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Deux Femmes, deux pays, un destin

14 juillet 2004, 20:00

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Deux femmes courageuses, pétillantes de vie. Malgré leur séropositivité, Dévote Barajenguye du Burundi et Martine Somda du Burkina Faso gardent beaucoup d’espoir. Leur maladie les a transformées en battantes. Elles ne luttent pas que pour elles et leurs enfants, mais aussi pour leur communauté et le continent africain entier. Leurs attentes sont grandes lors de cette 15e conférence sur le VIH-Sida. “Nous sommes là parce-que nous voulons que les gens comprennent qu’il est temps de regarder le problème de l’Afrique en face. Nous avons fait du chemin depuis la première conférence mondiale sur le VIH-SIDA. Mais malheureusement, il reste encore beaucoup à faire.”

Dévote, de l’Association internationale des femmes vivant avec le VIH-Sida, ou International Community of Women living with HIV-AIDS (ICW), est aussi membre exécutif de l’Association nationale de soutien des séropositives et sidéens. Elle n’avait que 45 ans quand, avec son mari, elle décide de faire un test de depistage du virus. Ses craintes se confirment : tous deux sont séropositifs. Avec deux enfants en bas âge dont il faut s’occuper, elle n’a pas le droit de baisser les bras. Elle prend son courage à deux mains pour faire face à un monde cruel où VIH et sida signifie maladie sale et honteuse. Les séropositifs sont les parias de la société.

Le mari de Dévote meurt en 2001. Elle remonte néanmoins la pente tout doucement, avec le soutien de son entourage, surtout de sa belle-famille. Elle prend désormais la vie avec beaucoup de philosophie. “Je reconnais que j’ai beaucoup de chance car dans notre société, les femmes avec mon statut de séropositive subissent la discrimination. Les stigmates sont encore plus accentuées chez les femmes vivant avec le VIH-sida que chez les hommes qui en sont porteurs.”

L’Association de Dévote a un plan d’action bien defini, comprenant la prévention, la sensibilisation, l’éthique, la prise en charge des malades et la mobilisation pour obtenir des fonds. Avec son dynamisme et son charme, Dévote n’a eu aucune peine à se faire élire présidente de la Commission de prise en charge des malades du VIH-sida. Et pourtant, sa tâche est rude. “Les finances se font de plus en plus rares et la majorité de nos membres sont des femmes séropositives. Pour acheter les anti retroviraux, il nous faut trouver des bailleurs de fonds. Le Fond global nous aide, certes. Mais ce n’est jamais assez car notre liste d’attente pour les soins est très longue.”

<B>Médicaments gratuits</B>

Les enfants, les femmes enceintes et les plus démunis de la société sont la priorité de la Commission. Quatre médecins et des aides soignants, formés à l’encadrement aux séropositifs, travaillent en permanence pour l’association. Les anti-rétroviraux sont distribués gratuitement aux malades.

Dévote, mère de deux enfants, âgés de 12 et 15 ans, a tenu à être présente à ce sommet mondial pour dire haut et fort que “le cap de la sensibilisation est dépassé, nous avons atteint celui de la survie. Et pour le franchir, il faut donner des médicaments aux gens”.

Dévote n’a pas manqué de participer à la marche de protestation contre l’administration du président américain Georges Bush.

Martine Somda, l’amie de Dévote, est encore plus à plaindre que celle-ci. Ce n’est qu’après la mort de son mari, il y a dix ans, qu’elle décide de faire un test de dépistage du virus. Contrairement à Dévote, elle est obligée de prendre des anti-retroviraux. Cette dame, grande de taille et de cœur, adore tellement son pays, le Burkina Faso, qu’en 1997, elle fonde une association nommée Reponse, Espoir, Vie et Solidarite (REVS) qu’elle préside toujours.

Martine n’avait que 35 ans quand son mari est mort, la laissant seule avec quatre enfants à élever. Le résultat de son test de dépistage ne la surprend guère car elle se doutait que son mari était séropositif. “Il ne m’a jamais rien dit à ce sujet mais, après sa mort, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai été me faire dépister.”

Tout comme l’ICW, REVS prend en charge des patients vivant avec le virus en prodiguant des soins et des conseils gratuits à ses membres, dénombrés à 1 035. De ces derniers, 90 % sont des femmes séropositives. Hormis le personnel qualifié aidant bénévolement l’association, des religieuses et des missionnaires apportent aussi leur soutien. “Nous comptons bientôt installer une clinique pour l’hospitalisation de nos membre,s qui bénéficieront alors de soins sur place.”

