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« Soit on se transforme, soit on disparaît »

21 août 2004, 20:00

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Cinq supermarchés qui quittent un regroupement pour en créer un autre. N?est-ce pas là passer d?un cartel à un autre ?

Le terme de cartel n?est pas juste. Il traduit surtout une idée de regroupement pour faire monter les prix. Or nous, nous nous associons au contraire pour faire baisser les prix. C?est tout le contraire d?un cartel, puisque les consommateurs en sortiront gagnants.

Pas seulement les consommateurs, vous non plus ne serez pas perdants?

C?est vrai que London, Tangs, Central, Sik Yuen et les autres sont davantage des entreprises familiales. Or sous l?enseigne Spar, cet aspect était dilué. Quand on est une Corporate Operated Enterprise, on est réduit à un numéro. Or, nous voulons retrouver cette identité, celle d?une entreprise familiale proche de ses clients.

Mais l?enseigne « Spar » n?a pas été que négative ?

On a eu une bonne relation avec Spar depuis trois ans. On a bénéficié de leur expertise dans la grande distribution. D?ailleurs on s?est séparé à l?amiable.

Pourquoi « Way » alors ?

En fait, Way, c?est pour indiquer le chemin qu?il nous fallait prendre, pour nous adapter au contexte d?aujourd?hui. On s?associe pour être plus fort, pour réduire les coûts, pour ne pas perdre de l?argent.

London ouvre une grande surface à Mahébourg. Est-ce une preuve que la grande distribution connaît une bonne croissance ?

Non, comme l?économie en général, le secteur connaît une morosité certaine. Il y a des pertes chez Somags, chez Shoprite et d?autres enseignes encore. En fait, on passe dans une phase de restructuration obligatoire. On est obligé de se transformer, et ce pour avoir un meilleur contrôle des coûts et une vitesse accrue dans la prise de décision.

Mais comment transforme-t-on des entreprises familiales qui ont de vieilles habitudes ?

Il faut d?abord qu?il y ait ce désir de se développer. Ce progrès structurel, pour s?adapter à un nouveau contexte, doit venir de l?entrepreneur lui-même. Je prends l?exemple de ma grand-mère, fille d?immigrants chinois. En 1949, elle avait sa petite boutique à Vacoas. Et petit à petit elle a transformé son commerce, en insistant sur un service de proximité, presque personnalisé. Elle connaissait ses clients, et ces derniers la connaissaient. La transformation de son entreprise ne s?est jamais faite au détriment des clients. Aujourd?hui, nos supermarchés veulent retrouver cette approche familiale d?autrefois.

Mais chaque famille a ses propres habitudes. Comment concilier tout cela au sein d?un seul groupe ?

Il est vrai que chacun a son approche, mais on se ressemble davantage qu?on ne se différencie. Ce qui nous rassemble, c?est ce désir de perpétuer une tradition ancienne, avec des outils de gestion nouveaux. Notre conseil d?administration sera constitué d?un représentant de chaque entreprise familiale, avec des règles bien établies. Le président du board sera élu. En fait, Alain Tang Wai, Jean-Marc Sik Yuen, Jean-Marie Chan, Ignace Lam, ma s?ur Marie-Noëlle Kan Wah et moi-même, nous représentons cette nouvelle génération qui a fait des études à l?étranger pour moderniser et pérenniser le business familial.

Et comment se porte le business ?

Il y a une érosion manifeste du pouvoir d?achat depuis ces dernières années. C?est pour cela que la transformation, j?insiste sur ce terme, est obligatoire pour rester compétitif dans cet environnement.

Vous êtes un ancien lauréat et vous avez étudié à la London School of Economics. Quelle est votre analyse de la situation économique ?

La morosité s?est installée. Et on commence de plus en plus à réaliser que rien aujourd?hui n?est acquis. Il faut perpétuellement se remettre en question. Le sucre et la zone franche l?apprennent à leurs dépens. Le contexte et la situation s?aggravent pour Maurice. Ce sera adapt or perish.

Que faut-il faire pour survivre ?

Il faut se remettre à niveau perpétuellement. On ne peut plus rester les bras croisés à attendre. Ce temps est révolu. Tout est en mutation aujourd?hui.

L?avenir s?annonce sombre. Et vous, comment le voyez-vous ?

Il faudrait beaucoup de coopération, de compréhension, de part et d?autre. Gouvernement, secteur privé, syndicats, tout le monde doit se serrer les coudes.

Il ne faut pas avoir peur du changement, car c?est là que réside notre salut. Certains, comme le groupe CMT dans le textile, l?ont compris et s?en tirent pas mal. Disons qu?on ne peut se payer le luxe d?être outdated. Il faut s?organiser, c?est ce que nous faisons chez Way.

Mais pour vous, le contexte est différent, vu que vous ciblez un marché domestique?

Certes notre marché est intérieur, mais la menace est similaire. Et tout récemment nous avons eu l?implantation, dans le marché de la grande distribution, de deux groupes internationaux?

Et vous avez rejoint l?un d?eux?

Oui, c?est vrai. Mais c?était une façon de s?adapter. En rompant aujourd?hui ce partenariat, c?est encore une autre adaptation?

Vous êtes jeune, vous avez des idées nouvelles, pourquoi la politique ne vous intéresse-t-elle pas ?

Tout le monde ne peut pas être politicien. Moi, je n?ai pas ce désir. J?estime qu?on n?a pas besoin d?en être un pour servir son pays. J?ai choisi de revenir à Maurice après mes études pour les affaires familiales, mais aussi parce que j?aime mon pays.

J?en conclus que la chose politique ne vous branche pas?

Je suis avec intérêt les déclarations de nos dirigeants politiques. Mais ils ne m?ont pas transmis l?envie de les rejoindre.

Et qu?avez-vous à leur proposer ?

Certaines idées émises récemment sont bonnes. La cybercité sera bénéfique. C?est un créneau d?avenir, à condition qu?on joue le jeu, et pas seulement au niveau des discours. Les différents hubs annoncés sont à exploiter; s?ils vont marcher, ça c?est autre chose. Il faut explorer d?autres créneaux, ne pas se contenter de rester sur nos acquis. La prise de décisions doit être accélérée. Par exemple, on veut des investisseurs, mais dans la pratique, la tâche de l?investisseur est très ardue, voire décourageante. L?administration est toujours lourde. Pour ouvrir notre supermarché à Mahébourg, par exemple, cela a été un vrai parcours du combattant. Or on ne peut plus se permettre cela. Le monde change. Nous avons à changer aussi, qu?on le veuille ou non?

« Ce qui nous rassemble, c?est ce désir de perpétuer une tradition ancienne avec des outils nouveaux »

« Je suis avec intérêt les déclarations de nos dirigeants. Mais ils ne m?ont pas transmis l?envie de les rejoindre »

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