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Quand les braqueurs profitent de notre imprudence

21 août 2004, 20:00

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Il ne faut pas être tellement malin pour faire un braquage à Maurice. Il suffit d’observer les déplacements des commerçants, pour savoir quand ils transportent leurs recettes. Souvent, ils se rendent à la banque à des heures précises, avec leur argent placé au fond d’un sac ou dans une mallette. Ce sont ces mouvements routiniers qui ont sans doute récemment excité la convoitise des braqueurs de Premanand Babajee.

Propriétaire d’une station-service Shell à Paillotte, il s’est fait attaquer lundi matin alors qu’il partait, à pied, déposer ses recettes du week-end à la banque située à quelques centaines de mètres, à Candos. Deux hommes à moto l’ont menacé avec un couteau pour le délester de sa tente en raphia qui contenait plus de Rs 400 000 en argent liquide et en chèques.

Surveillé leur victime pendant dix jours

Cet ancien barman de l’hôtel La Pirogue a bien tenté de résister, mais il n’était pas de taille face aux deux malfrats qui l’ont projeté à terre. Des témoins ont assisté à la scène… mais personne n’a daigné lui porter secours !

Dans la lutte, environ Rs 30 000 se sont éparpillées sur la chaussée. Les bandits ne savaient toutefois que faire de ces miettes et ils ont pris la fuite en direction de Quatre-Bornes. « Kapav bann la ti kone, paret enn zafer planifie. Bann la inn vinn derier mwa ek zot kask integral », confie la victime.

Sa station-service était ouverte depuis six mois et il ne s’attendait vraiment pas à une attaque à main armée. D’habitude, il va déposer ses recettes à la Mauritius Commercial Bank de Candos, accompagné d’un partenaire en affaires et à bord du véhicule de ce dernier. Mais, lundi, la voiture n’étant pas disponible, Premanand a dû faire le déplacement à pied.

Le 21 octobre 2003, Roger How Hong, 58 ans, propriétaire du supermarché How Hong à Curepipe, est agressé au sabre en pleine journée par trois hommes, alors qu’il vient déposer Rs 400 000 à la State Bank de la localité.

Arrêtés par la suite, les truands expliquent comment ils ont monté le coup. Ils ont d’abord surveillé le commerçant pendant dix jours et ont noté qu’il venait à la banque seul, quotidiennement et toujours à la même heure.

Le 23 août 2002, l’ex-député Radha Gungoosing a beaucoup moins de chance. Il est sauvagement assassiné par un jeune planteur qui lui dérobe les Rs 600 000 en liquide qu’il transporte. En tant que courtier agricole, chaque vendredi, durant la période de coupe, il distribue leur dû aux planteurs de canne de la région. Le meurtrier, Maheshwar Gopaulsing, l’attend sur la route de Rivière-des-Créoles qui mène à Sébastopol. Il fait du stop et lui demande un «lift». Le courtier ne flaire pas le danger. Il connaît bien ce jeune homme de Sébastopol.

« Les commerçants doivent être moins négligents lorsqu’ils se déplacent avec de l’argent. L’appât du gain attire toute la racaille », commente un haut responsable de la police. Les imprudents s’exposent à tous les dangers en se déplaçant ainsi, concède également Bala Yerriah, directeur de Caudan Security Services et ancien chef inspecteur dans la police.

Au sujet de l’attaque de Premanand Babajee, la brigade criminelle de Quatre-Bornes explique que si le gérant de la station-service « avait réclamé l’aide de la police, il aurait bénéficié d’une escorte gratuite ». Il existe aussi un service de convoyage de fonds assuré par des firmes privées de gardiennage. Securicor, par exemple, dispose de véhicules blindés et de gardes armés. Un minimum de vigilance doit être de mise lors des transports de fonds, souligne Mike Phanjoo, directeur des ressources humaines.

« Les personnes ciblées sont surtout celles qui ne respectent pas les mesures de sécurité adéquates. La sécurité et l’assurance sont deux choses auxquelles malheureusement beaucoup de Mauriciens n’accordent pas beaucoup d’importance », déplore ce professionnel. Premanand Babajee y réfléchira deux fois avant de se rendre à la banque. Ce genre d’imprudence aurait pu en effet le forcer à mettre la clé sous la porte. C’est un peu comme s’il l’avait laissée, sous le paillasson...

Vel Moonien et Diren Valayden

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