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Des rebelles hutus attaquent un camp de réfugiés congolais, 159 tués

15 août 2004, 20:00

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Des hommes munis d?armes à feu et de machettes ont tué au moins 159 personnes et ont fait de nombreux blessés vendredi soir dans un camp abritant des réfugiés tutsis congolais dans l?ouest du Burundi, a fait savoir samedi l?armée burundaise.

Les Forces nationales de libération (FNL), mouvement rebelle extrémiste hutu, ont revendiqué cette attaque en affirmant qu?elle visait une cible militaire proche du camp de Gatumba. Mais l?armée burundaise a soutenu qu?elle visait délibérément le camp de réfugiés, et non la base militaire.

Selon certains réfugiés, l?attaque a été soigneusement préparée. Ils ont évoqué notamment des tracts anonymes diffusés cette semaine parmi eux, menaçant de mort les Banyamulenge (nom des Tutsis congolais).

Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a fait savoir que 136 personnes avaient été tuées dans le camp et que 20 autres étaient décédées à l?hôpital. Il envisage d?éloigner le camp de la frontière. Le Rwanda a accusé les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), lesquelles ont rejeté toute implication

Les FDLR regroupent d?anciens militaires rwandais et des miliciens hutus, les Interahamwe, qui ont participé au génocide de 1994 au Rwanda, qui a coûté la vie à quelque 800 000 Tutsis et Hutus modérés.

Drame humanitaire

Le président burundais Domitien Ndayizeye s?est rendu en personne dans le camp de Gatumba, situé près de la ville d?Uvira, dans l?est de la RDC. Le camp abrite entre 2500 et 3000 personnes, pour la plupart des Banyamulenge.

?Ce que j?ai découvert est une catastrophe humanitaire. J?ai appris que les FNL avaient revendiqué l?attaque(...). Désormais, la communauté internationale doit comprendre que les FNL sont des terroristes et nous devons conjuguer nos efforts pour combattre ce mouvement?, a déclaré le président. Il a ajouté que si les agresseurs venaient du Congo, le Burundi prendrait à leur encontre de graves mesures.

Gatumba se trouve à mi-chemin entre Bujumbura et Uvira, distants de 30 kilomètres. Le RCD-Goma, principal groupe rebelle congolais soutenu par le Rwanda pendant la guerre civile de cinq ans dans l?ex-Zaïre a accusé les forces gouvernementales congolaises d?avoir pris part à l?attaque qui, a-t-il assuré dans un communiqué, a été préparée lors d?une récente réunion secrète dans l?est du Congo.

A Kinshasa, un porte-parole du gouvernement a rejeté ces allégations tandis que le président congolais Joseph Kabila réclamait l?ouverture d?une enquête internationale sur le massacre. Le président rwandais Paul Kagamé, le Haut-commissaire aux réfugiés, Ruud Lubbers ainsi que l?Union africaine ont publié des déclarations condamnant le massacre.

?Notre cible était une base militaire située près du camp de réfugiés des Tutsis congolais. Nous avons ensuite entendu des coups de feu nous visant, venant du camp de réfugiés, et avons décidé de riposter?, a déclaré à Reuters Pasteur Habimana, porte-parole des FNL.

?Aucun soldat parmi le victimes?

Les FNL sont le seul groupe rebelle burundais refusant encore de soutenir un gouvernement d?union nationale pour mettre fin à la guerre civile qui ravage depuis dix ans le pays, opposant la minorité tutsie, politiquement dominante, à des rebelles hutus. ?Ce que disent les FNL est absurde, ils disent avoir attaqué une base militaire mais il n?y a pas un seul soldat parmi les morts?, a rétorqué un porte-parole de l?armée burundaise, Adolphe Manirakiza.

Les FNL se sont alliés à des miliciens Mai Mai (guerrier congolais traditionnels) pour attaquer le camp, a-t-il dit. ?Selon les premières informations dont nous disposons, les agresseurs parlaient le lingala (une des langues parlées au Congo)?, a-t-il ajouté, sans pouvoir se prononcer sur l?identité des agresseurs.

Patrick Karegeya, porte-parole de l?armée rwandaise, a affirmé de son côté que les auteurs de l?attaque étaient à coup sûr des FDLR ?parce qu?ils sont alliés aux FNL (...) Il y a d?autres camps dans cette région, mais ils ont pris pour cible celui-là en particulier? (un camp tutsi).

Des témoins ont rapporté que certains assaillants, pieds nus, étaient armés d?AK 47, de mortiers et de fusils RPG, et qu?ils ne portaient aucun uniforme. Seuls les Banyamulenge étaient attaqués. Ils criaient ?Alleluia! Alleluia!?, en battant du tambour et en jetant des grenades sur les tentes.

Le conflit au Burundi a déjà fait 300 000 morts, fauchés pour la plupart par la faim et les maladies. Des milliers de Banyamulenge ont trouvé refuge au Burundi dans des camps du HCR après avoir quitté la RDC, ces derniers mois, fuyant les violences des forces gouvernementales, des milices locales et des civils congolais dans l?est de la RDC.

Patrick NDUWIMANA

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