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Pourquoi pas les hommes?
Je me réfère à un article paru le 28 août 2004 dans l?express-samedi, intitulé Moeurs ? un réseau de prostitution démantelé à Flic-en-Flac. Je m?exprime en tant que femme d?abord et aussi avocate et experte siégeant sur le CEDAW Comité de l?ONU, sur l?élimination de toutes les formes de discrimination à l?égard des femmes.
Je suis profondément attristée de noter la publication des photos des quatre femmes ainsi que leurs nom, âge et adresse alors que l?identité des hommes, les ?clients? qui se trouvaient dans le même campement au morcellement Safeland, est bien protégée.
Je reconnais que le journaliste, auteur de l?article, a agi complètement dans le cadre juridique en publiant les photos et en donnant les détails sur les femmes interpellées.
Néanmoins, je me permets de vous demander l?hospitalité de vos pages pour la publication de ma lettre car j?ai un profond respect pour vous et je reconnais le combat que vous menez concernant le traitement de l?image des femmes dans les médias. Vous êtes parmi les premiers au sein du Media Trust à vous engager dans la sensibilisation des médias, à former les journalistes et à promouvoir le respect d?égalité des droits entre les femmes et les hommes. Vous avez toujours été ponctuel à condamner toute notion de ?sexisme? et à exhorter les médias à assumer leur mission normative en matière de respect de la dignité humaine et de réalisation de l?égalité des droits.
Je considère que l?article qui est l?objet de mes commentaires a franchi la ligne jaune en dépassant la frontière de la dignité humaine.
Seules les femmes prostituées sont ciblées. Elles sont tenues pour uniques responsables de la prostitution, oubliant que la prostitution est organisée par les proxénètes et qu?elle n?existe que par la demande des clients. L?article établit clairement et à tort que l?homme a le droit de faire valoir sa sexualité comme il l?entend? c?est-à-dire, par la prostitution réduisant des êtres humains à des morceaux de viande. Le client achète ou loue le corps des personnes prostituées en toute impunité.
Ces trois femmes interpellées sont faibles; elles sont des victimes, victimes des proxénètes exploitant leur misère et des manipulateurs sordides et sans scrupules qui sont les clients. La prostitution est la plus douloureuse et la plus extrême de toutes les formes d?exclusion sociale dont sont victimes les femmes. C?est ce respect de l?être humain, et en particulier le respect de son corps, qui est ignoré et bafoué par la prostitution. La prostitution est toujours le résultat de la rencontre entre la misère et l?exploitation? misère des personnes prostituées, exploitation de la misère par les proxénètes et les clients.
La prostitution est une violence : elle détruit les personnes qui la pratiquent. Le client participe directement à cette destruction. Sans client, pas de prostitution. Si le client n?existait pas, la prostitution ne pourrait pas exister.
Tout en croyant profondément dans la liberté des médias et le droit de la liberté d?expression et d?information qui sont intrinsèquement liés au droit de savoir des citoyens, je vous exhorte, Monsieur le rédacteur en chef, à nous aider à combattre les stéréotypes sexistes dans le contenu, les images et le langage des médias afin que ce secteur renonce effectivement et complètement à dévaloriser la femme en tant qu?objet sexuel de l?homme.
La presse a le devoir de nous aider à l?extinction de cet esclavage qu?est la prostitution, à nous soutenir dans nos revendications pour des mesures de protection plus adéquates pour des personnes prostituées ainsi que l?introduction d?une loi pour pénaliser les clients. Il est grand temps qu?on revoie les lois sur la prostitution qui sont à ce jour très contradictoires. Le proxénète a bien le droit de se demander pourquoi il n?a pas le droit d?organiser l?achat ou la location du corps d?être humains alors qu?on accorde au client ce droit d?achat ou de location. Tant que l?achat ou la location du corps d?un être humain n?est pas pénalisé par la loi à l?île Maurice, la société continuera à envoyer un signal de tolérance honteuse vis-à-vis de la prostitution.
Pramila PATTEN experte du CEDAW
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