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“Il était une fois l’Amérique”

15 juillet 2004, 20:00

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Pas de nouveau film cette semaine. C’est l’occasion de jeter un regard sur ce que nous réserve le cinéma pour l’année à venir. Du moins, sur les films qui paraissent les plus intéressants. On se contente de le constater : les sorties seront dominées par le cinéma américain bien sûr, mais surtout par le thème de l’Amérique. Et, bien que la plupart des films choisis soient américains, il sera quand même aussi intéressant que gratifiant de constater qu’ils témoignent d’une vision assez saine de ce pays et de ses travers.

On ne doutera pas une seconde que l’une des sorties les plus attrayantes pour le plus grand nombre sera le deuxième volet des aventures de l’homme araignée : Spider-Man 2, toujours avec Sam Raimi à la réalisation. A un moment dans le film, Spider-Man se trouvant à court de fluide, se voit obligé de prendre l’ascenseur et un quidam lui demande si son costume ne lui donne pas de démangeaisons. Le jeune Peter Parker (Tobey Maguire) a beau avoir développé des supers pouvoirs et il a beau être un redoutable justicier, ses problèmes personnels ne sont pas résolus pour autant. Ecartelé entre son identité secrète et sa vie d’étudiant, il a perdu celle qu’il aime, Mary Jane (Kirsten Dunst). Aujourd’hui, la jeune femme est devenue comédienne et vit avec un autre. Son amitié avec Harry Osborn (James Franco) est elle aussi en danger : celui-ci rêve plus que jamais de se venger de Spider-Man, qu’il juge responsable de la mort de son père. Et, les choses empirent encore lorsqu’un nouvel ennemi mortel vient défier le super héros : le redoutable docteur Otto Octavius (Alfred Molina).

<B>Super héros, super ado</B>

Voilà un super héros qui est certainement l’un des plus intéressants qu’ait produits la bande dessinée américaine, ses deux univers (celui du super héros et celui de l’adolescent mal dans sa peau) étant diamétralement opposés. Mais aussi, l’air de rien et de manière détournée, le film de Sam Raimi s’en prend au mythe très américain du super homme ainsi qu’à cette notion presque universelle de la recherche de la conformité à n’importe quel prix.

A propos de conformité, un autre film vient lui aussi jeter sa pierre dans le jardin bien ordonné des “nouvelles” (en fait très anciennes) attitudes bien pensantes “états-unisiennes”, même si le sujet est aussi très universel. Il s’agit du remake de The Stepford Wives, par Frank Oz, un vieil agitateur qui n’a rien perdu de sa verve. “Une fiction futée et faussement sucrée sur les rapports pervertis entre les hommes et les femmes...” dit un commentaire de presse. L’argument : tout semble aller pour le mieux dans la vie de Joanna (Nicole Kidman). Mais le jour où elle perd son emploi, c’est la désillusion absolue. Déprime passagère où elle se rend compte qu’elle n’est pas assez proche de ses enfants et que son mari s’ennuie terriblement. Elle quitte donc New York avec sa petite famille et s’installe dans la banlieue de Stepford, localité qui se veut aussi accueillante que rassurante. En fait, l’endroit est plus inquiétant qu’il n’y paraît, car il s’y passe de drôles de choses.

Il y avait au départ, un roman terrifiant de Ira Levin. En 1975, Bryan Forbes en a tiré un excellent thriller fantastique, en forme de métaphore prophétique et angoissante sur les rapports humains. Près de 30 ans plus tard, Frank Oz reprend le sujet pour en faire une comédie. Certains le déploreront, d’autres s’en réjouiront. Dans les deux cas, les films de Forbes et Oz traitent d’un sujet préoccupant, qui traduit un vrai malaise de nos sociétés.

Plus directs dans leurs attaques contre le “système” américain, ces deux films : Fahrenheit 9/11, de Michael Moore, et Super Size Me, de Morgan Spurlock. Ceux qui suivent l’actualité cinématographique et qui s’intéressent aux affaires courantes connaissent déjà Michael Moore et savent à quel point ses films documentaires peuvent être embarrassants pour certains grands de ce monde (comme par exemple Phil Knight, patron de “Nike” ou Charlton Heston, acteur, réalisateur et président de la National Rifle Association). Dans Fahrenheit 9/11, son dernier film récompensé par la Palme d’or au festival de Cannes, le réalisateur tout en rotondités, arborant sa casquette de base-ball et sa fausse bonhomie, s’en prend au président George Débéliou lui-même ainsi qu’à ses ascendants. Il dénonce les méfaits du Patriot Act et les effets de la guerre en Irak et révèle aussi certains liens non seulement entre la famille Bush et les Ben Laden, mais aussi entre Saddam Hussein et Papa Bush, du temps où celui-ci dirigeait la CIA. Bush junior lui-même est montré comme étant une sorte de bouffon paresseux avec pas grand-chose dans la tête qui aurait pris des vacances durant 42 % de ses six premiers mois à la présidence des États-Unis. La revue Screen International parle d’un document provocateur au ton aussi passionné que sarcastique et dans lequel Michael Moore fait autant de dégâts que n’importe quelle arme de destruction massive.

Documentaire également, Super Size Me de Morgan Spurlock emprunte beaucoup au style de Michael Moore. Et il s’agit là aussi d’une charge, mais contre un autre aspect du mode de vie américain : le fast food. Partant d’un procès que deux jeunes filles obèses intentent à la chaîne MacDonald’s (qui, de son côté, maintient qu’elle vend une nourriture saine), ce réalisateur décide de mener sa propre enquête. Il se nourrit exclusivement de MacDos matin, midi et soir, tout en se faisant suivre par un médecin, et fait parallèlement un reportage sur ces multinationales qui font le commerce de la malbouffe. Ces dernières font leur beurre sans aucun scrupule, en mettant à mal la santé des citoyens, mais force est aussi de reconnaître que dans cette histoire, le consommateur est une victime consentante, pour ne pas dire un complice.

Des films américains faits par des américains pour parler de l’Amérique et, pour finir, cette comédie française pour évoquer la façon dont l’Amérique est perçue. L’Américain, film de Patrick Timsit, raconte l’histoire de Francis Farge, un Américain jusqu’à la moelle des os. Il pense, il mange, il vit américain, il fume américain mais... il est Français, et ses “compatriotes” n’ont jamais voulu le reconnaître comme l’un des leurs. Alors, cet Américain né au mauvais endroit va engager un avocat pour tout mettre en oeuvre afin que soit reconnue sa nationalité et pour que son petit lotissement en région parisienne soit reconnu comme étant le 52e état des États-Unis d’Amérique.

Patrick Timsit a réalisé des comédies de bonne facture dans le passé et il a, cette fois, trouvé un sujet aussi intéressant qu’original. A l’affiche se trouvent Lorànt Deutsch, Thierry Lhermitte et Emilie Dequenne. Il serait donc raisonnable de s’attendre à un divertissement de bonne facture.

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