L’argent se fait rare au Burkina Faso aussi. “Nous sommes toujours à la recherche de bailleurs de fonds. Nous avons de la chance car il y a une association en France, Ensemble pour une Solidarite Therapie (ESTHER), qui nous aide financièrement.”

“Une veuve dans un pays africain, c’est déjà difficile. Mais quand, en plus, cette femme-là est séropositive, la vie devient alors infernale pour elle. Les plus radicaux, ce sont les beaux-parents. Dans la tradition africaine, c’est le frère du mari qui a droit à l’héritage de la famille quand son frère décède. Mais dans la pratique, l’héritier ne prend que les biens, laissant la femme séropositive et les enfants de celle-ci sur le carreau. La femme doit alors se débrouiller toute seule.”

Martine a le coeur gros quand elle avance que, dans son pays, les séropositives enceintes sont les plus mal lôties. Elles n’ont pas les mêmes traitements que les autres femmes en voie de famille. “Les accouchements des séropositives sont ‘refilées’ aux stagiaires car les médecins ont peur de les opérer ou de pratiquer des césariennes sur elles. Nous ne disposons même pas d’un programme de prévention pour la transmission du VIH-sida de la mère à l’enfant, ni pour les femmes séropositives qui veulent concevoir un enfant. En sus de stigmatiser ces femmes, on leur vole aussi leurs droits fondamentaux de personne humaine et de mère de famille.”

Dévote est sur la même longueur d’ondes que Martine pour dire que, de par leur instinct maternel, les femmes viennent de l’avant en premier pour rechercher de l’aide, que ce soit pour elles que pour leurs enfants ou leurs maris. “Cependant, quand il faut situer les responsabilités, on blâme toujours la femme en disant que c’est elle qui a contracté le virus en étant infidèle à son mari alors que, le plus souvent, c’est l’inverse qui est vrai.”

Comme quoi, être femme, et de surcroît séropositive, est une malédiction…

MORGAN NJOGU, COORDONNATEUR DU PAN AFRICAN TREATMENT ACCESS MOVEMENT

<B>“Le décalage entre la rhétorique politique et la pratique est énorme”</B>

Malgré sa présence à la 15e conférence mondiale sur le VIH-sida, le Pan African Treatment Access Movement (PATAM) craint que ledit sommet, comme tant d’autres d’ailleurs, ne se résume qu’à des déclarations d’intention. Morgan Njogu, son coordonnateur, exprime ses craintes et ses réserves.

<B> Qu’est-ce que le PATAM ?</B>

Le PATAM est une organisation regroupant 32 pays africains qui a été instituée en 2002 dans l’optique de promouvoir une plateforme pour un plaidoyer collectif en faveur de l’accès aux traitements anti-rétroviraux, si nécessaires, aux personnes vivant avec le VIH-sida. Il y avait certes bon nombre d’efforts et d’actions entrepris sur le terrain au niveau communautaire, mais ceux-ci n’étaient pas concertés. Pour y remédier, il fallait parler d’une seule voix. C’est désormais fait.

<B>Avez-vous réussi à vous faire entendre ?</B>

Oui. Nous avons aussi réussi à placer notre combat à l’agenda. Aujourd’hui, il est internationalement reconnu que le traitement est une composante essentielle dans le combat contre la pandémie de ce virus. Mais notre crainte est qu’en se concentrant trop sur le traitement, comme on le fait actuellement, on n’ait tendance à oublier la prévention, qui va obligatoirement de pair avec elle.

Le thème de cette 15e conférence mondiale sur ce fléau est l’accès aux traitements pour tous. La situation ne s’est-elle pas améliorée en Afrique par rapport à la disponibilité des traitements ?

Pas du tout. En Afrique, la situation est déprimante car il existe un décalage énorme entre la rhétorique politique et l’action effective. Dans au moins 70 % des pays de la Southern African Development Community, les traitements sont censés être accessibles. Mais, dans la réalité, ce n’est pas le cas. En Afrique du Sud, par exemple, il y a un changement constant dans la date butoir pour l’accès aux traitements. Il était d’abord question que 53 000 personnes séropositives bénéficient gratuitement d’anti-rétroviraux d’ici fin 2003. Ce délai a été repoussé à fin 2005.

