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Ces créatures qui portent des cornes

15 août 2004, 20:00

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Le mot biche adressé familièrement comme terme d?affection à une femme est-il bien choisi ? Il est issu de bista voulant dire bête. Mais les ?biches? ne le savent pas et ?where ignorance is bliss ?tis folly to be wise?. Cette femelle ne porte pas de bois. Avec son pied, dit léger, cela n?est pas surprenant.

Chez le mâle les bois sont branchus, et les rameaux dits andouillers. Leur nombre s?associe à l?âge. A l?étranger ces pointes peuvent grimper jusqu?à plus d?une vingtaine mais chez nous elles ne s?élèvent qu?à trois. Toutefois le bureau responsable de notre monnaie, qui n?est pourtant pas composé d?andouilles, ne le savait pas et le cerf de notre pièce de cinquante sous s?orne d?une bonne douzaine d?andouillers.

Des hormones sont responsables de la croissance et de la chute de ces pièces. Lors de la repousse les bois sont d?abord mollets puisque faits de cartilage. Ce produit est plus tard remplacé par de l?os. Les bois en croissance sont nourris par une couverture de peau riche en vaisseaux sanguins. Elle sèche une fois son rôle terminé. L?animal frotte alors sa parure frontale contre troncs ou branches pour faire choir la peau. Les andouillers tout nus paraissent colorés en teinte rappelant celle d?un bois de menuiserie.

Selon le fabuliste Esope un cerf se mirant dans l?eau claire d?une fontaine se déclara satisfait de ses bois mais trouva ses jambes trop fluettes. La flèche d?un chasseur siffla soudain à ses oreilles. Bondissant vers un taillis il se prit les bois dans les branches mais elles se brisèrent. Les jambes toutefois le portèrent vers le sanctuaire. Et en se mirant plus tard il fut moins critique envers ses quatre pattes.

D?autres cervidés s?ornent aussi de bois. Ils ne sont pas vides comme les cornes de bovins. Seul le mâle est doté de bois à l?exception du renne. Mais le mot est homonyme de reine. De plus c?est l?animal qui tire le traîneau du Père Noël. Alors ne soyons pas étonnés. Nous avons tout juste évité de dire surpris car a émergé le souvenir d?un grammairien surpris en plein adultère par sa femme. ?Je suis surprise de vous voir ainsi?, déclara la bonne dame. ?Non chère amie?, répliqua le mari. ?Nous sommes surpris, vous êtes étonnée?.

Si les bois de cervidés impressionnent, chez une autre famille c?est la taille de l?animal qui domine. Son principal représentant, la girafe, est emmanché d?un long cou comme dit La Fontaine pour la cigogne. Mais ce col ne contient que sept vertèbres comme celui d?autres mammifères. La bête porte deux petites cornes qui conservent une couverture de peau et de poils.

Dans l?esprit du public l?espèce est associée à Lamarck et à l?Evolution. Ce savant fut un précurseur du principe mais le mécanisme par lui prêché est considéré hérésie. Il pensait que les caractères acquis par plante ou animal pouvaient se transmettre à la génération suivante. Il existe quelques cas troublants qui semblent en accord avec cet aspect mais ils sont marginaux.

Nous allons nous laisser tenter par un autre groupe de ruminants dont les ornements sont des cornes creuses faites d?os recouverts d?un fourreau de kératine, matière semblable à celle des ongles et des cheveux.

La gamme de formes est admirée non seulement par le public ou les naturalistes mais aussi par les mathématiciens. L?ouvrage impressionnant de D?arcy Thompson, On Growth and Form, hérissé de formules savantes leur consacre un long chapitre. Ces projections du chef sont souvent enroulées en spirale et, devant leur variété, on ne peut que dire ?chapeau?. L?une des cornes est l?image de l?autre comme la main gauche est l?image de la main droite. La courbure est causée par une inégalité dans la pousse, la face convexe se développant plus que le côté concave. Les cornes sont parfois marquées par des anneaux de croissance.

Certaines cornes sont droites, effilées comme celles de l?oryx. Elles fascinent moins que les volumineuses productions surmontant le front du mouflon. Entre les deux s?étalent de gracieuses lyres ou de séduisantes hélices.

Le groupe de bêtes à cornes comprend trois divisions les bovins, ovins et antilopes. Ce dernier mot évoque une gamme de gracieuses gazelles bondissant dans la savane mais comporte aussi de gros gnous moins agiles. Après tout g est la septième lettre de l?alphabet et peut se permettre certaines fantaisies. Au cours de l?année 1960, vélocité et grâce de l?athlète américaine Wilma Rudolph lui valurent le titre de gazelle noire. Celle de la savane sont moins sombres.

Le gnou est bien connu des amateurs de mots croisés où il figure souvent. Il paraît plutôt lourdaud et ses larges troupeaux défilent dans les films tournés en Afrique. On a tellement montré leurs évolutions et leur poursuite par de grands félins, que même le talent des cameramen de la National Geographic arrive difficilement à retenir l?attention.

?Dans l?esprit du public l?espèce est associée à Lamarck et à l?Evolution. Ce savant fut un précurseur du principe mais le mécanisme par lui prêché est considéré hérésie. Il pensait que les caractères acquis par plante ou animal pouvaient se transmettre à la génération suivante. Il existe quelques cas troublants qui semblent en accord avec cet aspect mais ils sont marginaux.?

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