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Travailler ensemble

20 août 2004, 20:00

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Bizarrement, nous ne sommes pas les seuls à nous plaindre de notre agence anti-corruption. Bien des pays tendent à en faire un bilan mitigé. «Le Standard», journal du Sud-Est asiatique, rapporte le mois dernier les échecs «répétés» de l?Icac. «The recent years appear to have been unsuccessful because of the Icac?s failure to secure sound evidence», écrit le journaliste avant de citer deux cas récents où la cour a rejeté des affaires initiées par l?organisme. Un Etat d?Australie, la Nouvelle-Galles du Sud, réfléchit à la raison d?être de son Icac. Sa performance a déçu : entre 1998 et 2003, 69 personnes ont fait l?objet d?accusations par l?Icac, mais seules 29 ont été reconnues coupables. Les autres n?ont pas été poursuivies ou la charge rayée. Plus près de nous, en Afrique, le bilan général est peu encourageant. L?agence du Kenya a d?ailleurs fermé?

Ont-il aussi des Beekharry ou des Daureawoo à leur tête ? Sans chercher à minimiser les faiblesses de l?organe national, il faut croire que ces bilans ont quelque chose à voir avec la difficulté à détecter le délit économique. Ce que l?on retient du discours du président de la République hier va dans ce sens : la loi ne suffit pas. Et il ne suffira d?ailleurs pas que l?on amende, comme on projette de le faire, deux clauses du «Prevention of Corruption Act (POCA)» pour que la lutte contre la corruption soit requinquée. Le problème est plus profond. Il nous est difficile de l?accepter parce que d?énormes attentes avaient été placées en l?Icac et la FIU, et que nous avons estimé avoir fait le plus grand pas. Mais ce n?en est qu?un petit. Il y a aussi l?environnement. Il faut, comme on dit, «autre chose» qui aille avec.

Cette autre chose relève de la persévérance et de la sincérité politique des décideurs. On ne peut pas nier les efforts déployés pour prévenir la «petite» corruption dans certains secteurs, celle des exécutants, officiers et autres administratifs. La réforme d?un des départements les plus exposés, la douane, est des plus positives. Cependant, non seulement ces mesures ne seront pas efficaces si à la tête des autorités, le sentiment d?impunité reste, mais la «grande corruption» appelle beaucoup plus d?attention. Les risques sont plus grands au niveau plus sensible des décideurs, économiques et politiques. C?est à ce niveau que se fait ou se défait l?image du pays. Et que se donne l?exemple.

Quid alors de ce Select Committee qui devait établir un Code de déontologie pour les parlementaires ? Où est cette circulation de l?information ouverte et transparente que promettait le gouvernement dans son programme ? Deux ans après l?affaire de la caisse noire d?Air Mauritius, où sont les règlements sur le financement des partis politiques ? Pourquoi n?interdisons-nous pas, comme les juges anti-corruption le réclament ailleurs, que les personnes «politiquement exposées» soient interdites d?ouvrir un compte à l?étranger ? Pourquoi leurs comptes ne font-ils pas l?objet de veille bancaire ? La déclaration des avoirs, qui devait d?ailleurs devenir régulière, aurait eu du sens. Les politiques n?ont pas affiché cette ouverture, n?ont pas donné cette garantie de transparence personnelle. Au contraire, ils cultivent l?idée que si l?Icac se met à enquêter sur le pouvoir, elle dérangera l?ordre des choses.

Cette «autre chose», c?est aussi le contraire de la désinvolture que l?on manifeste à l?égard du seul organisme qui peut superviser, donc orienter, l?Icac, le comité parlementaire. Elle est déplorable la légèreté avec laquelle il a été traité, et par l?opposition et par la majorité. Ce n?est pas faire montre d?une volonté de contribuer au recul de la corruption de démissionner ainsi. Tous les pays du monde qui se sont inspirés de l?Icac de Hong Kong reconnaissent la légitimité d?une telle instance de contrôle. Comble de l?ironie, parce qu?elle fonctionne mal, nous concluons qu?elle devrait être dissoute.

Sanctionner la corruption est difficile, il faut le répéter. Et il faut continuer à réclamer que ceux qui y sont les plus «exposés», décideurs politiques, hommes d?affaires et autres gens d?influence, participent d?eux-mêmes au combat. D?autant plus qu?ils le seront davantage avec la mondialisation et les difficultés économiques. Avant d?instruire l?affaire Elf, la juge Eva Joly a enduré tellement de menaces, de contraintes, d?intimidations, qu?elle en a fait un livre. Elle y écrit : «Le crime d?argent est trop souvent perçu comme un fait divers, alors qu?il est un fait politique (?). Il faut des circonstances exceptionnelles pour que la Justice arrive à se frayer un chemin entre les pressions politiques, les immunités, les souverainetés de pacotille, les immunités, le secret défense et la pesanteur des systèmes judiciaires». Si une telle autorité a pu galérer face à la vieille et honorable justice française, il faut aider nos tout nouveaux commissaires.

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