<B> Est-ce une question de moyens insuffisants ?</B>

Les fonds existent mais sont insuffisants. Et puis, ce n’est pas qu’une question de gros sous. En Afrique du Sud, il y a aussi un manque de personnel médical et paramédical. Cela paralyse l’application du traitement dans les hôpitaux et autres centres de soins. Autant les médias évoquent les méfaits de la pandémie du virus, soulignant l’urgence absolue de prodiguer des traitements aux séropositifs, autant ce même sentiment d’urgence n’est pas ressenti dans les hôpitaux, ni auprès du gouvernement central. Par exemple, tous les procédés d’appels d’offres relatifs à l’achat des anti-rétroviraux prennent un temps considérable. A tel point que certaines administrations régionales dans l’ouest du Cap ont préféré prendre le taureau par les cornes et commander ces médicaments pour les distribuer. Je crois que la volonté politique fait défaut. Certains d’entre nous pensent que Thabo M’Beki, le président sud-africain, a tendance à sous-évaluer la situation.

<B>Quelles sont les autres inquiétudes du PATAM ?</B>

Il y a d’abord le déséquilibre dans l’accès aux soins entre les hommes et les femmes. Ces dernières sont les plus pénalisées. Ensuite, les gouvernements n’accordent pas suffisamment d’attention aux enfants séropositifs, tant en terme de distribution gratuite de médicaments qu’en terme d’éducation et de sensibilisation sur leur mal.

<B> Quels sont vos objectifs à long terme ?</B>

Nous voulons que le VIH-sida devienne un mal gérable et non plus une maladie contraignante et mortelle pour les personnes qui en souffrent. Nous militons également pour avoir une société civile dynamique sur le continent africain.

<B> Quelles sont vos attentes par rapport à cette 15e conférence ?</B>

Si le thème correspond aux valeurs défendues par le PATAM, le mouvement a noté certaines aberrations dans l’organisation de ladite conférence, comme par exemple les frais d’enregistrement, qui sont à US$ 1 000 (Rs 27 000). Somme coûteuse ne permettant pas à de nombreuses personnes qui auraient dû y assister d’être présentes. Et c’est vraiment dommage. Seuls les privilégiés seront de la partie. Je crains fort, au vu de ce mauvais départ, que cette conférence ne soit qu’un énième talk show.

Traitements Et Prévention

Les USA à la pointe de la lutte contre le sida</B>

Les Etats-Unis ont insisté sur le fait qu’ils étaient bien à la pointe de la lutte menée à l’échelle internationale contre la pandémie du sida, malgré les virulentes critiques émises contre leur politique en matière de médicaments et de financement à la conférence internationale en cours à Bangkok.

La politique de Washington en matière de lutte contre la maladie a fait l’objet de critiques d’activistes et de dirigeants du monde entier, dont le président français Jacques Chirac et le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.

Mais pour le porte-parole du département d’Etat Richard Boucher, l’administration Bush prend l’épidémie de sida très au sérieux. “Nous estimons qu’il s’agit de la plus grande menace de destruction massive à laquelle est confrontée la planète à l’époque actuelle”, a-t-il dit à la presse à Washington. “Et nous poursuivons nos efforts pour être à la pointe des efforts internationaux, par des financements, la science, la diplomatie, et l’énergie du gouvernement américain pour tenter de faire face à la crise”, a-t-il ajouté.

Randall Tobias, qui dirige la lutte contre le sida aux Etats-Unis et est un ancien PDG de la firme pharmaceutique américaine Eli Lilly exposera ce mercredi à Bangkok, devant la 15e conférence internationale sur le sida, l’engagement de Washington dans la lutte contre la pandémie.

Le plan du président Bush prévoit d’affecter 15 milliards de dollars sur cinq ans pour le traitement, la prévention de la maladie dans 15 pays, essentiellement d’Afrique et des Caraïbes, qui représentent 70 % de toutes les contaminations.

Pour certains, les efforts bilatéraux déployés par Washington s’exercent aux dépens du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui manque de financement. Les Etats-Unis sont d’ores et déjà le principal pays donateur de ce fonds.

Annan a déclaré mardi à la conférence de Bangkok que les Etats-Unis devaient manifester la même détermination face au sida que face au terrorisme.

La France, par la voix du ministre français délégué à la Coopération Xavier Darcos, a estimé mardi que Washington devait respecter l’engagement international de Doha signé en 2001, en vertu duquel les pays pauvres peuvent avoir accès aux médicaments génériques.

Les accusations luttant contre le sida accusent les Etats-Unis d’ignorer l’accord de Doha qui autorise les pays pauvres, en proie à des crises sanitaires, à passer outre les obligations internationales des brevets pour utiliser des génériques.

Mais Washington a adopté depuis avec plusieurs pays des accords bilatéraux qui condamnent, selon les détracteurs, l’accès à des traitements bon marché. “Obliger certains pays à renoncer à ces dispositions, à la faveur de négociations commerciales bilatérales, relèverait d’un chantage immoral”, a déclaré Darcos.

<B>L. V. et M.-A. S.

pour GEM News Bangkok</B>

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