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Questions à?Jean-Louis Fort
? Quel est le terrain d?intervention du GAFI ?
Le GAFI est une organisation intergouvernementale qui a pour mission de promouvoir l?action et la mise en ?uvre à l?échelle mondiale de mesures visant à prévenir l?utilisation du système financier à des fins criminelles.
L?organisation rassemble la capacité d?experts juridiques, techniques et opérationnels délégués par ses membres. Nous nous efforçons de susciter la volonté politique des pays pour qu?ils revoient leurs lois et leurs réglementations en vue de contribuer à la lutte contre le blanchiment d?argent et le financement du terrorisme.
Le GAFI regroupe 31 pays membres et deux organisations à savoir, la Commission européenne et le Conseil de coopération du Golfe. Il y a aussi beaucoup d?observateurs nationaux et internationaux.
J?ai été invité à Maurice pour participer à une réunion du Eastern and Southern Africa Anti-money Laundering Group (ESAAMLG). L?ESAAMLG est un des groupes régionaux du type GAFI qui existe dans le monde. Ces structures jouent à l?échelle régionale le rôle qui incombe au GAFI sur le plan mondial.
? Plusieurs pays membres de cette organisation ont des systèmes financiers fragiles qui favorisent la criminalité organisée. Y a-t-il un intérêt particulier du GAFI pour cette région ?
Nous n?avons pas de reproche particulier en ce qui concerne cette région. Le souci du GAFI est d?encourager une action mondiale complète. Avec le relais des groupes régionaux, nous parvenons à couvrir plus de 130 pays. Notre rôle n?est pas de punir mais de faire entrer tous les pays qui ont des régimes et systèmes déficients dans un cercle vertueux.
Le blanchiment d?argent menace la stabilité financière internationale. Nous sommes donc engagés dans une ?uvre de salubrité internationale qui est fondée sur la volonté des participants de coopérer. Si des pays refusent cette coopération, le GAFI a décidé de les désigner au public. C?est cela la fameuse liste des pays non coopératifs diffusée en 2001. Nous avions répertorié à ce moment 21 pays. Aujourd?hui, on n?en compte que six. Les autres ont accepté de collaborer avec nous afin de pouvoir être exclus de cette liste noire.
? Existe-t-il une méthodologie pour combattre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ?
Il y a des règles à faire respecter. Il y a aussi une méthodologie et une typologie. Les typologies sont des études qui sont élaborées à partir des faits constatés. Les exemples rencontrés sont communiqués au public.
La lutte contre le financement du terrorisme et le combat pour prévenir le blanchiment des capitaux ont des points communs mais aussi des différences. Financer un réseau de terroristes ne coûte pas forcément cher. Cela rend les délits plus difficiles à déceler que le blanchiment. Il y a aussi le fait que l?on peut financer des terroristes avec de l?argent propre à l?origine.
Les méthodologies ont des règles et il est important que celles-ci soient internationalement admises. Les méthodologies que nous utilisons ont été recommandées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Cela leur donne une légitimité considérable.
Il y a des opérations de blanchiment qui sont simples et d?autres qui le sont moins. Avec le temps, les escrocs améliorent leurs techniques. Nous aussi nous devons améliorer nos méthodes visant à les déceler. Nous devons évoluer, nous aussi, parce que l?environnement évolue.
? Le financement des organisations terroristes se fait souvent par le biais du mouvement des fonds en liquide?
C?est un des axes sur lesquels nous travaillons beaucoup. Les transferts qui se font à base de cash posent un problème considérable. Cela rend la tâche de déceler les délits très compliquée.
Nous maintenons, d?autre part, un ?il sur l?utilisation de certains instruments tels les charity trusts qui servent de conduit de fonds aux réseaux de terroristes.
? C?est à travers un centre financier aussi réputé que Londres que le gros des fonds destinés aux terroristes transite. N?est-il pas injuste de s?attaquer aux centres offshore principalement ?
Le GAFI est obligé d?appréhender le monde tel qu?il est : il y a des centres offshore et il existe aussi des places financières telles que Londres. Nous ne cherchons pas à obtenir une transformation radicale des paysages financiers des pays concernés.
En revanche, on peut promouvoir une généralisation de la traçabilité des transactions. Nous essayons de développer des moyens qui permettent de déterminer d?où proviennent les fonds et à qui ils sont destinés. Nous essayons de faire en sorte que les blackholes disparaissent.
Nous sommes en train d?étendre nos activités à des secteurs autres que les marchés financiers. En Europe, nous avons étendu le contrôle aux professions d?expert-comptable et aux avocats, où malheureusement nous avons constaté des activités criminelles.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
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