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Bandit d?Etat
Le nouveau président de la SADC, Paul Bérenger, a eu très tôt à user de ses talents de diplomate. Aussitôt nommé, il a réclamé le respect d?une charte pour des élections libres et justes dans l?Afrique australe mais s?est gardé de montrer du doigt un dirigeant particulier. Chacun a compris, cependant, qu?il faisait là un clin d??il à son ?frère? Robert Mugabe.
Il est vrai qu?aucun leader africain n?ose assombrir l?image idyllique que la SADC veut projeter à Grand-Baie, mais ce beau tableau ne saurait faire oublier ni les atteintes aux droits de l?homme au Zimbabwe ni l?échec de la SADC à corriger la situation. Il n?est d?ailleurs pas clair si l?ensemble du bloc est prêt à exiger de Robert Mugabe que les législatives qu?il organise en mars 2005 soient libres et justes.
Dans d?autres instances, les positions sont plus explicites. On sait, par exemple, que le ministre zimbabwéen des Sports ne peut pas assister aux Jeux olympiques en Grèce en raison de l?interdiction de déplacement dans l?Union européenne qui frappe les membres du gouvernement zimbabwéen. Les pays membres de l?UE leur reprochent de violer les droits de l?homme.
Comme pour donner raison à ses accusateurs, le gouvernement de Robert Mugabe commet chaque jour de nouveaux abus. Quatre dirigeants syndicaux ont encore été arrêtés le 5 août dernier. Ils sont accusés d?avoir ?usé de propos susceptibles de fomenter le mécontentement?. Mercredi dernier, ce fut au tour de Morgan Tsvangirai, leader du principal parti d?opposition, de comparaître devant le tribunal pour complot dans le but d`assassiner Robert Mugabe en 1982. Le juge a demandé la détention de Tsvangirai jusqu?au 3 octobre prochain, date de la prochaine audition d?un procès qui traîne depuis plus de deux ans. Le leader de l?opposition risque la peine de mort s?il est reconnu coupable. ?Free and fair?, le scrutin de 2005 ?
Et, comme dans tous les pays où les bandits d?Etat ont recours à la répression et à la tyrannie pour survivre au pouvoir, l?économie du Zimbabwe est en lambeaux. L?inflation, a suivi une hausse vertigineuse au cours des trois dernières années. Elle a atteint avec 619 % un sommet en novembre 2003. Le taux se situait à 362,9 %, le mois dernier.
Le leader zimbabwéen a attribué la débâcle économique de son pays aux sanctions imposées par les pays occidentaux opposés aux réformes agraires entreprises par son gouvernement. Ce n?est pas vrai. Il a appliqué un programme foncier mal planifié qui a surtout profité à la coterie qui occupe des postes de responsabilité dans son parti.
Son initiative de déposséder les fermiers blancs, propriétaires de la majorité des terres du pays, pour donner plus de pouvoir économique aux paysans noirs est, en soi, légitime. Mais, c?est la manière de procéder qui est viciée. En Afrique du Sud où plus de 3,5 millions de Noirs ont été chassés de leurs terres, entre 1950 et 1980, sans aucun dédommagement ni compensation, une réforme agraire conforme aux pratiques d?un Etat de droit est en cours. Les terres à redistribuer seraient non pas réquisitionnées, mais rachetées par les fermiers noirs qui, pour cela recevront une subvention gouvernementale.
Quand le dirigeant zimbabwéen prendra sa retraite en 2008 à l?âge de 84 ans, il devra se demander si ses compatriotes ne regrettent pas un peu la Rhodésie.
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