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Nana Mouskouri le chant humanitaire

20 août 2004, 20:00

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L'artiste la plus célèbre de la Grèce est entrée au Parlement Européen. Nana Mouskouri, la chanteuse aux 300 millions de disques vendus, a créé une fondation pour «tous les enfants du monde».

«J'avais des lunettes et je m'appelais Nana. A l'époque, c'étaient deux problèmes de taille.» Aujourd'hui, elle a toujours des lunettes et n'a pas changé son nom. Même si son ami Harry Belafonte, qui l'avait convoquée aux Etats-Unis pour une tournée commune en 1963, avait d'abord exigé des photos «sans lunettes».

Mais Joanna Mouskouri, rebaptisée Nana par son père, ne tiendra jamais compte de ces calculs esthétiques. «A l'école, j'étais grande, j'étais placée au fond de la classe, je ne voyais rien. Mes lunettes m'ont donc libérée de l'inconfort. Ensuite, elles m'ont protégée de la timidité. Avec des lunettes foncées, je prenais du courage. Ce n'était absolument pas un look, et puis j'étais concentrée sur le chant, la seule chose qui m'intéressait.»

Costume blanc, collier coloré, la chanteuse grecque sirote un jus de citron. Elle est directe, énergique, elle a la réputation d'aimer la fête, les nuitées amicales. Elle a son franc-parler. Elle peut : 300 millions de disques vendus, 1 500 chansons en circulation, en dix langues, 300 disques d'or, de platine, de diamant dans le monde. Et une collection, (presque) intégrale de 32 CD parue en mai chez Universal, reflet «d'une vie illuminée par le chant. Etre artiste, c'est être entier. La vie m'a été généreuse grâce à la chanson, qui passait avant tout, mari, enfants... Puis, je me suis demandée si j'étais dans la vie uniquement pour chanter».

De 1994 à 1999, Nana Mouskouri entre en politique, élue députée européenne sous l'étiquette de la Nouvelle Démocratie (droite). Assidue, elle joue son rôle, option humanitaire et culturelle. Puis retourne en sa maison des bords du lac Léman, côté suisse, elle a quitté son pays en 1967, et n'a chanté en Grèce que très peu. «Je me suis aperçue qu'il était impossible de garder en politique la trajectoire de la paix. Contrairement au domaine humanitaire, où on a un but ? sauver des vies, construire des hôpitaux... La politique, c'est plus des envies de pouvoir, pour lesquelles on bifurque, on sacrifie tout, sans fierté.» Deux heures de conversation avec Nana Mouskouri aboutissent à un réquisitoire contre la guerre, «toujours menaçante pour la Grèce», pays des Balkans, «prêts à s'enflammer à nouveau».

Elle est née sur une île, en Crète, «un peu par hasard. Mon père y avait habité pendant trois ans, parce que ma marraine et mon parrain s'y étaient installés, avant de partir pour les Etats-Unis». Elle vécut à Athènes.

La jeune fille et sa soeur étudiaient le chant classique, mais elles écoutaient du jazz sur Radio Tanger, et Lucienne Delyle, Line Renaud ou Maurice Chevalier sur les radios grecques. Nana rêvait du Magicien d'Oz et de Judy Garland. Aujourd'hui elle discute avec Bono, le chanteur de U2, sur la meilleure manière de soulager l'humanité. Elle n'est pas pour l'annulation de la dette des pays pauvres, et défend l'existence «d'organisations humanitaires indépendantes, hors champ politique», qui n'organiseront pas la corruption. «J'ai moi-même une fondation, Focus on Hope. Voilà treize ans que je suis dans l'humanitaire. Tous les enfants du monde sont mes enfants.»«En Grèce, pendant la seconde guerre mondiale, les juifs ont été persécutés.» Le père de Nana fait de la résistance, cache des fugitifs. Mais c'est aux Etats-Unis, reçue par Harry Belafonte, qu'elle «découvre le racisme. Belafonte militait pour les droits civiques. J'ai adoré les musiciens noirs, ils étaient mes idoles. D'un coup, je devais surveiller mon vocabulaire, ne pas dire «eh ! boys» à des musiciens blancs devant des Noirs...»

Nana Mouskouri est née avec un défaut de la corde vocale, mais «la voix, si on la respecte, ne vous quitte pas». En 1960, le succès de Weisse Rosen aus Athen (Roses blanches de Corfou), adaptation de la chanson d'un documentaire sur la Grèce, Ours d'or à Berlin, la propulse au premier plan. Sept ans plus tard, elle chante à l'Olympia à Paris et a déjà connu tous les honneurs. Michel Legrand (L'Enfant au tambour), Quincy Jones (tous les standards américains) l'ont habillée au swing. Belafonte l'a intronisée aux Etats-Unis.

«Mais c'est la BBC qui est à l'origine de ma carrière internationale. Pour la première fois les Anglais avaient accepté qu'il y ait une autre musique que la leur, et m'ont confié une émission ? Nana With Guests, à partir de 1968 ? qui a duré quinze ans. Je chantais en anglais, en espagnol, en grec, en français...» La télévision fut dès lors son paradis. «Je viens d'un pays du Sud, dit Nana Mouskouri. Il fallait que je m'intègre.»

Véronique MONTAIGNE Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate

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