaborateurs mais au manager de le faire.

« Ce n?est pas au DRH de faire le sale boulot mais le manager qui travaille directement et quotidiennement avec le collaborateur. Le DRH doit, lui, avoir un rôle de franchise avec le collaborateur et ensuite l?accompagner, c?est-à-dire faire un bilan de ses compétences et définir les postes et les secteurs vers lesquels il peut se diriger. C?est ce que font les cabinets de replacements en France. Je crois qu?avant tout, il faut être reconnaissant envers les collaborateurs avec qui on a travaillé et ne pas les lâcher à la rue du jour au lendemain. »

Lassée par ses incessants trajets dans le sud de la France pour le compte de Bricoman, Diane serait intéressée à travailler à Maurice. Elle a d?ailleurs eu une proposition en ce sens et y réfléchit sérieusement. « J?aimerai tenter l?expérience mauricienne. Mais pour cela, il me faut une structure dynamique avec des défis à relever et qui respecte les valeurs humaines. Dessus je ne transige pas. Les postes trop administratifs où il n?y a pas grand-chose à mettre en place ne m?intéressent pas.» Pourvu qu?elle trouve chaussure à son pied?

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