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Sectes
Elles promettent à leurs adeptes de sauver leur âme. Elles le font parfois d?une manière violente. Avec le drame de St-Paul, dont les victimes auraient été des adeptes de l?organisation Eckankar, refont surface les vieux démons qui planent sur les sectes. Sont-elles dangereuses ?
Aux obscurs groupements que sont les sectes, on associe toutes sortes de pouvoirs maléfiques. L?affaire Eckankar contribue encore à noircir leur image. Faut-il réellement les craindre, voire les placer sous surveillance, comme l?ont fait d?autres pays ?
Quand on sait que le christianisme et le bouddhisme ont été des sectes à l?origine, on hésite à conclure que la secte est une mauvaise chose en soi. A juste raison. Le mot, en effet, veut simplement dire « ce qui est séparé » des pratiques dominantes en l?occurrence. Le christianisme est né d?une scission avec le judaïsme, et le bouddhisme, d?une rupture avec l?hindouisme. Ces mouvements se développent généralement autour d?un leader charismatique.
A voir, en fait, quel type d?adeptes les sectes parviennent à attirer, on réfléchit à deux fois avant de les étiqueter comme des illuminés. Le gourou de la secte Aoum Vérité Suprême, Shoko Ashahara, condamné à mort après l?attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo, comptait parmi ses adeptes de nombreux diplômés des universités les plus prestigieuses du Japon. Dans une grande demeure au centre de Quatre-Bornes défilent régulièrement des personnes jouissant d?une influence certaine dans le monde de la politique, des affaires, du barreau et de la médecine notamment, de toutes les communautés et classes sociales du pays. Ce sont là les « fidèles » d?une secte d?inspiration hindouiste.
LES ADEPTES PERDENT TOUTE LIBERTÉ
Mais la caractérisque de la secte qui peut la rendre dangereuse est le fait qu?elle se développe autour d?un leader charismatique. Et le leader dont le pouvoir sur les fidèles s?accroît, n?est pas toujours celui qu?on croit. Il peut se mettre à utiliser ce pouvoir. Et contrôler ses fidèles. Et c?est là que tout bascule, la secte devenant dangereuse. Ce seuil qu?il ne faut pas franchir, le père Patrick Fabien en donne une bonne illustration. « Le christianisme est effectivement né d?une scission. Mais il n?y a pas eu de soumission, de dépendance vis-à-vis du leader charismatique. Les fidèles gardaient leur liberté. »
C?est quand il n?y a plus de liberté que surviennent les dérapages. Ils ont pour nom suicide ésotérique, charlatanisme, attentat, assassinat et ils sont dictés par les élucubrations d?un seul chef charismatique qui a pris à ses adeptes leur sens critique. Et la dépendance vis-à-vis du chef et entre les membres de la secte devient telle que le tout débouche sur une fusion. Une fusion qu?on ne retrouve pas dans les religions dominantes.
UNE MERE QUI TUE SON ENFANT
L?emprise des sectes ne relève pas du hasard. Leurs chefs sèment délibérément leur message parmi les faibles, les désemparés, un terrain plus réceptif. « La plupart d?entre elles recrutent leurs membres parmi les gens désemparés ou désespérés ? souvent après la mort d?un être aimé, de séparations, d?échecs retentissants, explique le sociologue Om Varma. Un appui psychologique est alors offert et la personne devient dépendante du groupe. »
Mais la stratégie ne s?arrête pas là. Le processus de séparation est ensuite enclenché. L?adepte est séparé de ses proches, de ses amis, prend ses distances d?eux jusqu?à ce qu?ils le perdent. « La perception que l?adepte a perdu toute sa liberté et ses facultés de réflexion et son esprit critique provoque alors des levées de boucliers », explique le sociologue. Quand ce n?est pas plus grave?
L?histoire est marquée de drames : en octobre 1994, suicide collectif de 72 membres de la secte Temple Solaire en Suisse et l?année suivante en France, dans le Vercors, ou encore l?attentat perpétré par le groupe Aoum en mars 1995 dans le métro de Tokyo, qui devait faire 12 morts et intoxiquer 5 500 personnes. Maurice n?a pas été épargnée par la folie ésotérique : en octobre dernier, à Plaisance (Rose-Hill), une maman, adepte d?une secte, devait tuer son enfant malade. P.K.A., ex-membre de la secte, s?était confié à l?époque à l?express et maintient aujourd?hui ses affirmations. Il parle de séances d?hypnotisme qui rendent les incrédules croyants, mais qui peuvent aussi mener au bord de la folie.
Parfois, ce sont des individus qui récupèrent une philosophie et qui la pervertissent en l?adaptant à leurs propres croyances. C?est ce qui pourrait avoir été le cas dans le drame de St-Paul. Jean Maunick, fidèle d?Eckankar, ne conçoit pas que cette association puisse avoir quelque chose à voir avec cette affaire, car rien dans la pensée que prône ce courant ne ressemble de près ou de loin à une promotion des valeurs du suicide, estime-t-il. « Ce groupe de gens a pu faire partie de notre groupe pour aller ensuite constituer un groupe parallèle. Eckankar n?a rien à faire avec le suicide collectif. Et nos comptes sont ouverts à tous ceux qui veulent savoir combien d?argent nous avons. Je marche toujours la tête haute », dit-il.
Selon un responsable au Registrar of Associations, il n?y a en effet rien de suspect ou d?irrégulier dans le dossier d?Eckankar. Cela dit, cet organisme ne contrôle que ce que la loi permet de contrôler, notamment la tenue des assemblées générales annuelles et la soumission des comptes audités des associations enregistrées. Et parmi les 6 000 associations religieuses, de parents d?enseignants et autres ONG, il n?y a rien qui permette d?identifier un organisme comme ayant des idées menaçantes. « Si une association qui dit dans son statut qu?elle a pour but d?enseigner la méditation et qu?elle prêche par la suite le suicide ésotérique, je n?en saurai rien, avoue ce responsable. Même si un des membres venait me le rapporter, je ne pourrais encore rien faire de plus que de demander à ce membre de faire convoquer une assemblée générale pour discuter de la chose et remettre l?association sur la voie originale en changeant de dirigeant et de comité exécutif. » Peut-il en être autrement ?
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