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Leurs jeux à eux?

21 août 2004, 20:00

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Ce vendredi, à Quatre-Bornes et à Vacoas, nos politiciens s?échinaient, devant leurs quelques supporteurs, pour vilipender, diviser. Ce même jour, à Athènes, Eric Milazar s?élançait sous les yeux d?un public qui retenait son souffle, pour arracher sa qualification, pour notre quadricolore.

La population, rassemblée devant les écrans de rêve télévisé, est saturée d?entendre les sempiternels politiques, qui pitoyablement se donnent en spectacle sur des camions, exploitant la dure ? et maussade ? conjoncture économique pour scorer des points, pour battre l?adversaire.

Hier encore, nos politiciens l?ont dit : ils ont les yeux rivés sur la ligne d?arrivée de 2005. Gouvernement et opposition semblent avoir, d?un commun accord, déclaré leurs jeux olympiques ouverts. Au lieu de former, en bons patriotes, une équipe Maurice pour affronter les dangers économiques, ils ont choisi d?allumer la flamme de leurs jeux, qui divise pour mieux accaparer le pouvoir.

2001 à Edmonton : Maurice découvre Eric Milazar et Stéphan Buckland côtoyant l?élite de l?athlétisme planétaire. Leurs performances, remarquables, dans un spectacle mondialement télédiffusé, chavirent le pays de bonheur. A leur retour, tout Maurice est dans la rue. Deux ans plus tard, les Jeux des îles offrent une autre extase nationale. Au terme d?une palpitante finale de football, le Club M rafle l?or à la Réunion.

Mais comme prévu, le déchaînement patriotique s?effrite au fil de l?actualité. Le « mood » redevient terne à cause des problèmes économiques (fermetures d?usine, licenciements, hausse des prix), des affaires policières et juridiques (la bande à Deelchand, les dessous de la « Sale by Levy », crimes non-élucidés et plus récemment l?explosion de Grand-Baie).

Mais les politiques, en raison de leur jeu et leurs discours, y sont pour beaucoup. Au lendemain des Jeux des îles, le sociologue Malenn Oodiah nous exprime sa crainte : « La politique viendra dilapider notre capital d?unité (?) elle restera le vecteur de la division. » Une crainte avérée. Il aura suffi de la partielle de Piton-Rivière-du-Rempart pour casser l?élan d?unité nationale. Et depuis des manifestations sectaires, organisées par des groupuscules, fleurissent, avec la bénédiction de politiciens.

Face à cela, Eric et Stéphan, devenus des icônes, réconcilient, à leur façon, la nation avec elle-même. Mais cela ne dure que le temps d?une course : des secondes et des centièmes. Peu importe, ils prouvent à tous nos pseudo-rassembleurs que le sport est fondamentalement neutre, apolitique, au-dessus des querelles partisanes. Les images d?Athènes nous montrent que le sport revêt toutes les couleurs de l?humanité, combat le communalisme et fait reculer les préjugés sociaux.

Depuis Edmonton, Eric et Stéphan font partie de ces « happy few » qui se donnent rendez-vous autour du globe pour démontrer cela. D?aucuns estiment, parfois à juste titre, que le sport d?aujourd?hui n?est plus celui d?antan, que les stars sont davantage des vecteurs de la mondialisation (marketing, médias, finance), qui provoque de plus en plus des effets délétères de la compétition. On s?éloigne de l?idéal olympique prêché par de Coubertin.

Mais à Maurice, ce qui nous importe, ce sont ces secondes de pur bonheur que nous procurent Eric et Stéphane. Cette vague de patriotisme que leurs foulées soulèvent. Nos politiciens eux, sur leurs camions, tenteront ? certains les ont déjà approchés ? de les récupérer. A travers leurs savantes grilles de la realpolitik, ces champions de la division les caseraient dans des circonscriptions bien précises, dans des « ghettos ethniques ». Eric et Stéphan ne méritent pas cela. Ils méritent nos bravos et les autres, nos huées?

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