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Christian OIsson :
<B>? Ressentez-vous une certaine pression pour la finale du triple saut ?</B>
Quand vous avez décroché la première grande médaille de votre carrière, la question est de savoir si vous pouvez en obtenir d'autres ou pas. Moi, j'en ai quelques-unes maintenant, j'ai passé ce cap, alors je me sens un peu plus tranquille.
<B>? Avant d'être battu par Oprea cet été, vous restiez sur 29 victoires. Comment avez-vous pu rester invaincu aussi longtemps ? </B>
Personne n'est imbattable. Tout dépend comment vos adversaires abordent les choses. Il y a certainement une part psychologique importante. Ce qui est certain, c'est que tout le monde est encore plus motivé pour vous battre quand vous restez aussi longtemps invaincu. Je sais qu'il y a huit ou neuf gars qui peuvent me battre à Athènes, qui se battront tous pour le podium.
<B>? D'où provient la menace la plus sérieuse ? </B>
Je suis curieux de voir ce que Philip Idowu peut faire après sa blessure. Il faudra aussi compter avec les Américains, toujours capables de se surpasser aux Jeux Olympiques. Ils ont cette capacité à élever leur niveau pour ce rendez-vous, parce qu'ils savent que c'est la compétition reine.
Bien sûr, il y a également Martin Oprea. C'est un très bon sauteur. Vous voyez, c'est difficile de ressortir quelqu'un en particulier. Nous sommes quatre ou cinq à viser l'or et près du double à vouloir monter sur le podium.
<B>? Un titre olympique a-t-il plus de valeur à vos yeux qu'un record du monde ? </B>
Je ne sais pas. Je me suis fixé beaucoup d'objectifs. Certains sont peut-être plus faciles à atteindre que d'autres. Avant tout, je voudrais devenir le prochain sauteur à atteindre les 18 mètres. Ensuite, il y a l'or olympique et le record du monde, que je souhaite battre, ou au moins approcher. Même si je ne le bats pas, je voudrais que Jonathan Edwards soit assis chez lui et tremble un peu.
<B>? Vous évoquez Jonathan Edwards. Vous êtes d'abord resté dans son ombre avant de vous imposer comme le patron... </B>
Franchement, je pense que je resterai dans l?ombre encore longtemps. On me comparera toujours à lui. Depuis que je suis arrivé en compétition, je crois que l'on s'est imposé dix fois chacun quand on s'est rencontré. Maintenant qu'il n'est plus là, on ne nous comparera plus directement, mais on confrontera nos palmarès. Mais vous savez, pour moi, c'est un grand honneur d'être comparé au plus grand triple sauteur de tous les temps et de voir que l'on attend de moi les mêmes performances que lui.
<B>? Qu'avez-vous ressenti à Paris quand vous avez compris que c'était fini pour lui ? </B>
Beaucoup de sentiments très partagés. Un peu de soulagement bien sûr, car j'ai su alors qu'il ne pourrait plus me rattraper. Mais j'ai aussi compris que c'était la dernière fois que je le voyais avec son maillot et ses pointes, la dernière fois que je le voyais courir vers la planche d'appel à sa manière, si caractéristique. C'était un moment triste pour tous les triples sauteurs. Pour nous, c'est une légende. On n'a pas vraiment réalisé que c'était le dernier concours de sa carrière.
<B>? Vous êtes déjà recordman du monde en salle (17,83m). Il ne vous reste plus qu'à dépasser Edwards en plein air... </B>
Pour moi, ce n'était même pas humain ce qu'avait réalisé Edwards quand il a battu le record du monde à Göteborg en 1995. Je me souviens que quand il l'a battu, il est revenu sur la piste, souriant, tranquille. Il a re-sauté et a encore battu le record! Je n'ai réalisé que très récemment la véritable portée de son exploit, quand j'ai commencé moi-même à améliorer mes propres performances de manière significative. Je me suis rendu compte qu'après une grosse perf, mon adrénaline retombait. Je perds ma concentration. C'est là que vous voyez à quel point Edwards était exceptionnel.
<B>? Qu'est-ce qui fait la différence entre un bon saut et un saut exceptionnel. Quel est le secret ? </B>
Un jour, Jonathan m'a raconté qu'un type lui avait dit que s'il sautait aussi loin, c'était justement parce qu'il ne savait pas comment il y arrivait. Edwards lui avait répondu que c'était sans doute vrai. Il n'était pas capable d'expliquer ça. C'était dans son corps, tout simplement. Je pense que c'est un problème commun à tous les sauteurs. Je suis incapable de vous dire ce qui fait la différence entre un saut à 16,70m et un autre à 17,70m. Parfois on y parvient, d'autres non. C'est comme ça.
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